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Fin de mission de quatre ambassadeurs à quelques jours de la fin de l’année : L’administration ne doit pas être un monstre froid

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Quatre ambassadeurs ont été appelés à plier bagages et à dégager leurs postes quelques jours seulement avant le dernier jour de l’année. La fin de leur mission fixée au 31 décembre 2016 leur a été signifiée il y a seulement quelques jours ayant été atteints par l’âge de la retraite. Il s’agit de Mme Afifa Mellah, ambassadeur à Amman (03 avril 2013), Mohamed Salah Tekaya ambassadeur à Ankara (31 octobre 2013), Ghazi Jomaa ambassadeur en Autriche et représentant auprès des organisations internationales à Vienne (18 septembre 2014) et Hatem Sayem ambassadeur aux Emirats (19 octobre 2015). Comme on le voit par les dates placées entre parenthèses qui sont celles de la remise de leurs lettres de créance, le plus ancien n’a même pas trois ans dans le poste où il a été nommé, alors que le plus récent a juste un an et deux mois. C’est très court et c’est même de la dilapidation des deniers publics.
Si le couperet de la limite d’âge leur est tombé dessus, ce n’est pas à la dernière minute que cela doit leur être signifié. Pour ambassadeur qu’il soit il y a derrière chacun d’entre eux une famille, des enfants dans les écoles, les lycées ou les universités. Certes l’administration est un monstre froid, mais on ose espérer qu’elle ne traite pas les représentants de l’Etat à l’étranger avec désinvolture. Le mouvement des ambassadeurs se fait pendant l’été car chacun doit savoir dès la rentrée où il va poser ses valises. Faire un mouvement même restreint trois mois plus tard pour une raison apparemment connue longtemps à l’avance n’a pas de sens. C’est même une insulte faite aux intéressés qui auront dû avoir plus de considération par le ministère où ils ont passé les plus belles années de leur vie et où ils ont fait de leur mieux pour mériter les fonctions éminentes qui leur ont été confiées.
De plus s’astreindre à fixer l’âge de la retraite à 60 ans pour les ambassadeurs en vertu d’une décision irrévocable prise, paraît-il par le Chef du gouvernement sans possibilité de dérogation devient problématique. Si nous nous attachons à professionnaliser la carrière diplomatique comme c’est l’aspiration légitime du corps, il est indispensable de réviser à la hausse cet âge comme c’est le cas pour les hauts magistrats et les professeurs d’université. Compte tenu de l’alternance entre des postes à l’étranger et des fonctions à l’administration centrale, il est difficile pour les plus méritants d’accéder au poste d’ambassadeur avant cinquante ans. Ainsi, dans le meilleur des cas il peut prétendre à deux postes de sorte que la carrière se trouve interrompue alors que le fonctionnaire a atteint l’âge de la maturité et son expérience est devenue plus riche et donc son rendement est meilleur.
Ceci devient impérieux maintenant car la relève n’est pas assurée par l’effet d’ailleurs du départ à la retraite de fournées de diplomates qualifiés au cours des dernières années. D’ailleurs en raison de cette « hémorragie » au sein du personnel du ministère des affaires étrangères ce ne sont pas les missions à l’étranger qui sont affectées mais aussi l’administration centrale qui travaille actuellement avec la moitié des effectifs prévus dans la loi des cadres.
Le président de la république qui connait la maison doit être sensible à ces arguments. Le ministre des affaires étrangères qui a été lui aussi victime de cette situation à la fin de sa carrière administrative est appelé à réviser les décisions de fin de mission des ambassadeurs concernés et de les maintenir en fonctions jusqu’au prochain mouvement annuel. C’est la moindre des choses de ce que peut faire l’administration à leur égard, eux qui ont tant donné.
Il est urgent enfin de réviser l’âge de départ à la retraite pour les ambassadeurs pour l’aligner sur celui de leurs collègues d’autres pays où il est généralement fixé à 65 ans avec possibilité de le prolonger jusqu’à 70 ans. Il faut bien savoir qu’un ambassadeur n’occupe pas la place d’un jeune que l’administration doit recruter. L’expérience acquise et la compétence éprouvée ne courent pas les rues.
On ose espérer que cette question soit réglée de la manière la plus appropriée. En tout cas de manière satisfaisante aux intéressés et à l’Etat qui a encore besoin des services de ces ambassadeurs-là à un moment crucial où la diplomatie est appelée à jouer un rôle important au service de la transition démocratique que vit notre pays.

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