Fake news

Fake news, intox et manipulation , armes de déstabilisation massive

La Tunisie a vécu depuis un certain 14 janvier 2011,  et même un peu plus avant, sur le rythme des fausses informations qui ont envahi les réseaux sociaux et ont, en toute logique, précipité la chute de l’ancien régime. L’intelligence artificielle au service de quelques services d’intelligence étrangers, et le tour fut  joué. Tout est bien qui finit bien au grand bonheur des uns et au grand dam des autres. Une dizaine d’années plus tard, les acteurs de  la vie politique usent toujours de la technique de manipulation de l’opinion publique soit pour  amadouer les électeurs ou discréditer d’autres partis. Campagnes menées à coup de mensonges, de diffamation et de  contre-vérités et aussi de faux sondages. On se trouve au cœur des abysses de la perversité humaine où tout est permis, notamment les coups bas.

Acte I : Le 25 juillet 2019, l’ancien président de la République, feu Beji Caïd Essebsi décède à l’hôpital militaire et c’est le président du parlement, Mohamed Ennaceur qui  prend le relais .Il est investi des fonctions de président de la République pour une durée allant de 45 à 90 jours. Comme par hasard, le 8 novembre de la même année, la rumeur, et quelle rumeur, a envoyé ad patres Mohamed Ennaceur. Même la deuxième vice-présidente de l’ARP, Faouzia Ben Fodha et le président du parti Ennahdha, Rached Gahnnouchi, tombent dans le piège de la précipitation et adressent leur condoléance à la famille du « vrai-faux défunt », et ce, malgré la non-publication d’un communiqué officiel émanant de l’ARP. Un timing qui n’avait rien d’innocent. Comble de l’ironie, Mohamed Ennaceur n’avait pas de problèmes de santé au moment de la circulation de ce fake news.

Acte II : En raison de fausses déclarations attribuées en octobre 2019 à l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor, à propos de l’un des candidats à l’élection présidentielle (il s’agit de Kais Saied), l’ambassade de France intervient et publie un démenti catégorique. L’ambassade   a par la même occasion « condamné fermement le recours à ce type d’infox de la part de certains sites en ligne, qui usurpent l’image de médias d’actualité et d’information sérieux ». le communiqué de l’ambassade ajoute que  » La France n’intervient pas dans le processus électoral tunisien et a pleine confiance en la capacité de la Tunisie à poursuivre dans la voie démocratique qu’elle a choisie, dans le cadre d’un scrutin impartial et équitable ».

Pour revenir à la fausse déclaration partagée  sur les réseaux sociaux, point n’est besoin de dévoiler qu’elle a tendance à porter ombrage au candidat concerné.  « Kais Saied n’a pas d’expertise en politique extérieure et en gouvernance. Cela peut être un obstacle dans les intérêts franco-tunisiens »,  aurait affirmé Olivier d’Arvor d’après le site Mozaique News (oui avec un Z et non un S). Bien sur ce fut une fausse information , mais d’aucuns le savent « un mensonge peut faire le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures ». A cette époque, les rumeurs les plus folles sont colportées autour des relations franco-tunisiennes, notamment par des partis populistes anti-francophones qui tentent de raviver un sentiment de haine à l’égard de la France.  Au fait, certains préparaient déjà le terrain pour une motion  d’excuse de la France à la Tunisie. Une motion  présentée par la Coalition El-Karama est rejetée à l’ARP.

Acte III : Tout d’abord il y a eu cette grande polémique autour de l’implantation dans notre pays d’une université Tunisio-allemande . Une polémique créée, faut-il le souligner, par l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Slim Khalbous. Le titre de son poste se passe de tout commentaire :« Voilà pourquoi le Maroc attire l’investissement international et pas la Tunisie ».  Khalbous, nouveau recteur de l’agence  universitaire de la Francophonie à Montréal après avoir démissionné de son poste de ministre,  n’a pas trouvé mieux que de tromper l’opinion publique en  avançant que « pour la première fois en Afrique, l’université allemande a choisi de s’implanter au Maroc » ajoutant que cette université aurait dû ouvrir en Tunisie ».Les raisons évoquées sont, en substance, inhérentes  aux « lois trop restrictives et compliquées » en Tunisie.

Coup dur pour un pays qui tente de se réveiller d’autant plus que plusieurs  rumeurs  ont circulé à ce propos, plongeant encore plus les universitaires et les intellectuels dans un abattement total. En dépit du démenti cinglant publié par  l’ambassade de la République Fédérale d’Allemagne en Tunisie à  cet effet, le mal était déjà fait. Voila comment les efforts de certains hommes de l’Etat sont sapés par de fausses informations manipulées, malheureusement, par d’anciens membres du gouvernement. Tout simplement ubuesque.

Au demeurant, pas  un jour ne se passe sans apporter son lot de rumeurs dans la Tunisie post-révolution. Démêler le vrai du faux s’avère un exercice bien difficile, mais il est bien utile de souligner la gravité de la désinformation sur les démocraties naissantes, comme c’est le cas pour notre pays. Appuyée des fois par des services d’intelligences étrangers, les manipulations endogènes et exogènes  ouvrent malheureusement  la porte à l’ingérence et mettent en péril la stabilité du pays dans un premier temps puis sa souveraineté dans un second lieu,  notamment quand il s’agit de pseudo-campagnes de soutien à des candidats à la Présidentielle menée par des  lobbyistes étrangers.

Samir DRIDI

 

 

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