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Heifel Ben Youssef

Interview avec Heifel Ben Youssef, réalisateur et l’un des organisateurs du Festival du film maghrébin de Montréal

Photographe, réalisateur et scénariste, Heifel Ben Youssef, 31 ans, a commencé à être connu lorsqu’il a remporté grâce à son documentaire « Weldek Rajel » (2016) le deuxième prix du Festival international du film oriental de Genève (FIFOG) en 2017. Voulant adopter l’approche du cinéma social, il a entre autres réalisé le court-métrage « Gahaff », sur les jeunes désœuvrés de son quartier d’el-Mourouj, sorti en 2009, et le documentaire « Sur le chemin de la dignité », qui dépeint le quotidien d’écoliers tunisiens démunis face à la pauvreté des provinces tunisiennes qu’ils habitent et qui a bénéficié du soutien de l’association française Solidarité laïque. Récemment, avec des amis tunisiens vivant au Canada, il a contribué, en tant que cinéaste mais aussi dirigeant d’Iris Production, une boîte de production qu’il a fondée en 2014, à la création d’un festival à Montréal dédié aux films maghrébins, une initiative par laquelle ce jeune diplômé de l’Ecole des Arts et du Cinéma entend mieux faire connaître le cinéma de son pays et du Maghreb au public nord-américain. Interview.

Le Diplomate Tunisien : « Weldek Rajel », votre principale réalisation jusqu’à présent, traite du sujet des jeunes Tunisiens partis illégalement à l’étranger, mais pas comme on pourrait d’abord s’y attendre…

Heifel Ben Youssef : En effet, j’ai choisi de traiter ce sujet sous un angle différent. C’est que, d’abord, l’histoire de ces jeunes que j’ai voulu filmer ne commence pas par la représentation de la vie miséreuse dont ils souhaitaient tant se défaire quand ils étaient encore dans leur pays d’origine. J’ai voulu les filmer d’emblée dans leur pays d’accueil, en France et en Suisse, pour éviter de tomber dans la sensibilisation aux horreurs de la migration clandestine que l’on connaît déjà trop grâce aux médias. D’autant qu’ils continuent de vivre dans la précarité une fois arrivés dans la terre rêvée. Même si une fois installés là-bas, tout autre chose peut aussi se produire : certains mènent ainsi une vie tout à fait normale, parfois même heureuse, et cela, j’ai aussi voulu le montrer. Le film montre toutefois aussi que tous ont dû traverser une longue période de transition marquée par le dépaysement et la misère, l’amertume et la nostalgie du pays maternel.

Cette idée m’est par ailleurs venue tout à fait par hasard, car je me trouvais, juste avant de commencer à tourner, à Paris pour exposer mes travaux personnels de photographe [Heifel Ben Youssef, photographe pour son propre compte, a également collaboré avec Jeune Afrique et l’Unicef, et certaines de ses photos prises lors des troubles de la révolution ont été très remarquées, ndlr] dans le cadre d’une exposition organisée et hébergée par la Maison des associations de solidarité (MAS). Certains de mes amis partis clandestinement à Paris étaient alors venus voir l’expo et, étant parti muni de ma caméra, je m’étais dit que ce serait une bonne idée de les filmer dans leur quotidien, et c’est parti comme ça. D’ailleurs, aucun financement n’avait été prévu pour ce documentaire dont le tournage a duré quatre ans et c’est presque uniquement grâce à ma boîte de production audiovisuelle, Iris Production, que j’ai réussi à le financer, l’autre partie du budget m’ayant été fournie plus tard par l’ambassade de Suisse en Tunisie.

Êtes-vous en train de travailler sur des films en ce moment ?

Je m’apprête actuellement à tourner un court-métrage qui mettra en scène un huis-clos, des habitants d’un même immeuble enfermés dans une pièce et apeurés par un bruit étrange qui leur vient d’en haut… Je n’en dis pas plus pour l’instant ! Ce projet a eu le soutien du ministère de la Culture qui a accepté de m’en fournir le financement. Aussi, je travaille sur un projet de documentaire dont le tournage devrait commencer dans quelques semaines. Bien sûr, je prépare aussi l’ouverture de la deuxième édition du festival que j’ai contribué à créer, le Festival du film maghrébin de Montréal.

Comment a été créé ce festival ?

Avec l’Association des Tunisiens aux Amériques, et en particulier ses membres Hechmi Khelifi et Khalifa Hertelli, Iris Production, a organisé et présidé à l’ouverture d’un festival dédié aux films maghrébins lorsque cette structure canadienne avait fait appel à moi l’an dernier pour projeter mon documentaire « Weldek Rajel » au Canada. Dès cette année-là, j’ai proposé que le projet grandisse et ait des ambitions plus élevées. Il s’est alors transformé en un embryon de festival que nous avons décidé par la suite, c’est-à-dire tout au long de l’année écoulée, de développer pour en faire un événement culturel important, et annuel. L’année dernière, outre mon documentaire, nous avions projeté « Bonbon » d’Abdelhamid Bouchnak et « Papillon » d’Issam Bouguerra. Avec uniquement trois films, projetés dans une seule salle puisque nous avions alors peu de moyens, l’initiative avait récolté un certain succès et attiré beaucoup de cinéphiles, et nous avons alors vu que beaucoup étaient curieux de découvrir le cinéma tunisien. Cette réussite nous a permis d’avoir pour cette année un partenaire : Dar al-Maghrib, le centre culturel marocain basé à Montréal. Nous comptons cette année projeter plus de films à l’occasion de la deuxième édition de ce nouveau festival qui commencera début mars, dont le film tunisien Dachra, qui fait beaucoup parler de lui et qui passe en ce moment dans les salles tunisiennes, deux films marocains (dont Kilikis, the Town of Owls, réalisé par Alaoui Lamharzi Azlarabe), sept courts-métrages et deux documentaires.

الأفلام التي تم اختيارها للمشاركة في الدورة الثانية لمهرجان الفلم المغاربي بمونتريال ( رزنامة العروض سيتم وضعها على موقع…

Publiée par Festival du Film Maghrébin de Montréal – FFMM sur Dimanche 3 février 2019

On va donc investir un espace plus grand : nous aurons à notre disposition deux salles de cinéma, une bibliothèque qui servira de lieu de projection de courts-métrages et de débats, et les locaux de Dar al-Maghrib. Des sponsors ont commencé à nous manifester de l’intérêt, proposant de nous épauler dès l’année prochaine. C’est très encourageant, et ça nous permet d’espérer que ce festival devienne un événement important dans les années à venir.

Propos recueillis par N.B.

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