Amir Fehri

[Interview] Qui est Amir Fehri, jeune prodige de la littérature et ambassadeur de la francophonie dans le monde ?

Né d’une mère kurde et d’un père tunisien, ce jeune prodige de 15 ans, fort d’une culture multiple, vit aujourd’hui à Strasbourg, après un tortueux morceau d’enfance passé en Tunisie où il a amassé nombre d’expériences douloureuses de changement d’école, en raison de ses aptitudes cognitives avancées. Le talent littéraire de celui qui se fait appeler « Meer » Fehri et son étonnante maturité ont fait de lui un écrivain en herbe précoce, prometteur (bien qu’il ne compte pas faire de l’écriture son métier) et tout en originalité, ainsi que l’ambassadeur de la francophonie dans le monde. A seulement 14 ans, il publiait déjà le deuxième tome de son recueil des Contes de Meer (Edilivre, Paris, 2016). A partir de contes que sa mère lui a fait lire et qui ont nourri son imaginaire, Amir Fehri a d’abord posé les fondements, dans ses récits, d’une histoire narrant un monde d’animaux pour, in fine, élaborer tout un univers d’aventures imaginaires, celles de Martin Oisillon, qui voyage à travers le temps et les planètes. Un univers autour duquel le jeune auteur a voulu faire promener ses lecteurs. Aujourd’hui, le lycéen également passionné par les sciences a à son actif plus de vingt prix littéraires et scientifiques obtenus en Tunisie, en France et à l’international. Il collabore avec l’Unicef et d’autres instances, dont l’ONG Save the Children, et prépare actuellement son baccalauréat au lycée Henri VI de Paris à seulement 15 ans. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Tes récits semblent faire écho à l’enfance difficile que tu as eue en Tunisie… Comment s’est-elle passée ?

Amir Fehri : J’ai vécu en Tunisie jusqu’à l’âge de douze ans. Mon père croyait beaucoup en l’école publique et il m’a inscrit dans une école publique tunisienne, à Radès, lorsque j’avais six ans. J’y ai étudié deux années sereinement avant que ne parvienne à mes parents un courrier du ministre de l’Education demandant à ce que je saute la quatrième année primaire pour passer directement de la troisième à la cinquième. A partir de ce moment commence un véritable enfer me poussant à changer cinq fois d’école publique tunisienne avant la fin de la sixième année. Dans chaque école, je retrouvais en effet le problème du harcèlement scolaire, la violence physique exercée par les enseignants qui portaient notamment des bâtons appelés « massouda », les cours particuliers obligatoires… Je passe donc le concours d’entrée au lycée français de Tunis où les mêmes scènes se sont reproduites d’une façon à la fois plus officieuse et plus agressive. [De là est né son roman Harcèlement – Les Journées mouvementées d’un écolier (KA’ Editions, Tunis), paru en 2018 et vendu dans les librairies tunisiennes le mois dernier ; il est déjà en rupture de stock, NDLR.]

Au bout de deux années, je saute de nouveau une classe et déménage en France pour rejoindre un établissement scolaire strasbourgeois. J’obtiens mon brevet avec 19,81 de moyenne générale. Un an plus tard, l’Elysee me fait la proposition de passer le baccalauréat à l’âge de quinze ans.

D.T. : Tu écris en arabe et en français… Mais dans quelle langue te sens-tu le plus à l’aise ?

A.F. : J’ai écrit plusieurs ouvrages dont trois que j’ai décidé de publier auprès de maisons d’édition françaises et tunisiennes. J’aime beaucoup voyager, notamment entre les langues, car je crois à ce qu’a dit Gustave Nadaud : « Rester, c’est exister. Mais voyager, c’est vivre. » Et en effet, j’écris en arabe et en français… mais aussi en anglais ! Car ce sont les langues qui me permettent de faire entendre ma voix et de parler de mes sentiments et émotions les plus profonds. Je trouve cela très important chez tout être vivant car c’est ce qui nous distingue de toute autre créature. Nous avons un cœur et celui-ci nous guide à travers tout ce que l’on ressent. Je ne sais pas ce que l’on serait si l’on n’avait pas ce symbole gravé en nous, qui, en quelque sorte, nous conduit à la paix. Pour répondre à votre question, je me sens très à l’aise dans toutes les langues dans lesquelles j’écris car elles me font toutes rêver différemment. Je trouve que chaque langue a au fond d’elle un très grand trésor, mais il faut savoir le trouver.

Mes récits m’ont valu 26 prix littéraires à l’échelle internationale parmi lesquels le Prix des Arts et Lettres de France 2016 et 2017. Je n’y crois toujours pas !

D.T. : Tu es l’ambassadeur de la francophonie dans le monde : comment as-tu été nommé à ce poste et quelles sont exactement tes missions dans le cadre de cette nomination ?

A.F. : Cela a été décidé par le président français en avril 2018 suite à une soirée-dîner organisée au Palais de l’Elysee à laquelle j’ai assisté. Ma mission est dès lors d’aller à la rencontre de tous les jeunes partout dans le monde, de leur parler des valeurs de la langue française et de les encourager à les découvrir pour savoir ce qu’elles peuvent leur apprendre. Il est très interessant par exemple de parler de la langue française à des jeunes Chiliens ou Indonésiens car chacun a une vision différente de cette langue, selon sa culture d’origine et son point de vue personnel. J’en fais à chaque fois un rapport que je présente au président de la République française.

D.T. : Quel est le genre littéraire que tu préfères ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ? 

A.F. : Je suis fortement inspiré par le genre de la Commedia dell’arte où on peut corriger les mœurs par le rire. J’aime beaucoup le théâtre parce qu’il intègre des récits qui peuvent être joués ou non, nous permettant ainsi d’avoir deux points de vue différents ! J’ai toujours aimé écrire parce que cela me permet de traduire mes émotions et mes idées à travers un canal très impressionnant qui est celui de la littérature. Je ne compte pas, en revanche, exercer cette activité en tant que métier.

Dénoncer toute forme d’injustice

Amir Fehri nous a également demandé, en écho à ses expériences personnelles de harcèlement scolaire, de faire passer en son nom un message fort à tous les enfants à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, célébrée le 20 novembre de chaque année : « celui de parler haut et fort et de dénoncer toute forme d’injustice ».

Nejiba Belkadi

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