[Interview] Tafarrod, ou comment la peinture s’invite partout !

Se présentant comme un projet artistique multiforme dont le but est de mettre en valeur la richesse de la diversité, montrer l’importance du mélange tout en donnant du sens à l’harmonie de l’unité, Tafarrod est un projet créateur fonctionnant surtout en ligne qui veut, par la peinture, « trouver le chemin de la différence » dans la création d’objets d’art. Le concept mise sur les divergences dans le style et la technique. Ainsi, un simple pull, une robe, un objet, ou une fresque géante d’un haut bâtiment peuvent y être commandés, à condition que la peinture s’y exprime. « Peu importe le support, c’est la peinture qui prendra le dessus », nous explique Selim Ben Brahim, 30 ans, son fondateur. Ceci dit, Tafarrod invite à profiter de ses produits uniques, et à bénéficier de la technique « Handmade ». En effet, pour chaque réalisation, tout est pensé, dessiné et peint à la main, exactement comme sur un tableau, à l’aide de différentes techniques rendant cette exécution possible sur tout produit désiré. Le défi est aussi d’adopter plusieurs styles picturaux, mais en mettant au centre de l’expression artistique un message et des valeurs transmis à travers les créations. Interview avec Selim Ben Brahim.

Le Diplomate Tunisien : Tafarrod est un concept créateur fondé en vue de célébrer l’art dans toutes ses formes… Vous devez sans doute être amateur de plusieurs types d’art, mais lequel exercez-vous ?

Selim Ben Brahim : J’ai en effet eu l’idée de lancer le projet Tafarrod il y a 5 ans car depuis tout petit, je m’intéresse à la peinture aussi bien qu’au dessin, aux arts plastiques, au cinéma, tout en étant un grand amateur de musique. J’ai étudié à l’université le design, un domaine qui était alors encore à défricher en Tunisie, et qui en plus rejoignait mes intérêts de jeunesse. Après une licence fondamentale en design de produits à l’ESSTD (Ecole supérieure des sciences et technologies du design) et un Master II Recherche en design, le concept du projet m’a semblé comme une évidence puisqu’il s’agit de permette l’introduction de la peinture et du dessin dans des secteurs, des supports diversifiés et non encore connus.

Au début, je ne savais pas quelle peinture précise pouvait épouser telle ou telle forme ou texture. J’allais dans les librairies pour voir où en était la technologie de la peinture disponible en Tunisie, et me renseigner sur les supports qui pouvaient laisser la peinture s’y imprégner de manière permanente. C’est comme cela que j’ai commencé à tester, expérimenter beaucoup de choses sur des supports qui n’étaient ni des toiles, ni des tableaux, ni des formes aplaties, mais plutôt des meubles et des vêtements. C’était aussi une manière de tester la faisabilité du projet embryonnaire qui émergeait dans mon esprit et petit à petit, le concept a pris forme.

D.T. : D’un point de vue artistique, l’objectif que poursuit Tafarrod consiste à rendre partout présente la peinture… Comment vous y prenez-vous ?

S.B.B. : J’ai voulu rapprocher le commun des gens, bien souvent sceptiques vis-à-vis de l’objet artistique, du langage de la peinture et de son utilité, car le monde des tableaux de peinture comme objets d’exposition n’est pas toujours accessible. L’accessibilité de la peinture comme art expressif est renforcée lorsqu’elle est, me semble-t-il, représentée sur des objets domestiques qui vivent avec nous au quotidien. L’idée est donc de dire que la peinture s’invite partout, sur les murs, sur les objets, sur les vêtements, sur un instrument de musique, enfin sur tout ce qui fera de « l’œuvre » un élément qui cohabite et communique avec son « possesseur » et son environnement !

J’ai commencé à proposer ce genre d’idées en exposant sur ma page Facebook et Instagram plusieurs propositions créatives accompagnées de descriptions techniques. Et j’ai vu que les gens étaient très intéressés, posaient beaucoup de questions, d’autant qu’ils ne comprenaient pas forcément que tout cela était fait à la main. A travers les réseaux sociaux, j’ai commencé à construire un véritable réseau de partenaires et de clients potentiels, et mes objets d’art ont commencé à être exposés dans des concept stores. J’ai ensuite participé à des expositions dans des événements non destinés à la peinture, comme des expos dans des showrooms de meubles et de design, ou même des festivals de musique.

