Maghreb
Le ministre tunisien des affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui (au centre), en compagnie de ses homologues algérien, Abdelkader Messahel (à gauche), et égyptien, Sameh Choukri, à Tunis, le 19 février 2017. Zoubeir Souissi / REUTERS.

« Il faut bâtir un avenir économique commun au Maghreb »

La croissance économique en Afrique du Nord ne saurait se construire viablement sur le long terme sans une plus grande intégration régionale. C’est la thèse développée par Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale au sein du Fonds monétaire international, et ancien ministre des Finances du Liban, dans une tribune qu’il a publiée dans le journal français Le Monde.

« En 1989, les cinq pays du Maghreb, à savoir l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, établissaient l’Union du Maghreb arabe [UMA] afin de promouvoir la coopération et l’intégration de ces pays d’Afrique du Nord. A l’époque, il était admis qu’une plus grande intégration économique présentait des avantages manifestes », explique ainsi M. Azour, pour qui toutefois ces efforts n’ont « malheureusement » pas été fructueux. Trente ans plus tard, une question fondamentale subsiste, dit-il : « Est-il encore avantageux pour le Maghreb de trouver sa propre voie vers un avenir économique davantage intégré ? »

Soulignant les tensions commerciales qui ne cessent de s’accentuer à l’échelle internationale et les nombreuses difficultés rencontrées par les blocs économiques régionaux en Amérique et en Europe, l’ex-ministre libanais soutient qu’il reste « évident » que l’intégration d’économies voisines est mutuellement bénéfique pour chacune d’entre elles et qu’elle constitue un moteur important de croissance sur le long terme.

Faire face au même défi

Les pays du Maghreb partagent une histoire, une culture et des langues, rappelle-t-il d’abord. « Ils sont situés stratégiquement entre, au nord, les économies avancées d’Europe et, au sud, les économies à fort potentiel d’Afrique subsaharienne. Aussi diverses soient-elles, les économies de ces pays font toutes face au même défi : offrir des opportunités à chacun », explique-t-il, mettant toutefois l’accent sur la croissance économique « trop faible » dans la région. Une situation qui n’a ainsi pas du tout permis de créer suffisamment d’emplois. « A 11 %, le taux de chômage est élevé, surtout pour les jeunes (24 %) et les femmes (14 %). La pauvreté et les inégalités n’ont guère baissé depuis les révoltes du monde arabe en 2011. »

Si les pays du Maghreb pris isolément ont chacun accompli des « progrès considérables » sur le plan commercial, la région prise dans son ensemble reste « l’une des moins intégrées du monde ». Les échanges commerciaux au sein du Maghreb représentent moins de 5 % du total des échanges de la région, « soit bien moins que dans toutes les autres zones commerciales régionales du monde ». En Asie, par exemple, où la croissance annuelle moyenne lors des dix dernières années a avoisiné les 6 %, le commerce intrarégional représente 51 % du total. « De fait, des considérations géopolitiques et des politiques économiques restrictives ont entravé l’intégration régionale au Maghreb », soutient Jihad Azour.

En conséquence, aucun des cinq pays n’a fait de l’un de ses voisins un principal partenaire commercial. Le commerce intrarégional ne concerne pour sa part que quelques biens, principalement des produits de base. Le commerce des services, en particulier le tourisme, progresse, mais lentement, remarque-t-il. « L’investissement des entreprises entre les pays de la région est faible également, en comparaison avec d’autres régions. L’intégration financière est modeste et les migrations officielles au sein de la région semblent mineures », constate-t-il.

Pourtant, la question du commerce inclusif et de l’intégration économique prend une importance grandissante. Ainsi, l’année dernière, des représentants des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, parmi lesquels tous les pays du Maghreb, se sont rencontrés à Marrakech pour examiner les moyens pouvant promouvoir au mieux la croissance, l’emploi et l’inclusion dans le monde arabe. Le commerce a été identifié comme l’une des priorités.

Plus de résilience

Selon une étude récente du FMI, une plus grande intégration économique entre les pays du Maghreb verrait émerger un marché régional de près de 100 millions de personnes disposant d’un revenu moyen d’environ 12 000 dollars en parité de pouvoir d’achat. L’intégration économique rendrait ainsi la région plus « attrayante pour les entreprises et les investisseurs étrangers » tout en réduisant le coût du commerce intrarégional, du capital et des mouvements de main-d’œuvre. Elle accroîtrait en outre « l’efficience des dépenses publiques » et permettrait au Maghreb d’être doté de plus de « résilience face aux chocs économiques et à la volatilité des marchés ».

Selon certaines estimations, assure le spécialiste, l’intégration régionale pourrait rehausser la croissance dans chaque pays du Maghreb d’un point de pourcentage en moyenne à long terme. « Nos analyses montrent que presque chaque pays du Maghreb peut trouver des catégories de produits nouveaux qu’il pourrait exporter vers les pays voisins. En fait, le commerce intrarégional pourrait doubler grâce à l’intégration, ce qui accélérerait encore la croissance et créerait davantage d’emplois. »

Surtout, l’intégration économique pourrait faire du Maghreb « une plaque tournante du commerce et de l’investissement entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe », une observation que beaucoup d’experts partagent.

N.B.

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