Samir Turki

[Interview] Samir Turki, directeur du festival FAM : « Les artistes ne sont pas suffisamment soutenus en Tunisie »

Le Festival des Arts de la Méditerranée (FAM) a été créé en 2017 par Samir Turki, fils du peintre Hédi Turki, en hommage à son père, grande figure des arts visuels en Tunisie décédé le 31 mars 2019. La troisième édition du festival, qui a eu lieu du 4 au 7 avril 2019 à Sidi Bou Saïd, a réuni des artistes de plusieurs nationalités. Peintres, poètes et musiciens sont ainsi venus créer des œuvres in situ dans l’espace de 200 mètres carrés dédié à ce festival annuel. Situé à Sidi Bou Saïd, il est, tout au long de la durée de cette manifestation, couvert d’un chapiteau transparent afin qu’artistes et visiteurs puissent jouir du panorama unique du village blanc et bleu de Sidi Bou Saïd. Dans un entretien au Diplomate Tunisien, le peintre et designer Samir Turki et la peintre Houda Ajili, membre du comité d’organisation de la dernière édition du FAM, activiste culturelle et commissaire d’exposition qui a notamment séjourné à la Cité internationale des Arts de Paris en 2008-2009, reviennent sur l’essence de ce festival destiné à promouvoir l’espace méditerranéen comme lieu privilégié de mise en valeur de prestations artistiques provenant du monde entier. Ils ont toutefois déploré le manque de soutien des acteurs privés et de l’Etat aux manifestations artistiques et à la promotion de la culture en Tunisie. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Comment s’est déroulée l’édition du festival FAM de cette année ?

Samir Turki : Marocains, Algériens, Libyens, Syriens, Iraniens… Les nationalités des dizaines d’artistes qui ont répondu à notre invitiation pour venir participer à l’édition 2019 du FAM sont multiples. Nous avons ouvert le bal avec la Fashion Parade de Lafana Lakhdhar, un événement haut en couleur qui puise son inspiration dans le burlesque. Et nous avons bien sûr rendu hommage à Hédi Turki, mon défunt père, car il est notre principale source d’inspiration… Globalement, ça s’est très bien passé et de très belles œuvres ont vu le jour pendant le festival. J’ai toutefois, malheureusement, eu du mal à prendre correctement en charge l’organisation de l’édition de cette année en raison de perte de mon père, dont le décès est survenu quelques jours seulement avant le lancement du FAM. Le climat n’a pas non plus joué en notre faveur et on a eu finalement peu de visiteurs par rapport à l’année dernière. Mais on mise sur les prochaines éditions, sur lesquelles on commence déjà à travailler pour en faire des événements uniques.

Avez-vous bénéficié d’un soutien, notamment financier, pour l’organisation de ce festival ?

Samir Turki : Très peu, hélas ! Je passe souvent, en raison du manque de soutien de l’Etat et des acteurs privés aux événements culturels, par des moments de solitude. Heureusement que je suis entouré par des artistes comme Houda Ajili ou Sameh Habachi, des associations et de rares sponsors, pour développer le niveau du festival… L’association Mouwatna wa Tawassel a par exemple beaucoup contribué à la préparation du festival et je l’en remercie beaucoup car elle témoigne des valeurs collectives fortes qu’elle porte. Avec sa collaboration, cette association a consolidé encore plus son engagement dans l’éducation citoyenne. Par ailleurs, grâce à la mise en contact avec des artistes talentueux que permettent les réseaux sociaux, et à mon réseau personnel que j’ai tissé tout au long de ces dernières années, j’ai pu attirer des artistes reconnus de plusieurs pays. D’ailleurs, l’année prochaine, nous prévoyons de faire appel à une star internationale de la musique, dont je ne préfère pas dévoiler l’identité pour l’instant… Au final, ce que nous avons retenu, c’est que les artistes passionnés témoignent souvent de leur intérêt pour ce type d’événements, même s’ils ne sont pas, ou très peu, rémunérés. Ils veulent venir aussi parce qu’ils apprécient beaucoup notre pays. Mais l’absence de soutien financier et logistique demeure toutefois un handicap de taille.

Houda Ajili : La réussite de ce festival tient surtout au dévouement de l’équipe organisatrice, qui fonctionne notamment sur le mode du bénévolat. J’ai été cette année membre du comité d’organisation du FAM et ai contribué à l’accueil des artistes et au volet de la logistique. En collaboration avec Sameh Habachi en tant que représentante du ministère es Affaires culturelles, nous avons organisé une belle exposition, au sein de la Galerie municipale Hédi Turki, en accrochant les tableaux créés lors des deux premières éditions du FAM. Avec les moyens du bord, on a mis sur pied une belle scénographique et l’atelier ouvert aux artistes a accueilli des peintres, des poètes et des musiciens de plusieurs pays, y compris des artistes tunisiens qui sont venus de plusieurs régions. Les œuvres de cette édition sont très belles et on en est très fiers ! « En art, il faut croire avant d’y aller voir », disait le poète Léon-Paul Fargue… Nous espérons donc que la curiosité des Tunisiens ne fera que croître dans les prochaines années !

Comment projetez-vous l’avenir de ce festival ?

Samir Turki : Nous voudrions capitaliser sur les points forts qui ont caractérisé cette troisième édition, essayer de renforcer le noyau dur que forment l’équipe d’organisation et les bénévoles, réorganiser l’événement sous forme d’espaces attractifs pour les sponsors et élever encore davantage le niveau des artistes participants au FAM pour faire de ce festival un événement incontournable.

En d’autres termes, nous comptons miser davantage sur l’amélioration de l’organisation du FAM et affiner le choix des artistes participants afin que les prestations puissent coller à l’esprit de cette manifestation. On voudrait également étendre l’espace du festival, en organisant notamment des concerts dans des lieux pittoresques situés en dehors de l’espace central du FAM, comme le Palais du Baron d’Erlanger par exemple. Ou encore organiser le même festival dans d’autres villes tunisiennes comme le Kef, Tozeur, Mahdia, etc., et même, pourquoi pas, dans des villes méditerranéennes au-delà des frontières de la Tunisie.

N.B.

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