Mandela

Hommage à Mandela

« Our freedom cannot be complete while others in the world are not free. » N.Mandela
L’Assemblée générale de l’Onu a adopté en novembre 2009 une déclaration par laquelle elle a décrété que le 18 juillet de chaque année sera célébré comme « Journée internationale Nelson Mandela » pour honorer la mémoire de l’ancien Président sud-africain et rappeler l’œuvre qu’il avait accomplie en faveur de la paix et de la liberté.
Cette journée est l’occasion pour évoquer le destin exceptionnel de cet homme qui consacra toute sa vie à combattre l’injustice et le racisme et qui parvint au prix d’efforts acharnés et d’immenses sacrifices à éradiquer l’apartheid puis à faire de l’Afrique du Sud une nation arc-en-ciel, multiraciale et démocratique.
Né le 18 juillet 1918 dans un petit village du Transkei, dans le sud-est de l’Afrique du sud, au sein d’une famille noble de l’ethnie Xhosa, Mandela était destiné, comme le voulait la tradition de son clan, à occuper à sa majorité les fonctions de conseiller auprès du Régent de sa tribu. Mais à 19 ans il y renonce et choisit de poursuivre des études de droit. A Soweto, quartier populaire de la banlieue de Johannesburg où il s’installe en 1941, Mandela connait lui-même la précarité et le racisme et prend la mesure de la détresse, de l’injustice et de la répression dont était victime la majorité noire d’Afrique du Sud.
Durant les années 1940, la politique de ségrégation raciale, mise en place depuis plusieurs décennies déjà, s’accentue et se transforme à partir de 1948, après l’arrivée au pouvoir du Parti National du Pasteur Daniel Malan, en un système rigide appelé apartheid ( mot qui signifie littéralement séparation, connu aussi sous l’euphémisme trompeur de « développement séparé » des races), derrière lequel se cache une ségrégation intégrale, politique, économique, sociale et culturelle qui vise à dépouiller la majorité noire des rares droits qui lui restaient encore à cette époque et à la ravaler au rang de paria dans son propre pays. Au cours des décennies 50 ,60 et 70 la politique de l’apartheid devient systématique et la répression à l’encontre des opposants au système se durcit et prend diverses formes telles que l’incarcération, la torture, les exécutions capitales et l’assassinat.
Tout en poursuivant ses études, Mandela fréquente les milieux intellectuels et se lie d’amitié avec certains activistes de la cause noire, qui militent déjà au sein de l’ANC, comme Walter Sizulu et Oliver Tambo, qui deviendront ses camarades de lutte. Depuis sa création en 1912, l’ANC œuvrait pacifiquement pour l’amélioration des conditions de vie des noirs et pour la défense de leurs droits, mais s’interdisait tout recours à la violence. Mandela adhère en 1943 à cette organisation dont il devient aussitôt l’un des membres les plus influents et les plus actifs. En 1944, il est à l’origine de la création de la Ligue de la jeunesse dont l’objectif est de faciliter le recrutement de jeunes militants et d’insuffler à l’ANC un sang nouveau.
En 1953 Mandela obtient son diplôme d’avocat et fonde avec Oliver Tambo, le premier cabinet d’avocats noirs en Afrique du Sud. Il se lance dans l’action politique non-violente en organisant notamment une campagne de défi, puis une campagne de désobéissance civile, ainsi que d’autres manifestations pour protester contre les lois ségrégationnistes. En mars 1960 à Sharpeville une manifestation de protestation contre le port obligatoire du passeport intérieur (le pass) pour les noirs, tourne au drame lorsque la police ouvre le feu sur la foule, tuant 69 africains, et en blessant 400 autres.
Devant le durcissement de la répression et face à l’échec des méthodes de protestation pacifique, l’ANC, à l’instigation de Mandela opte pour le recours à la violence, parallèlement à l’action politique. En décembre 1961, Mandela crée au sein de l’ANC, une branche armée, nommée La lance de la Nation, dont il prend le commandement, et qui lance aussitôt ses premières actions de sabotage contre les symboles du pouvoir blanc. L’ANC est interdite et ses responsables entrent dans la clandestinité.
En 1962 Mandela quitte clandestinement l’Afrique du Sud et entreprend une tournée dans plusieurs pays africains dont la Tunisie, l’Algérie et le Maroc pour faire connaitre la lutte menée par l’ANC et mobiliser en sa faveur le soutien politique et financier. Il en profite pour s’initier aux techniques de guérilla dans les camps des combattants du FLN à la frontière algéro-marocaine et effectue un entrainement militaire en Ethiopie. Dans son autobiographie (Un long chemin vers la liberté, paru en 1994) Mandela, évoquant son séjour à Tunis, il écrit : « Quand nous avons rencontré le président Bourguiba, sa réponse a été entièrement positive et immédiate : il a offert d’entrainer nos soldats et 5000 livres pour acheter des armes ».
De retour en Afrique du sud, Mandela est arrêté le 5 aout 1962 et condamné à cinq ans de prison pour incitation à la grève et pour avoir quitté le territoire sans autorisation. En octobre 1963 débute devant la Cour suprême de Pretoria un autre procès, connu sous le nom de procès de Rivonia, au cours duquel Mandela et sept autres responsables de l’ANC sont jugés pour actes de sabotage et de trahison. S’adressant à ses juges, Mandela fait une déclaration devenue célèbre dans laquelle il résume, en ces termes, l’essence de son combat et de sa philosophie politique : « Toute ma vie, j’ai lutté pour la cause du peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai adopté pour idéal une société démocratique et libre où tout le monde vivrait ensemble dans la paix et avec des chances égales. J’espère vivre pour les conquérir, mais c’est aussi un idéal pour lequel je suis prêt, s’il le faut, à mourir. ».
Le 12 juin 1964, à l’issue du procès, il échappe de peu à la peine capitale et est condamné à la prison à perpétuité. A Robben Island, île-prison située au large du Cap, où il est incarcéré sous le matricule n° 46664, puis à la prison de Pollsmoor, il passe 27 ans de sa vie en captivité. Malgré la solitude, les travaux forcés et les humiliations subies, Mandela ne se décourage pas et continue, derrière les barreaux de sa cellule, à inspirer et guider la lutte que mènent, dehors, les militants de l’ANC et des autres mouvements anti-apartheid. Il refuse à deux reprises l’offre du gouvernement de le libérer à condition qu’il renonce à la violence, arguant que : « Seuls les hommes libres peuvent négocier ». Sa renommée dépasse les frontières du pays et il devient le prisonnier le plus célèbre du monde.
Vers le milieu de la décennie 1980, le gouvernement sud-africain, malgré une répression féroce, ne parvient pas à mettre fin à l’agitation et à l’insécurité qui secouent le pays. Il est à la fois confronté aux actions de déstabilisation menées par l’ANC, mis au ban de la communauté internationale et soumis aux sanctions économiques et au boycott culturel et sportif. Face à cette situation de blocage inédite, il initie des réformes destinées à donner des gages de sa bonne volonté puis entame des négociations discrètes avec Mandela. Celui-ci estime de son côté que le moment est propice pour « parler avec l’ennemi » pour l’encourager à avancer sur la voie de réformes audacieuses.
Quand le président sud-africain, Fréderic De Klerk, arrive au pouvoir en 1989, l’environnement international a beaucoup évolué. Avec la fin de la guerre froide, l’Afrique du Sud perd de son intérêt stratégique comme rempart contre la menace communiste et les mouvements de libération savent qu’ils ne peuvent plus désormais compter que sur eux-mêmes. La rivalité Est-Ouest laisse place à la détente et à la résolution des conflits. De Klerk prend conscience que la minorité blanche, pour sa propre survie, devra, tôt ou tard, abandonner le système de l’apartheid et accorder à la majorité noire ses droits. Le 11 février 1990 Mandela est libéré. Devant les milliers de personnes venus l’accueillir, il déclare : Je suis là devant vous non pas comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. » Dans la foulée, l’ANC est légalisé et l’apartheid est officiellement aboli. Malgré les menaces de l’extrême droite blanche et celle du mouvement zoulou Inkhata de Buthelezi, tous deux hostiles à la poursuite du processus de transition et à l’idée d’un Etat unitaire, la paix civile est préservée et une Constitution intérimaire est adoptée. En Avril 1994 ont lieu les premières élections multiraciales de l’histoire de l’Afrique du Sud. Mandela est élu Président de la république.
Mandela s’éteint le 5 décembre 2013 à Johannesburg au terme d’une vie et d’un combat exceptionnels. Rarement un homme aura été, à juste titre, fêté, honoré et récompensé à travers le monde, comme le fut Mandela, même de son vivant. Cet homme charismatique, pétri de qualités humaines, ne se considérait pourtant, ni comme « un saint ni un prophète » mais comme « un homme comme les autres, un pécheur qui essaie de s’améliorer », selon ses propres expressions. Il a mené, durant toute sa vie, un combat exemplaire pour la liberté la justice et la dignité humaine et a donné au monde une formidable leçon de courage, de persévérance et de sagesse au service de grands idéaux. Cette leçon mérite d’être méditée, au moment où l’on assiste à la résurgence de nouvelles formes d’apartheid, de xénophobie et d’extrémismes de tous bords dans certaines contrées de notre planète.
Moncef LARBI
Ancien Ambassadeur

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