Gordon Sondland à Washington, le 28 octobre 2019. Photo : Erin Scott, Reuters

« Impeachment » de Trump : un ambassadeur avoue qu’il y a eu pression sur l’Ukraine

Les témoignages auprès des parlementaires se succèdent dans le cadre de l’enquête visant la destitution du président américain Donald Trump. Mardi 5 novembre, le diplomate américain Gordon Sondland a admis que des conditions ont été posées pour qu’une aide américaine militaire à l’Ukraine soit débloquée. La condition étant l’ouverture d’une enquête sur l’un des rivaux démocrates de Donald Trump, Joe Biden.

Entendu une première fois le 17 octobre dernier, l’ambassadeur auprès de l’Union européenne Gordon Sondland, longtemps proche de Donald Trump, est revenu ce lundi au Congrès pour compléter son témoignage avec d’importantes informations supplémentaires, qui viennent étoffer le dossier de l’enquête visant Donald Trump au Congrès.

Gordon Sondland a déclaré avoir expliqué à un conseiller du président ukrainien Volodomyr Zelensky que l’aide militaire américaine ne serait « sans doute » pas débloquée tant que l’Ukraine ne ferait pas une annonce publique pour assurer qu’elle enquêterait sur les affaires des Biden dans le pays. « Je me souviens maintenant avoir parlé individuellement avec [Andreï] Yermak pour lui dire que la reprise de l’aide américaine n’arriverait sans doute pas jusqu’à ce que l’Ukraine fournisse une déclaration publique contre la corruption dont nous parlions depuis de nombreuses semaines », a-t-il précisé.

M. Sondland admet ainsi l’existence d’un “quid pro quo”, c’est-à-dire d’une entente. Il apporte ainsi « une révision significative » à son témoignage initial devant le Congrès mi-octobre, relève le Washington Post. Gordon Sondland avait alors déclaré, sous serment, n’avoir en aucun cas « participé » à des actions visant à « geler de l’aide afin de faire pression » sur le gouvernement ukrainien, estimant même qu’une telle attitude serait « inappropriée » voire « illégale », rappelle pour sa part Courrier International.

Un témoin clé

Si cette nouvelle déclaration fournit aux démocrates une preuve précieuse qui vient donc appuyer plus sérieusement l’hypothèse d’un abus de pouvoir présidentiel, c’est parce que contrairement à d’autres responsables qui ont fourni des informations préjudiciables à Donald Trump, M. Sondland a été un allié proche et un soutien politique du président américain, souligne The Hill. Ce diplomate est également un donateur important au Parti républicain, comme le rappelait CNN le 17 octobre 2019.

Gordon Sondland est l’un des « mégadonateurs » qui a soutenu la campagne de Donald Trump en 2016, rappelle ainsi le journal américain. Les républicains s’étaient largement appuyés sur les déclarations initiales de ce conservateur pour tenter de prouver l’absence d’abus de pouvoir. « Cette modification de dernière minute sape l’argument principal utilisé par Trump et ses alliés républicains, qui ont insisté tout au long de l’enquête sur le fait que le président n’avait jamais menacé de retenir l’aide militaire en échange de faveurs politiques », souligne le site d’information américain. « Et les démocrates se sont précipités sur les révisions [de son témoignage], affirmant que le témoignage de Sondland – associé à d’autres transcriptions de dépositions publiées cette semaine – offre une nouvelle preuve claire que Trump a abusé de son pouvoir pour obtenir un gain politique. »

Donald Trump « peut pour l’instant dormir tranquille »

« J’ai présumé que la suspension de l’aide avait été liée à une déclaration suggérée [par des proches de Donald Trump] contre la corruption » et qui mentionnerait l’entreprise employant Hunter Biden, le fils de Joe Biden, a-t-il déclaré. « J’ai compris peu après que cette déclaration devrait venir du président Zelensky lui-même », a ajouté l’ambassadeur américain. Les enquêteurs lui ont alors demandé si la demande faite à l’Ukraine d’ouvrir une investigation sur les Biden, et donc la possibilité que ce pays soit impliqué dans la campagne présidentielle américaine de 2020, pouvait être « illégale ». Gordon Sondland a répondu : « Je ne suis pas avocat, mais je le suppose. »

Persuadés de pouvoir prouver l’existence de faits d’« abus de pouvoir » du président américain en raison des pressions exercées sur Kiev, les démocrates ont engagé le 24 septembre une enquête parlementaire à la Chambre des représentants, où ils sont majoritaires. Pour leur part, les républicains contrôlent le Sénat. Celui-ci serait ensuite chargé de rendre son verdict sur une éventuelle destitution de Donald Trump.

Etant donné que la Chambre des représentants est à majorité démocrate, cet « impeachment » risque fort d’être voté, analyse France 24. « Se tiendra ensuite un procès en destitution au Sénat, dominé lui par la droite. Le président peut pour l’instant dormir tranquille : le chef des républicains à la chambre haute, Mitch McConnell, a assuré mardi qu’il ne serait pas destitué », souligne le média français.

N.B.

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