Interview avec Mohamed Taieb, rameur d’aviron dans le top 10 mondial

Médaillé d’or en skiff juniors aux championnats d’Afrique 2013, le rameur d’aviron Mohamed Taïeb a porté haut les couleurs de la Tunisie dans plusieurs compétitions mondiales prestigieuses et ne fait que confirmer la qualité de son jeu à mesure que les années passent. Aux championnats d’Afrique 2014, il est médaillé d’or en skiff juniors. Il décroche aux Jeux africains de la jeunesse de 2014 la médaille d’or en skiff et en relais mixte de skiff. Egalement médaillé d’or en skiff poids légers aux championnats d’Afrique 2015, le rameur tunisien obtient aux championnats d’Afrique 2017 la médaille d’or en skiff et en skiff poids légers. L’an dernier aux Jeux africains de 2019, il remporte la médaille d’or en skiff 500 mètres et en skiff 1000 mètres ainsi que la médaille d’argent en relais mixte de skiff. Interview avec ce jeune athlète tunisien, grand passionné des sports nautiques, qui a été scolarisé au lycée sportif tunisien Pierre de Coubertin. Fait amusant : c’est sous l’impulsion du baron Pierre Coubertin que l’aviron est devenu un sport olympique depuis la création des Jeux olympiques modernes en 1896.

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Publiée par Tunisian Rowing Federation sur Lundi 12 octobre 2020

Le Diplomate Tunisien : Comment est née la passion de l’aviron chez toi, dans un pays où ce sport est peu pratiqué ?

Mohamed Taïeb : Tout a commencé en 2007 lorsque mon père, qui voyageait souvent entre Marseille et Tunis pour des raisons professionnelles, a ramené à la maison un livre qui parle de rameurs en compétition : The Boys and the boat. Une histoire qui restitue l’ambiance des bateaux et l’atmosphère des compétitions olympiques avec tout son lot de tension entre adversaires. Il m’a été éblouissant d’imaginer le bonheur et la sensation de liberté ressentis par les rameurs dans leurs bateaux, et ne cessais de me demander comment ils pouvaient gérer la fatigue et la pression des adversaires, sans pouvoir lâcher prise, l’aviron étant un sport à la fois individuel et collectif. Je m’en suis donc passionné, puis j’ai commencé à me renseigner sur l’existence de structures en Tunisie enseignant ce fabuleux sport nautique.

A l’été 2007, j’ai trouvé un club d’aviron situé au Lac 1 et, avec mon frère, on a commencé à s’entraîner. A l’époque, j’étais à l’école primaire et je m’entraînais le week-end en tant qu’amateur. Au collège, je faisais beaucoup de sport pendant mon temps libre, ce qui a sauvé ma scolarité au collège dont je garde de mauvais souvenirs puisqu’étant dyslexique, j’ai souvent été l’objet d’une discrimination de la part de mes profs… Je mettais donc toute mon énergie dans le sport pour, en quelque sorte, fuir cette situation difficile. En 9e année, je suis passé au lycée sportif Pierre de Coubertin et suivi un entraînement spécifique tous les jours au sein de ce système que je trouve très bon puisqu’il m’a permis en parallèle de poursuivre des études. J’y ai aussi trouvé une autre mentalité chez les profs, qui ont été bien plus sensibles face à ma dyslexie. Les moyens étaient donc là pour que je progresse sur les deux niveaux. Mon objectif était de participer bien sûr au championnat arabe. L’année 2012 marque ma réussite dans ce championnat en double juniors, c’était ma première victoire à l’international. C’est ensuite que j’ai pu établir mes premiers contacts avec le monde européen afin qu’un jour je puisse participer aux compétitions internationales.

D.T. : Et votre première participation à un championnat mondial a eu lieu juste après…

M.T. : L’année d’après, 2013, a en effet marqué ma première participation au championnat du monde junior à l’issue duquel j’ai été classé 22e après avoir gagné les championnats afrique et arabe. Maos comme tout sportif de haut niveau, mon objectif était d’être dans le top 10 des joueurs mondiaux. J’ai donc intensifié mon entraînement et me suis qualifié aux JO de la jeunesse qui se sont tenus à Nankin, en Chine en 2014.

D.T. : Vous vivez actuellement à Essen, en Allemagne. Ce choix est-il justifié par une raison en particulier ?

M.T. : Après avoir obtenu mon bac, je suis parti en Allemagne pour un stage de deux mois, à Hambourg. Une expérience fabuleuse qui, en effet, a en partie guidé mon choix d’y élire domicile. C’est à partir de cette expérience que j’ai pu participer pour la deuxième fois au championnat du monde où j’ai représenté fièrement la Tunisie. Si j’ai finalement opté pour l’Allemagne, où je vis encore aujourd’hui, à Essen, c’est aussi parce que c’est l’un des rares pays où il est possible de bien s’entraîner dans ma catégorie de jeu de prédilection : le skiff (bateau de sport très long pour un seul rameur, ndlr). L’équipe que j’ai intégrée ici et avec laquelle je m’entraîne régulièrement est composée d’une vingtaine d’athlètes dont au moins 65 % détiennent des médailles mondiales. En 2017, et grâce à cette atmosphère d’excellence qui a largement contribué à affiner mon jeu et me rendre confiant, j’ai été classé 5e mondial et le premier Tunisien à se qualifier en finale.

D.T. : Comment a évolué votre classement ces dernières années ?

M.T. : Le classement des rameurs d’aviron dépend étroitement des résultats des championnats du monde. Le dernier championnat auquel j’ai participé était celui de 2018, à l’issue duquel j’ai terminé à la huitième position. En 2019 en revanche, le championnat du monde tombait exactement avec les Jeux africains de Rabat, et le ministère a estimé que c’était mieux que je tente ma chance au second, pour aider la Tunisie à monter dans le classement avec l’obtention de médailles. Heureusement, ça a marché, puisque j’ai eu deux médailles d’or et une médaille d’argent pour finalement être classé 2e meilleur athlète dans ces JA. En 2020, la crise sanitaire du Covid 19 a empêché la tenue du championnat du monde. Je suis donc encore classé 8e, techniquement !… Je suis financé par la fédération et le ministère des Sports en contrepartie d’un contrat où je dois remplir certains objectifs en m’entraînant rigoureusement dans le centre olympique de ce pays.

D.T. : Finalement, qu’est-ce que l’aviron offre comme sensations ?

M.T. : Ma connexion avec l’eau est immense. Quand je suis sur un bateau et que je suis, tout en le contrôlant, son mouvement, je laisse sur le ponton toutes les angoisses que j’ai pu vivre dans le passé, notamment en raison de ma dyslexie. Ce sport biomécanique est celui qui, par excellence, permet l’évasion. Cela m’a particulièrement été utile pendant mes premières années de collège. Ce que j’espère maintenant, c’est de bien me préparer pour les JO de Tokyo de 2021, très attendus. Mais avant cela, je dois bien sûr participer aux qualifications olympiques qui se tiendront du 18 au 24 mai en Suisse.

Propos recueillis par N.B.

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