Hommage à un homme d’Etat D’envergure et de haute stature

Hommage à un homme d’Etat D’envergure et de haute stature

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Par Mohamed Ben Mahmoud
Ministre plénipotentiaire hors-classe à la retraite

 

A la cérémonie du 40ème anniversaire du décès de notre frère Fadhel Khelil, l’émotion, la grandiloquence des hommages aux qualités que tout le monde reconnait au cher disparu, n’ont pas manqué. Toutes les étapes estudiantines et professionnelles ont été couvertes d’éloges mérités, certains mêmes à l’image de notre maître, l’Ambassadeur Mohamed Jenifène, ont enrichi la cérémonie d’un discours qui a été à la hauteur des mérites du défunt dans sa brillante carrière diplomatique, et qui fera date puisque véritable chef d’œuvre de la littérature.
Je ne prétends pas pouvoir ajouter grand-chose à ces hommages mérités et si bien dits.

Toutefois, parmi ces interventions, l’absence de l’Association des anciens de Sadiki m’a interpellé.
D’abord, parce que le prestige de feu Fadhel Khelil, son patriotisme et sa compétence rejaillissent sur tous les anciens de Sadiki et plus particulièrement sur la promotion qui a eu la chance de le compter parmi elle, et dont feu Hamadi Sahli, notre ancien professeur d’histoire me disait textuellement ceci « c’est l’une des meilleures promotions à qui j’ai enseigné » et ce dans la salle des actes du MAE à l’occasion de la conférence d’un grand diplomate et historien marocain.

D’autre part, le maillon de la scolarité secondaire manquait à la chaine.
Ne dit-on pas que l’enfant est le père de l’homme ?
Fadhel est natif d’une famille qui a offert à la Tunisie 3 ambassadeurs (Ismaïl, Fadhel, et Brahim) et dont 2 sont devenus ministres.
Excusez du peu !

A Sadiki, comme le disait notre ami Aissa Baccouche, il n’avait que des amis : dans un 1er cercle les plus proches à cause des affinités : prédilection pour les matières scientifiques, où ils excellaient malgré ou peut être grâce à la rigueur de M. Laurent (un des fondateurs du Parti communiste en Tunisie) des Tron (si Tron comme disait Khaled Zarrouk) et Mohamed Souissi, (on ne l’a jamais vu sourire) ce groupe comptait feu Hamed Boughezala (ingénieur), Khaled Zarrouk et feu Noureddine Ressaissi (futurs vétérinaires), Ali Bakir, Moncef Badra, Sadok Gaigi, et à un degré moindre Tahar El Banna, Hachmi Bouzouita, qui eux, contrairement aux premiers futurs médecins cités n’étaient pas sportifs et engagés dans le sport scolaire, comme l’était également notre ami Khaled Guezmir, futur gouverneur et PDG.

Le 2ème cercle comportait les Noureddine Hached, également futur ambassadeur et ministre, feu Hedi Grioui (futur journaliste et Secrétaire d’Etat), feu Ahmed Bahri, dont le sourire ne quittait pas le visage et qui n’avait aucun complexe du fait de son obésité, Aissa Baccouche, Fayçal Lakhoua, (futur professeur universitaire) et j’en oublie, qu’ils m’en excusent.

Par contre, la vérité oblige, à dire que si parmi les littéraires, il s’entendait avec Youssef Essedik et Abdelhak Chraiet, les Ahmed Ben Othman, Jalloul Azzouna et Moncef Marzouki, au caractère trop réservé, ne comptaient pas parmi ses amis. On ne peut oublier du reste pour l’anecdote que Abdelhak Chraîet nous créditait souvent de poèmes laudatifs sur Jamel Abdennasser et de pamphlets sur Moncef Marzouki qu’il surnommait Kafour El Ekhchidi ce qui lui a semble-t-il inoculé la folie des grandeurs.
Le cadre ainsi planté, laissez-moi vous dire qu’en plus de l’amitié née sur les bancs de Sadiki, les rares fois où j’ai eu à solliciter Fadhel, il ne m’a pas déçu.

Je l’avais perdu de vue quelques temps, en raison de la mobilité qu’occasionnaient nos carrières respectives. Il m’est arrivé, à deux reprises, avec notre ami feu Hedi Grioui de lui rendre visite à son bureau à la Kasbah au Ministère de l’Agriculture où il venait d’entamer son expérience au service de l’Agriculture en Tunisie, de la façon qu’à dépeint M. Hassine Sghaier (ancien de l’ENSAT).

Dans les années 80, je l’ai côtoyé dans les réunions interdépartementales au MAE, où je tenais les dossiers du PNUD, du PAM, de la FAO notamment et où il représentait le Ministère de l’Agriculture, comme responsable de la coopération Internationale.
Dans la foulée, je l’ai revu au Kef où il était gouverneur, et alors que j’accompagnais une délégation d’un des organismes sus-indiqués.
A toutes les occasions, j’ai été témoin de la maitrise de ses dossiers et de l’ascendant qu’il avait sur ses interlocuteurs, toujours avec le sourire, la courtoisie et la modestie.

En 1984 ou 1985, et alors que j’étais en poste à Koweït, il a accompagné une délégation présidée par un Ministre (Rachid Sfar) à l’occasion d’un Conseil d’administration du GCT qui coopérait très fructueusement avec PIC (Pétrochemical Industrial company du Koweït).
Dans la foulée, il a été nommé ambassadeur à Damas, j’étais encore au Koweït et je lui ai téléphoné pour lui recommander un agent local, qui tenait plus que tout, à travailler dans un pays où il pourrait passer le Bac. Fadhel m’a fait confiance et m’a promis de le recevoir et de l’engager.

La 3ème occasion fût quand, atteint par une maladie incurable et invalidante attrapée au Koweït, et alors que j’étais en poste à la Haye, je lui ai demandé d’intervenir auprès de la CNAM, pour pouvoir bénéficier d’un traitement, qui était encore au stade des essais thérapeutiques. Il était alors Ministre des Affaires Sociales.

Il est intervenu et c’est grâce à cette intervention que j’ai pu suivre ce traitement avant même sa mise sur le marché en Europe et en Tunisie, et que mon mal a cessé de s’aggraver, me permettant de poursuivre ma carrière jusqu’à son terme.
Le dernier geste chevaleresque de Fadhel, fut le jour où le Président de la République a réuni les anciens du MAE à l’occasion du 60ème anniversaire de création de ce département. Fadhel était en discussion, dans le salon d’honneur, dans l’attente de la cérémonie, avec un ancien Premier Ministre, et deux anciens Ministres, et quand il a vu que j’hésitais à rejoindre le groupe pour le saluer, il a traversé le salon spontanément pour me donner l’accolade et s’enquérir de ma santé.

Comment peut-on oublier cette noblesse, cette bonté et cette modestie ?
Ce modeste hommage est le minimum que je puisse faire par gratitude à cette haute stature, brillant Sadikien et ingénieur et « Homme d’Etat » émérite :
Paix à son âme, et à celle de nos amis qui nous ont déjà quittés, et toute notre sympathie et notre compassion pour sa famille.

Mohamed Ben Mahmoud
MPHC à la retraite

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