Interview de M. Tahar Sioud, président de l’Association Tunisienne des Anciens Ambassadeurs...

Interview de M. Tahar Sioud, président de l’Association Tunisienne des Anciens Ambassadeurs et Consuls généraux : Notre politique étrangère est actuellement entre de bonnes mains

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Question : Pour quelles raisons votre association a décidé de célébrer le 60ème anniversaire de la diplomatie tunisienne?

Réponse : Pour dire vrai nous n’avons pas pensé faire de la concurrence au ministère des affaires étrangères qui a préparé un programme riche pour célébrer cet anniversaire. En symbiose et en complémentarité avec le ministère,  nous avons pris l’initiative de quelques actions pour rappeler  la contribution des hommes et des femmes qui ont été les bâtisseurs, les fondateurs de la diplomatie tunisienne. Les Tunisiens, jeunes et parfois moins jeunes ne connaissent pas ou connaissent peu l’épopée de la diplomatie tunisienne.  Il est temps de réparer cet oubli. Le  corps diplomatique comme d’autres corps, l’armée ou les forces de sécurité mérite la reconnaissance de la Nation. Nous, aussi, avons nos martyrs qui méritent qu’on se rappelle d’eux. Le premier d’entre eux fut le premier secrétaire général du ministère Khemaies Hajri grièvement blessé alors qu’il était en mission sur les frontières avec l’Algérie en 1957. Il était alors accompagné par notre président actuel Si Béji Caïd Essebsi alors conseiller du ministre de l’Intérieur. En  1994, deux de nos collègues Zine El Abidine Mestiri secrétaire général du ministère et Mustapha Tekaya, chargé d’affaires à Kinshasa sont morts dans un crash d’avion en rentrant d’une mission au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) sans oublier notre brillant collègue Hédi Annabi mort  dans le séisme qui a frappé en janvier 2010 Port-au-Prince capitale de Haïti où il dirigeait la mission de l’ONU dans ce pays. Il est temps d’ailleurs que des avenues, des rues ou des salles du ministère portent les noms de ces valeureux diplomates. Evidemment, nous n’avons pas la prétention d’égrener les souvenirs de 60 ans mais de rappeler quelques faits  et de rendre hommage à certains de nos valeureux diplomates. Outre cette page que votre journal a bien voulu consacrer à l’événement, ce dont nous le remercions vivement, nous comptons réserver une large place dans notre site web (www.lediplomate.tn) pour rappeler les grands faits de la diplomatie tunisienne et ses grands hommes et femmes. Nous envisageons aussi d’organiser tout au long de l’année des conférences ou des tables rondes à cet effet.

Question : Quel message voudriez-vous adresser à l’occasion de cet anniversaire

Réponse : D’abord rappeler que, quand le ministère a été créé en 1956, Bourguiba étant le premier ministre des affaires étrangères d’ailleurs, la diplomatie a été confiée à de vrais militants qui, dans des conditions difficiles, ont accompli leurs devoirs de la meilleure manière. Ce sont ces fondateurs dont nous voudrions rappeler leurs faits d’armes. Leur mérite est grand d’avoir réussi à mettre dés le départ la diplomatie dans la bonne orbite. C’est grâce à eux que notre pays a eu le rayonnement qui est le sien à l’étranger et dans les instances internationales. Le corps s’est ensuite professionnalisé au fil des ans tout en s’inspirant de la voie définie par les pères fondateurs. Nous voudrions que cet esprit militant continue à guider notre diplomatie.

Question : Une association des anciens ambassadeurs et consuls généraux, c’est pourquoi faire ?

Réponse : Notre association  a vu le jour en mars 2011, moins de deux mois après la révolution à l’initiative de notre collègue et ami, le regretté Ahmed Ben Arfa, l’un de nos diplomates les plus brillants. Le but principal est de constituer une structure à même de rassembler les chefs de missions diplomatique et consulaires à la retraite pour se retrouver ensemble d’abord et pour faire profiter de leur expérience leurs collègues plus jeunes soit lors de débats ou de rencontres thématiques touchant des volets de notre politique étrangère. Bien évidemment sans jamais interférer dans le travail du ministère des affaires étrangères ni entreprendre quoi que ce soit qui puisse porter atteinte à notre diplomatie. Après la disparition de M.Ben Arfa nous avons organisé une assemblée générale élective et les collègues ont bien voulu m’accorder leur confiance pour diriger le bureau où figure une pléiade de grands diplomates chevronnés. Le Président Béji Caïd Essebsi nous a fait l’honneur de nous recevoir dès que nous avions exprimé le vœu. Si Béji qui est des nôtres, ancien ambassadeur à Paris et à Bonn(Allemagne) fut aussi notre ministre de 1981 à 1986. Il a  laissé d’ailleurs une trace indélébile. Cette rencontre fut une occasion pour écouter ses conseils avisés. Il nous a incités à devenir un lieu de réflexion  et de prospective, un genre de Think-tank sur les grands sujets de politique étrangère. Nous y sommes attelés en organisant avec l’association sœur des anciens officiers de l’armée nationale un colloque sur le conflit syrien. Notre site web a pour but aussi  de publier la réflexion de nos collègues membres de l’association sur les grandes questions qui se posent à notre politique étrangère. Vous savez que le ministre comme les autres hauts cadres du ministère ont les yeux rivés sur les dossiers brulants et n’ont pas le temps suffisant pour la réflexion et l’analyse. C’est  dans ce volet que  voudrions apporter notre contribution.  Notre rôle  est  de maintenir vivante la mémoire de notre corps et de notre diplomatie.

Question : Aujourd’hui que vous êtes libérés des contingences de la diplomatie au-jour-le-jour quel regard portez-vous sur la politique étrangère tunisienne ?

Réponse : le diplomate ne se libère jamais de ce qui est pour lui non seulement une occupation ou une profession mais bel et bien une vocation. Donc la diplomatie reste intimement liée à notre existence. Forcément nous sommes satisfaits quand tout va bien et nous le sommes moins ou pas du tout quand nous jugeons que les choses  vont moins bien ou qu’elles ne  vont pas bien dans la bonne direction. Car notre politique étrangère a été dotée depuis l’ère Bourguiba de ses principes et de ses fondamentaux qui nous ont toujours balisé le chemin. Ils ont fait la force de notre diplomatie et nous ont valu l’estime et parfois même l’admiration de nos collègues à l’Etranger et dans les instances internationales et régionales. Il faut bien dire que ses principes et ses fondamentaux ont manqué à notre appareil diplomatique surtout au moment du gouvernement de la Troïka. Heureusement qu’avec l’accession de Si Béji Caïd Essebsi  à la magistrature suprême et la récente nomination de notre collège Khémaies Jhinaoui à la tête du ministère des affaires étrangères, notre politique étrangère est désormais entre de bonnes mains. Nous les assurons de notre total soutien et restons prêts à assumer notre rôle de mémoire vivante de la diplomatie tunisienne. Nous sommes à leur disposition pour toute mission qu’ils voudront nous confier bien évidemment, mais sans jamais interférer avec la diplomatie active.

 

 

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