Hommage à M.Mohamed Amamou, Premier Secrétaire général de l’UMA

Hommage à M.Mohamed Amamou, Premier Secrétaire général de l’UMA

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Mohamed Amamou, diplomate chevronné, premier Secrétaire Général de l’Union du Maghreb Arabe s’est éteint le 30 mars 2014 à l’âge de 81 ans.

Né et élevé à Kairouan, Mohamed Amamou est une figure de proue de la diplomatie tunisienne. Sa carrière est exemplaire. Recruté en 1959 ,  il est ambassadeur d’abord à Kinshasa, en 1972 à 39 ans à peine, puis  à Beyrouth en 1974 où il  vit au jour le jour la guerre civile libanaise,. En 1978, il est directeur du monde arabe avant d’être promu en 1981 aux fonctions de chef de cabinet du ministre des affaires étrangères d’alors qui s’appelle Béji Caïd Essesbi.  En 1985, il est nommé ambassadeur auprès du Roi du Maroc, Hassan II ; puis à Damas auprès de Hafedh al-Assad. Après le 7 novembre 1987, il  fait une courte traversée du désert. Mais quand l’Union du Maghreb arabe est créée en février 1989, son profil s’impose. Il est désigné, Secrétaire d’Etat chargé des affaires maghrébines et c’est tout naturellement qu’il est devient le premier Secrétaire général de l’organisation naissante. Il y reste jusqu’en 2002. Il quitte ce poste en 2002 en démissionnant pour raisons de santé.

  1. Amamou se trouve associé à des événements majeurs qu’il raconte avec nostalgie : d’abord en Afrique où, affecté en 1960 à Accra, capitale du Ghana, il vit les phases ayant précédé et favorisé la constitution de l’Organisation de l’unité africaine en Mai 1963. Puis à Léopoldville, l’ancien nom de Kinshasa, quand, en 1962, il se retrouve dans une ambassade pleine à craquer d’armes et de munitions laissées par le contingent tunisien de casques bleus de l’ONU pour être remis  au Front national de libération de l’Angola(FNLA) de Roberto Holden. Mais c’est l’épopée des événements de Septembre noir en 1970 à Amman où il est en poste en qualité de chargé d’affaires chef de mission qui le marque profondément. C’est grâce à sa présence d’esprit que Yasser Arafat  quitte Amman à bord de l’avion de la mission de conciliation de  la Ligue arabe dirigée par le Premier ministre tunisien de l’époque, M. Béhi Ladgham, à destination du Caire.

La vocation diplomatique :

  1. Mohamed Amamou découvre sa vocation diplomatique bien avant de rejoindre le ministère des affaires étrangères. En effet, en 1956 alors étudiant, il est dépêché à Prague pour représenter l’UGET au congrès de l’Union internationale des Etudiants (UIE). Il s’y retrouve avec MM. Ahmed Chtourou, Ali Hili et Mohamed Belhaj Amor qui eux représentent l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du nord(AEMNA). C’est alors, qu’il est abordé par trois étudiants palestiniens qui viennent du Koweït. Deux d’entre eux  deviennent célèbres : Abderraouf Kedwa, connu plus tard sous le nom de Yasser Arafat et Salah Khalaf devenu Abou Iyad. Ils fonderont en 1965 le mouvement Fatah, composante essentielle de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ayant approché la délégation tunisienne pour lui demander de soutenir leur démarche, l’UGET assurant à l’époque la vice-présidence de l’UIE, les trois jeunes palestiniens mettent tous leurs espoirs  dans l’appui tunisien  pour eux incontournable. Leurs espoirs ne sont pas déçus. Ayant mis le président tchécoslovaque de leur côté, les représentants de l’UGET, Mohamed Amamou en tête recherchent le compromis qui va permettre aux palestiniens de rejoindre l’UIE. Sur proposition tunisienne, Yasser Arafat et ses camarades  font  la concession de faire appeler leur organisation, l’Union des étudiants arabes palestiniens.  Rien ne peut dès lors s’opposer à leur admission qui va se faire en grande pompe lors de la cérémonie de clôture du congrès tenue sous la présidence d’un autre tunisien, M. Ahmed Chtourou. Les associations estudiantines israéliennes  quittent le congrès et se retirent de l’UIE après cette gifle cinglante. Ce succès retentissant marque M. Amamou et est le déclencheur de sa vocation diplomatique

