bande dessinée
La dessinatrice Aude Massot (à gauche) et Karim Lebhour (à droite) auteur de la bande-dessinée "Une saison à l'ONU" . © Radio France / Lavenne Laura.

Le fonctionnement de l’ONU décrit dans une bande dessinée

Le journaliste Karim Lebhour publie une bande dessinée à propos de son expérience au siège des Nations unies à New York où il a été reporter pour RFI. Un témoignage qui permet d’obtenir des informations précieuses pour penser les relations internationales contemporaines avec ce format si particulier qu’est celui de la BD. Il s’agit d’un récit « à mi-chemin entre fiction et reportage », estime ainsi le média d’analyse français La Vie des Idées.

C’est une saison à l’ONU que relate le journaliste Karim Lebhour, aujourd’hui analyste au sein du think tank International Crisis Group, dans une bande dessinée illustrée par Aude Massot. Ce format constitue « un subtil point d’entrée dans l’univers politique et social des relations internationales », explique La Vie des Idées qui y a consacré une recension, et « donne parfois davantage à voir, et à vivre, que le traditionnel article, qu’il soit journalistique et a fortiori académique, donc plus difficile d’accès ».

L’auteur d’Une saison à l’ONU, Karim Lebhour, avait d’ailleurs publié un premier reportage sur ce même thème suite à son expérience de journaliste correspondant aux Nations unies entre 2010 et 2014. Et c’est à travers l’histoire de ce même journaliste que le lecteur plonge dans l’univers onusien.

Le format BD semble d’autant plus approprié que l’univers des organisations internationales est souvent « occulté par les médias privilégiant l’actualité nationale ». Cette quasi-invisibilité, paradoxale au vu de l’influence croissante de ces organisations dans des aspects de plus en plus étendus des politiques publiques, entraîne plusieurs idées reçues sur l’organisation : tantôt une institution au fonctionnement occulte, inutile et inefficace, tantôt un « cénacle des grandes puissances », tantôt « berceau de l’idéalisme et de la bonne conscience du monde », poursuit le média d’analyse français.

L’ouvrage introduit ainsi le lecteur dans l’univers complexe et peu connu de la diplomatie onusienne à travers l’expérience de l’auteur qui « fait l’apprentissage des rouages de l’institution et des crises diplomatiques qui l’ont traversée pendant les quatre années où il y a été correspondant ». A la lecture de cette BD, qui n’est ni un reportage journalistique, ni un travail académique, ni une œuvre purement fictionnelle ou artistique, mais un mélange de tous ces genres, « on se demandera ce que peuvent en retirer aussi bien le lecteur spécialiste de la diplomatie multilatérale que le profane ».

Plongée dans les dilemmes de la diplomatie

Le siège de l’ONU est décrit par le journaliste comme un lieu de rencontres, un « carrefour de la diplomatie mondiale ». S’y côtoient non seulement les diplomates des 193 pays qui composent l’ONU mais aussi ses fonctionnaires, les journalistes, ainsi que nombre d’activistes qui, régulièrement, viennent manifester aux abords de l’ONU.

Un espace de rencontres auquel Karim Lebhour donne un aspect officiel à travers le récit de séances du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale, et caractère plus officieux à travers les nombreux dîners et cocktails organisés par les ambassades, qui sont l’occasion d’échanges plus directs entre diplomates et journalistes. « On aurait tort de voir dans ces descriptions une pure fantaisie de l’auteur : en effet, ces moments de sociabilité, apparemment anodins, revêtent une importance non négligeable dans la dynamique inter-individuelle des négociations internationales », relève La Vie des Idées.

Mais c’est au Conseil de sécurité que l’auteur consacre l’essentiel de son récit illustré. Il reproduit une vision « assez courante, et pas complètement fausse », que c’est bien au sein de cet organisme que se prennent les décisions importantes en matière de sécurité internationale et de maintien de la paix à travers les « résolutions du Conseil de Sécurité ». Dans la BD, trois chapitres sont ainsi consacrés à la question du droit de veto dont disposent les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), ce qui révèle selon l’auteur le caractère non-démocratique et non-représentatif de l’Organisation mondiale. « Ce point de vue est d’ailleurs discuté dans un chapitre opposant le journaliste (Karim) en faveur de la suppression du droit de veto à une diplomate française rétorquant que le veto constitue la garantie d’efficacité du système. La position ‘abolitionniste’ défendue par le narrateur est loin de faire l’unanimité, ainsi qu’en atteste les débats vieux d’au moins vingt ans sur la réforme du Conseil de sécurité, chaque Etat réclamant des concessions aux autres, tout en demandant également à obtenir et un droit de veto et un siège permanent », poursuit la revue française en ligne.

Il ne s’agit toutefois pas d’une mise en scène de la faillite de l’institution, mais plutôt d’un compte rendu des dilemmes et des contradictions des Nations unies. « Dilemme entre le principe de l’intervention au nom de la sécurité internationale, et le principe du respect de la souveraineté des Etats membres et de la non-interférence, tous deux garantis par la Charte des Nations unies. Dilemme d’une institution qui s’est donné pour mandat le maintien de la paix, sans avoir les ressources humaines et matérielles pour y parvenir. Dilemme entre la défense d’idéaux démocratiques, et l’admission de dictatures notoires. »

Simplifier sans caricaturer

A en croire le média français, l’auteur de l’ouvrage a pu trouver un juste milieu entre les stéréotypes éternellement repris sur l’inutilité de l’ONU, et l’analyse sociologique et politique d’une réalité complexe, celle de la diplomatie.

L’ironie qui ressort de l’ouvrage permet, elle, de rompre avec la gravité et le sérieux généralement associés à l’univers diplomatique vu comme un monde inaccessible aux profanes et réservé à une élite mondialisée et coupée de la réalité du monde.

Les spécialistes de la diplomate internationale seront ainsi satisfaits de trouver dans cette bande dessinée une représentation moins caricaturale de l’organisation des Nations unies. « Une saison à l’ONU » pourra en outre être utilement mobilisée dans des enseignements d’introduction aux relations internationales. De son côté, les non connaisseurs y découvriront nombre d’aspects fondamentaux pour la compréhension de ce que sont et font les Nations unies au quotidien. « Dans tous les cas, c’est une lecture à laquelle spécialistes et non-spécialistes prendront sans nul doute beaucoup de plaisir », souligne encore La Vie des Idées.

N.B.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer