Il y a un siècle, l’Accord Sykes-Picot

Il y a un siècle, l’Accord Sykes-Picot

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Par Moncef Larbi,

Ancien ambassadeur

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples.  »

De Gaulle

 

La date du 16 mai 1916 est une date importante dans l’histoire du Moyen-Orient et de l’ensemble du monde arabe. Ce jour-là, en effet, la Grande Bretagne et la France procédèrent à la conclusion d’un Accord dont l’existence ne sera révélée que plus tard et qui allait remodeler la carte politique du Moyen-Orient et déterminer pour une longue période l’avenir de cette région. Il s’agit de l’Accord Sykes-Picot par lequel, ces deux puissances scellèrent une entente qui devait leur permettre de se partager les dépouilles de l’Empire ottoman au Moyen-Orient et de soumettre une partie non négligeable de cette région soit à leur administration directe soit à leur influence politique, économique et culturelle.

Afin de bien saisir les enjeux et les circonstances qui avaient présidé à l’élaboration et à la mise en œuvre de ce projet franco-britannique, il n’est pas inutile de rappeler, ici, le contexte historique qui prévalait à cette époque.

Au printemps1916, la Première guerre mondiale battait son plein, mettant aux prises d’un côté, la Triple Entente constituée de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie tsariste et de l’autre côté, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Empire ottoman, ainsi que leurs alliés respectifs. En s’engageant dans la guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, l’Empire ottoman misait sur la victoire finale de ces deux puissances et espérait pouvoir en tirer profit pour sauvegarder ce qui pouvait l’être encore de son Empire menacé de toutes parts et de mettre fin en particulier à l’agitation et aux velléités indépendantistes qui secouaient ses provinces arabes du Moyen-Orient. En effet, à la veille du déclenchement de la première guerre mondiale, plusieurs régions du Moyen-Orient échappaient à l’autorité ottomane, tels que le centre de la péninsule arabique ou le Yémen, en rébellion continuellement contre la Sublime Porte. D’autres régions étaient l’objet de convoitises et d’influence de la part des deux puissances coloniales européennes, la Grande Bretagne et la France. L’engagement de l’Empire ottoman dans la guerre allait précipiter sa chute et favoriser son démantèlement au profit de ces deux puissances.

Déjà présente en Algérie depuis 1830 et en Tunisie depuis 1881, la France s’intéressait aussi au Proche-Orient où elle avait réussi à imposer progressivement son influence politique, économique et culturelle le long du littoral du bassin oriental de la méditerranée, au point qu’on parlait alors de « la France du Levant ». Elle se considérait en outre comme la protectrice des chrétiens du Mont Liban en vertu d’engagements qui remonteraient au temps des Croisades. Son rêve était de constituer une « Grande Syrie », englobant la Syrie, le Liban, et la Palestine et qui serait placée sous sa domination. Tandis que la Grande Bretagne, pour qui la route des Indes était stratégiquement importante et qui était parvenue, durant la fin du 19ème siècle, à établir des protectorats sur l’Égypte, Aden et la plupart des Émirats côtiers du golfe arabo-persique, ambitionnait de renforcer sa présence dans la région par l’occupation de certaines provinces stratégiques relevant de l’Empire ottoman, en particulier la Mésopotamie (l’actuel Irak) ainsi que la Palestine.

 

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