La HAICA met en garde plusieurs médias privés contre l'influence de lobbies financiers dans l’audiovisuel

HAICA met en garde contre l’influence de lobbies dans l’audiovisuel

La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) a, dans un communiqué, mis en garde plusieurs médias audiovisuels privés contre la promotion délibérée de certains candidats à la présidentielle au détriment d’autres. Elle relève également une influence grandissante de lobbies dans l’audiovisuel.

Le journalisme indépendant et respectant la déontologie a encore du chemin à faire en Tunisie. Plusieurs violations ont ainsi été commises lors de la campagne électorale, lit-on dans une déclaration de la HAICA lundi. L’autorité constate une « intervention de centres de pression financiers et partisans » dans la ligne éditoriale de « certains canaux » médiatiques. « Certains des propriétaires de ces chaînes sont directement concernés par les résultats des élections », notamment en raison de leurs conséquences sur « des affaires pénales » dans lesquelles ils seraient impliqués. Ce qui a soumis certains journalistes aux « intérêts de leurs propriétaires », prévient la HAICA.

الهيئة تحذّر من تفاقم تأثير مراكز الضغط المالي والحزبي في وسائل الاعلام السمعية والبصريّةتأكّد لدى الهيئة العليا…

Publiée par ‎الهيئة العليا المستقلة للإتصال السمعي البصري تونس / HAICA Tunisie‎ sur Lundi 16 septembre 2019

Influence de lobbies dans l’audiovisuel

Ainsi, l’instance affirme qu’il importe de « sensibiliser le public » face à cette « forte influence de lobbies financiers et politiques sur un certain nombre de chaînes de télévision » qu’ils instrumentalisent. Une situation qui, selon la HAICA, nécessite la mise en commun des efforts des différentes structures de la société civile voulant défendre les valeurs de l’Etat de droit. Il faut « lutter contre toutes les tentatives visant à mettre en échec les revendications et les valeurs de la révolution tunisienne », a déclaré l’Autorité.

Des journalistes soumis aux intérêts des propriétaires de leur média

Celle-ci a accusé un certain nombre de propriétaires de médias d’être indirectement impliqués dans les résultats de l’élection présidentielle. Ces personnalités sont « liées à des enquêtes judiciaires en cours », réitère l’Autorité. « Cette situation a affecté l’indépendance de la ligne éditoriale au sein de ces médias et a laissé les journalistes à la merci des intérêts étroits de leurs patrons », ajoute la HAICA.

L’absence d’engagement de ces médias à prendre leurs responsabilités éthiques et respecter leur devoir de professionnalisme constitue un détournement du processus électoral de ses objectifs principaux. Ces derniers doivent être centrés sur le droit des citoyens à choisir leur candidat librement et sans être victimes de désinformation, souligne la HAICA.

Absence de déontologie

Ainsi, la HAICA souligne que certains éditorialistes mènent une propagande visant à « promouvoir des candidats particuliers » au détriment de « leurs rivaux ». « Ces pratiques vont à l’encontre de la déontologie et de l’éthique professionnelle », les commentaires des programmes électoraux des candidats ayant été biaisés, lit-on dans le communiqué.

La HAICA dénonce également le nombre croissant d’agressions commises à l’encontre de journalistes indépendants. Des agressions qui visent à les « empêcher de couvrir équitablement les campagnes électorales et de s’acquitter de leur devoir envers les électeurs tunisiens ». Elle appelle les institutions étatiques compétentes à assurer leur protection et à punir leurs agresseurs.

Dans ce contexte, l’instance assure qu’elle prendra « les mesures nécessaires pour assurer une couverture impartiale et équilibrée » des élections législatives.

Plusieurs médias condamnés à des amendes

Le 11 septembre, la HAICA a condamné à des amendes allant de 10 000 à 20 000 dinars quatre chaînes de télévision privées : Elhiwar Ettounsi, NessmaTV, Attessia et Telvza TV. Ces médias ont procédé à une « propagande politique » au profit de certains candidats à l’élection présidentielle, violant ainsi des dispositions de l’article 70 de la loi électorale. Lors d’une interview controversée du candidat Slim Riahi, diffusée le 4 septembre sur El Hiwar Ettounsi, celui-ci s’est attaqué de manière virulente à Youssef Chahed, qu’il a accusé d’être responsable de ses déboires judiciaires. Certains médias indépendants relèvent également un soutien à peine voilé de cette chaîne au candidat Nabil Karoui, sous le coup d’une enquête pour blanchiment d’argent et évasion fiscale.

« Trois semaines avant l’incarcération de Karoui, El Hiwar Ettounsi lui a donné la parole. Il a été interviewé par son ex-employée, Myriam Belkadhi, le 2 août. Alors que [Nabil Karoui] a été épinglé pour un enregistrement audio où il envisageait un plan d’action visant à terroriser les dirigeants de l’organisation I Watch, qui a révélé ses affaires de corruption, l’animatrice s’est abstenue de l’interpeller sur ce dossier. Le 5 septembre, Myriam Belkadhi accorde une interview à Salwa Smaoui, […] épouse de Nabil Karoui. Smaoui a eu droit à environ trois minutes de libre antenne pour faire l’éloge de son époux en pleine période électorale, à la fin d’un entretien très peu contradictoire », écrit ainsi Nawaat.

Concernant Attessia TV, la HAICA l’accuse de violations liées à la publicité. « Il s’agit, selon la HAICA, d’un dépassement de la durée de diffusion des spots publicitaires par heure fixée à 12 minutes et du temps consacré à la publicité délimité à 5 minutes », comme l’explique Shems FM. Attessia a aussi été mise en garde contre le non-respect du droit des spectateurs à un contenu médiatique doté d’un minimum de continuité, soit une diffusion continue de 15 minutes entre les spots publicitaires.

N.B.

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