Des Iraniens manifestent contre l'augmentation du prix de l'essence, samedi à Téhéran. Photo : AFP

Iran : Un policier tué par des manifestants

Un policier iranien est mort ce dimanche après avoir été la cible d’un tir lors de heurts avec des manifestants à Kermanshah (ouest), au cours de manifestations déclenchées par l’annonce de la hausse du prix de l’essence, a indiqué l’agence officielle Irna.

Le lieutenant Iraj Javaheri est mort dans la nuit des suites de ses blessures après une confrontation avec des assaillants armés samedi soir lors de manifestations, a rapporté Irna, citant le chef de la police locale Ali Akbar Javidan.

L’ayatollah Ali Khamenei au soutien du pouvoir

Quarante personnes ont été arrêtées à Yazd dans le centre de l’Iran au cours de manifestations déclenchées dans plusieurs villes par l’annonce d’une hausse du prix de l’essence, à laquelle le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a apporté son soutien dimanche, comme le rapporte l’agence de presse iranienne Irna. « Les Chefs de trois Pouvoirs, s’appuyant sur les tractations d’expertise, ont pris une décision qui doit être, évidemment, mise en œuvre », a-t-il indiqué. 

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Seyyed Abbas Mousavi a pour sa part « blâmé » la « sympathie hypocrite » du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo avec les manifestants qu’il qualifie d' »émeutiers » en Iran, rapporte encore Irna.

L’annonce de ces arrestations par Isna intervient au lendemain de celle de la mort d’une personne à Sirjan (sud) lors de manifestations dans lesquelles plusieurs autres ont été blessées.

Des « hooligans », selon Khamenei

La hausse des prix de l’essence a été annoncée vendredi par le Haut conseil de coordination économique composé du président du pays, du président du Parlement et du chef de l’autorité judiciaire. Après le discours du guide suprême, le Parlement a annulé une motion qui visait à faire marche arrière, selon l’agence de presse Isna. La décision des autorités de diminuer les subventions accordées à l’essence entraînera, précise le journal français Libération, une forte hausse du prix à la pompe : plus de 50 % pour les 60 premiers litres mensuels, et le triple au-delà.

« Certaines personnes seront assurément contrariées par cette décision (…) mais endommager et mettre le feu (à des biens) n’est pas (une réaction) de personnes normales mais de hooligans », a déclaré Ali Khamenei.

Le Parisien indique que dans plusieurs villes, des conducteurs ont bloqué des routes et certains manifestants ont endommagé des infrastructures publiques, des stations-service et parfois tenté de mettre le feu à des dépôts d’essence. Et une vidéo authentifiée par BBC montre qu’en ce lundi, les rues et les autoroutes de plusieurs villes iraniennes sont bloquées par des manifestants qui entendent protester contre la hausse du prix de l’essence.

Couvre-feu numérique

Ce mouvement de contestation spontané touche de nombreuses villes iraniennes, avec des rassemblements rapportés à Shiraz, grande ville du sud, à Yazd, dans le centre du pays, où 40 personnes ont été arrêtées d’après une agence de presse iranienne.

L’augmentation du prix du carburant est d’autant mal vécue par la population que celle-ci doit subir une forte dégradation de l’économie, ébranlée par les sanctions américaines qui se multiplient depuis l’été 2018. « Alors qu’ils vivent depuis plus d’un an sous un embargo strict, les Iraniens semblent décider à se faire entendre », commente Libération.

Certaines voix très autorisées, comme le grand ayatollah Golpayegani, ont demandé samedi que la mesure soit annulée. Une proposition de loi a même été introduite dans ce sens au Parlement. Mais le Guide suprême, plus haute autorité de l’Etat iranien, s’y est opposé dimanche.

Selon l’ONG NetBlocks, un couvre-feu numérique a été instauré vendredi dans la grande ville de l’est Machhad, avant de s’étendre samedi à Téhéran et presque tout le pays. Les principaux opérateurs mobiles, MCI, IranCell et Rightell étaient entièrement hors réseau à partir de samedi midi, tandis que les manifestations prenaient de l’ampleur. Ce matin, NetBlocks a encore indique que « 40 heures après que l’Iran a mis en place un arrêt quasi total d’Internet, la connectivité avec le monde extérieur reste à seulement 5 % du niveau habituel. Ces restrictions représentent une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens ».

N.B., avec AFP et Isna

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