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Photo THOMAS COEX. AFP

Isolée par une barrière israélienne, une famille palestinienne cloîtrée dans sa maison

Pendant plus d’une semaine, Mohammed Hajajla, 10 ans, a été contraint de parcourir chaque jour six kilomètres pour se rendre à l’école, les autorités israéliennes ayant condamné l’unique voie qui relie sa maison au village voisin, en Cisjordanie occupée, a observé l’AFP.

« Mohammed vit avec ses parents et ses deux frères sur une colline en face du quartier de colonisation de Gilo à Jérusalem. Leur maison de briques est séparée du village palestinien d’Al Walajah par un grillage hautement sécurisé. En 2002, pendant les violences de la seconde Intifada (soulèvement palestinien), Israël, frappé par une campagne d’attentats suicides, a entamé la construction de ce qu’il appelle la « barrière de sécurité », pour se protéger des attaques venues de Cisjordanie », indique l’agence de presse, qui a rencontré la famille Hajajla.

« Mur de l’apartheid »

Mais pour les Palestiniens, cette barrière, constituée de barbelés, fossés, clôtures électroniques et murs de béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut est le « mur de l’apartheid ».

Achevée aux deux tiers, la barrière, qui doit atteindre à terme 712 km de long, rend la vie dure à de nombreux Palestiniens et est accusée d’établir de fait de nouvelles frontières. Son tracé se trouve à 85 % en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, et isole 9,4 % du territoire palestinien, selon l’ONU. Pour la famille Hajajla, les problèmes ont débuté en 2010, lorsque le gouvernement israélien a décidé d’entamer la construction du mur dans les environs. Leur maison se trouve en zone C, partie de la Cisjordanie sous contrôle administratif et sécuritaire israélien.

Séquestrés ou déplacés

Les autorités israéliennes ont alors imposé à la famille un choix « impossible » : partir ou voir leur maison cernée par un grillage. Des ministères israéliens « me proposaient des millions de dollars pour quitter ma maison, j’ai refusé », explique à l’AFP le père de Mohammed, Omar Hajajla qui a porté l’affaire devant les tribunaux. Un accord a été conclu il y a trois ans : la famille restera dans sa maison mais ne pourra en sortir qu’en empruntant un tunnel creusé sous la barrière pour rejoindre un portail de cinq mètres de haut, un portail qui s’ouvre avec une commande électronique.

Les enfants d’Omar n’ayant pas de téléphone portable pour prévenir de leur arrivée, M. Hajajla a installé une sonnette. L’ayant repérée en mai, un garde-frontière israélien a alors emmené Omar pour être interrogé, pendant quatre heures. « Ils m’ont dit : « Cette sonnette est dans la zone de sécurité (militaire israélienne) » », explique l’homme de 53 ans. « Chaque fois, ils inventent un nouveau prétexte pour nous forcer à quitter la maison. »

Il s’est par la suite aperçu, après avoir été relâché, que l’armée avait fermé le portail avec un lourd cadenas. Pendant huit jours, la famille n’a pu sortir que clandestinement via une entrée sur le côté, précise encore l’AFP. Par cette route, Mohammed et son frère ont pu continuer à se rendre à l’école, mais en étant contraint de parcourir six kilomètres.

Un lourd contrôle des autorités israéliennes

« L’avocat de la famille a menacé d’aller devant les tribunaux et la serrure a été retirée. Mais depuis un mois, le père, qui travaille à Jérusalem, a été placé sur la liste noire et a perdu son permis pour entrer en Israël », indique l’AFP. « J’ai déjà refusé de plier, je ne me laisserai pas décourager », assure-t-il. Interrogée, l’armée israélienne a renvoyé l’AFP à la police qui n’a pas répondu.

Selon le journal israélien Haaretz, les forces de sécurité israéliennes ont fermé le portail pour « réparer les caméras de sécurité cassées » et Omar Hajajla a été accusé de l’avoir utilisé pour faire « entrer des Palestiniens illégalement ». Mais « la sécurité est une excuse pour toutes les violations israéliennes. C’est un prétexte pour nier la propriété palestinienne sur ces terres », explique Karim Joubran, de B’Tselem, une ONG israélienne opposée à l’occupation des Territoires palestiniens.

Selon lui, l’emplacement du village ainsi que ses terres agricoles en font une cible de choix pour la colonisation. Ainsi, depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, la superficie du village palestinien est passée de 18km2 à 0,07 km2.

Le cadenas retiré, la famille continue d’être isolée : « Je ne peux inviter personne, le moindre visiteur a besoin de se coordonner avec la sécurité israélienne 48 heures à l’avance et doit partir avant 22H00 », indique encore le père. Ses parents ou ses frères n’osent plus venir le voir car ils craignent des représailles. Mohammed Hajajla, lui, passe le plus clair de son temps à la maison : « Je ne peux pas jouer avec mes amis, je ne peux pas aller faire les courses, je dois attendre que mon père ou l’un de mes frères viennent avec moi. »

N.B., avec AFP

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