Faouzia Charfi : « « il est important d’affirmer que la Tunisie...

Faouzia Charfi : « « il est important d’affirmer que la Tunisie est un pays de culture musulmane mais aussi, riche d’une civilisation bien antérieure au 7e siècle »

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A l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage Sacrées questions pour un islam d’aujourd’hui (chez les éditions Odile Jacob), Point Afrique a interviewé l’auteure Faouzia Charfi, qui est aussi une intellectuelle, universitaire, et ex-sectétaire d’Etat au près du ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche scientifique.

Charfi s’est exprimé à propos de plusieurs thématiques et débats d’actualité, elle a évoqué son engagement dans le mouvement « Perspectives » fondé par son mari en 1968, son parcours de militante pour les droits de l’homme, et son interdiction d’exercer en tant que professeure universitaire pendant un an, justement pour certaines de ses idées opposées à la politique de Bourguiba.

Par ailleurs, Charfi a surtout répondu à des questions liées à la relation entre science, religion et islam politique. Etant professeure de physique, Faouzia Charfi a souligné le changement du comportement de certains de ses étudiants et étudiantes avec l’avènement de l’Islam politique. Elle explique : « en tant qu’enseignante à la faculté des science de Tunis… c’était important pour moi de réagir à certaines dérives et déviations que j’ai constatées à la fin des années 70, à travers la réaction de mes étudiants…. Je sentais que ce qu’il y avait derrière ce refus et ce blocage par rapport à la science, était directement lié à l’emprise de l’islam politique sur les étudiants. »

La scientifique souligne par la suite un fait déterminant dans la relation des islamistes avec la connaissance et l’éducation. Dans les années 80, les islamistes ont commencé un processus dangereux de remise en cause de certains faits scientifiques, tout en reliant la science à l’occident, et l’occident au refus de l’islam. Dans ce contexte, Charfi indique que le projet islamiste visait en premier lieu l’apprentissage : « C’était important de montrer à quel point pour les islamistes, la première cible est « l’éducation », à tous les niveaux, primaire, secondaire, supérieur. L’islam politique est un danger pour nos sociétés actuelles, pour la formation des jeunes et nous devons faire face à leur intention de formater les esprits. »

Elle poursuit : « l’idéologie de l’islam politique qui refuse la pensée occidentale, l’apport de l’Occident dans tous les domaines pas seulement dans le domaine de la science. Les tenants de l’islam politique considèrent que ceux qui refusent leur vision ont quitté leur propre culture. Par conséquent, c’est un endoctrinement très sérieux, qui culpabilise le citoyen d’être tenté par cette autre culture. »

Son tout dernier ouvrage Sacrées questions s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective de militer contre l’obscurantisme des islamistes, de deux manières différentes. D’abord en rappelant que l’histoire de la Tunisie est antérieure à l’islam, et là elle affirme : « il est important d’affirmer que la Tunisie est un pays de culture musulmane mais aussi, riche d’une civilisation bien antérieure au 7e siècle. L’Islam politique refuse l’histoire de la Tunisie antéislamique, les défenseurs de l’islam rigoriste allant jusqu’à avancer que « la Tunisie avant l’Islam était un pays barbare ».
Ensuite, de rappeler qu’au cœur de la civilisation musulmane, ont émergé parmi les plus grands scientifiques de l’époque et que l’apport au savoir et aux valeurs universelles était conséquent : « j’avais besoin de parler de mon expérience et ressenti le besoin de partager ma conception personnelle de l’Islam en tant que femme tunisienne, attachée à la modernité, à la liberté et au respect de l’autre. Cette manière de concevoir un Islam conforme aux principes de liberté et de démocratie, on ne la connait pas vraiment… Certains préfèrent ne pas savoir qu’il y a des défenseurs de cet islam où la liberté et la démocratie sont au cœur de la conception du religieux. »
Concernant Ennahdha, le point de vue de l’universitaire est bien défini. Elle considère que le mouvement : « Je ne crois pas que le parti Ennahda a changé dans le fonds. Je crois plutôt qu’il a accepté d’être un parti comme les autres partis uniquement en ce qui concerne sa participation aux élections ou au gouvernement. »
Pour appuyer ses estimations par des faits, elle ajoute : « Les observateurs doivent s’interroger sur le rôle du parti islamiste et sur leur attitude ambigüe. Ils sont à l’origine de beaucoup de déviations quand ils étaient au pouvoir en 2012et 2013. Ils ont permis la création de nombreux jardins d’enfants coraniques où les filles et les garçons sont séparés, où les filles portent des robes amples et où on les terrorise en leur inculquant qu’elles représentent le péché. Nous ne devons pas nous tromper sur le parti islamiste et affirmer qu’il est devenu démocratique car ce n’est pas le cas. »
La militante rappelle de même la vague d’intolérance et de violence qui a suivi, et qui s’est manifestée dans les moindres détails de la cohabitation entre les citoyens, sans parler des prédicateurs qui ont poussé comme des champions ou du terrorisme et ses origines idéologiques.
Enfin, l’auteur de Sacrées questions pour un islam d’aujourd’hui conclue par ce souvenir des écrits d’Ennahdha : « La pensée rigoriste, l’islam wahhabite donnent très peu de droits aux femmes. Je rappelle qu’en 1975, la revue des islamistes tunisiens (aujourd’hui les dirigeants d’Ennahda) autorisée par Bourguiba à condition de ne pas parler de politique, citait un hadith attestant que « On m’a montré l’Enfer, j’y ai trouvé une majorité de femmes… ». Le jour où Ennahdha reviendra sur ces propos, peut-être que ce jour là, il deviendra crédible».
N.B

Commentaire

  1. Ennahdha fait honneur au peuple tunisien. C’est le mouvement le plus actif dans le pays et c’est aussi le mouvement qui travail le plus pour le bien de la Tunisie

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