L’Afrique d’abord :

Ayant rejoint le ministère des affaires étrangères en 1959, il ne tarde pas  à être affecté à l’étranger. Après un court passage à Londres, il est nommé au Ghana nouvellement indépendant. Là-bas, C’est Kwame Nkrumah, le père de l’indépendance ghanéenne qui dirige le pays. Nkrumah est un proche ami du Président Bourguiba qu’il a d’ailleurs invité en Mars 1957 aux cérémonies du  premier anniversaire de l’indépendance tunisienne. Dans la capitale du Ghana, il se retrouve aux premières loges pour l’observation des premiers actes dans le processus  de l’unité africaine en gestation. Avec un autre grand leader africain, le guinéen Ahmed Sékou Touré, Bourguiba et Nkrumah vont être les initiateurs de la Conférence des peuples africains  tenue dans la capitale ghanéenne et au terme de laquelle est constitué le Rassemblement des partis africains en lutte pour l’indépendance. Cette organisation est le premier noyau de l’unité africaine. A l’époque, les états africains indépendants sont partagés entre le groupe de Monrovia, du nom de la capitale du Libéria, qui réunit  les états conservateurs et le groupe de Casablanca qui rassemble les états progressistes. Avec leurs pairs, dont le sénégalais Léopold Sédar Senghor et l’ivoirien Félix Houphouët Boigny, Bourguiba et Nkrumah vont réussir à réunir les deux groupes antagonistes. Ce qui va aboutir à la naissance de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), ancêtre de l’Union africaine, dont le sommet fondateur se tient en Mai 1963 à Addis Abéba. D’Accra, M. Amamou  rejoint Léopoldville, l’ancien nom de la capitale congolaise où Il  retrouve le contingent tunisien travaillant sous le drapeau des forces de la paix de l’ONU. C’est en sa présence que la mission de 3000 hommes  prit fin. Avant de partir, l’officier supérieur chef de la mission tunisienne lui  confie une quantité d’armes et de munitions, de quoi remplir trois grandes salles de la chancellerie, se rappelle-t-il, à charge pour lui de les remettre à Roberto Holden, le chef du Front national de Libération de l’Angola (FNLA). Il est, alors, entré en contact avec le chef d’état major de l’armée congolaise, un certain général Mobutu pour qu’il mette des camions militaires à sa disposition en vue   du transport de cette cargaison à destination du FNLA. Ces armes et munitions serviront à tirer les premiers coups de feu pour la libération de l’Angola. Au même moment se remémore M.Amamou, un bateau rempli d’armes est convoyé par un officier de l’armée tunisienne et un fonctionnaire du ministère des affaires étrangères à destination du Mozambique où il doit être remis aux combattants du Front de libération de ce pays, le FRELIMO. Pour mémoire, Nelson Mandela, le grand leader sud-africain a confié que les premières armes utilisées par les combattants de son mouvement, le Congrès National africain (ANC) contre le régime d’apartheid de Pretoria ont été acquises grâce au soutien financier de la Tunisie de Bourguiba.

En 1972, M. Amamou  retrouve l’Afrique, plus précisément Kinshasa, capitale du Congo devenu Zaïre sous le leadership de Mobutu. Mais cette fois-ci comme ambassadeur, son premier poste en cette  qualité. Il a alors 39 ans à peine. Signe de l’excellent climat des relations bilatérales, il  remet une copie figurée de ses lettres de créance au Ministre des affaires étrangères le lendemain de son arrivée à Kinshasa et est par Mobutu pour lui présenter ses lettres de créance dans la semaine qui suit. Avec le Zaïre il doit asseoir une  coopération fort fructueuse qui s était traduite par la constitution  d’entreprises en joint-venture entre les deux pays.

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