D.T. : Vous travaillez souvent en solo mais n’avez pas encore d’espace d’exposition propre à vous…

S.B.B. : J’ai commencé à travailler en solo, mais après avoir passé une bonne période de réflexion, de prospection, afin de me fixer un positionnement sur le marché, je me permets aujourd’hui de faire appel à des partenaires, des exécutants de certains corps de métier, etc. Et ma femme travaille avec moi et m’aide beaucoup également. L’équipe est ainsi légèrement plus grande, mais tout se vend encore en ligne. J’espère bien sûr acquérir rapidement un espace, mais ma temporisation s’explique par le fait que je recherche surtout un espace qui puisse répondre à mon ambition d’ouvrir une galerie d’art où le visiteur peut également tomber sur un véritable laboratoire de création ! Les gens veulent voir les objets se créer en temps réel, et de près. L’idée est donc de penser un espace où il y aurait à la fois des événements, des expos, des laboratoires qui permettent au visiteur d’observer la divergence des produits et la diversité des volets sur lesquels je travaille : meubles, vêtements, tableaux, objets d’art, etc.

D.T. : Vous misez beaucoup sur la personnalisation des objets d’art que vous mettez à disposition… Quelle démarche avez-vous mise en place pour y parvenir ?

S.B.B. : Exercer l’art est souvent interactif, une forme dynamique qui fait réagir celui qui produit à son public et à son environnement. C’est souvent grâce à une interaction entre l’artiste et le demandeur que le produit prend forme. L’improvisation et la fusion des idées s’invitent ainsi au débat dans le but de donner au final l’opportunité d’aboutir à des créations personnalisées et uniques, des créations qui racontent une histoire comme fruit d’une coopération fructueuse. C’est très intéressant ! Sur Facebook ou sur ma page Instagram, en envoyant un message privé, les personnes intéressées peuvent poser des questions et passer divers types de commandes. Dans le cas d’une personnalisation, il suffit de suivre la même démarche en envoyant un message privé sur la page afin qu’une discussion se crée et que je commence à travailler sur la pièce unique demandée.

D.T. : Quel type de peinture préférez-vous exercer dans le cadre de vos créations picturales ? Quels sont vos matériaux de prédilection ?

S.B.B. : Ce que j’aime produire avant tout, c’est des produits que je qualifie souvent de divergents. J’aime créer des œuvres différentes qui intègrent des techniques différentes mais avec bien sûr des possibilités de convergence. Je m’inspire de plusieurs styles de peinture, et je fais même parfois de la calligraphie, un art d’un rare raffinement qui m’a d’ailleurs permis de découvrir que le jeu de lignes qui s’y joue exige une maîtrise en dessin, l’un de mes domaines de prédilection. Mais je m’inspire aussi d’autres formes d’art, ce qui me permet d’exposer des œuvres où la peinture entre en fusion avec la musique, la scénographie, l’aménagement des espaces, etc. C’est une approche globale que j’aime beaucoup et dans laquelle j’intègre une dimension transversale. Au-delà de tout ça, c’est le message que je veux faire passer qui prime, sans m’astreindre à des techniques fixes et des styles prédéterminés.

Concernant les matériaux, c’est l’expérimentation qui permet de savoir ce qu’il est possible de faire et d’utiliser concrètement. S’il est possible de faire de la peinture textile en Tunisie, on n’y trouve pas beaucoup de choix, car il y a un manque de matériel qui nous oblige à nous adapter aux moyens du bord. L’expérience m’a aussi permis de découvrir que la peinture acrylique n’est pas seulement destinée aux toiles et au papier mais peut parfaitement épouser des supports comme le bois et le textile, le cuir, le métal, etc. Ce genre de découvertes permet une perpétuelle évolution des idées et de la faisabilité des projets qui en naissent.

Propos recueillis par N.B.

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