Des soldats maliens défilent à Bamako. Photo : Michele Cattani / Agence France-Presse - Getty Images

Jihadisme : vers l’envoi de forces spéciales européennes de soutien au Mali en 2020

Des forces spéciales mobilisées par des Etats européens devraient être déployées en 2020 au Mali en soutien à l’armée nationale dans son combat contre le terrorisme, a dit mardi sur place la ministre française des Armées Florence Parly.

L’unité s’appellera Takuba (« sabre » en tamasheq, langue touareg), en écho au nom de la Task Force Sabre, les forces spéciales de la mission Barkhane déployée au Mali, a-t-elle précisé. C’est devant les soldats de Barkhane à Gao, grande base française au nord-est du Mali, que Mme Parly a mis en avant l’effort de la France visant à convaincre ses alliés européens de mettre à disposition des forces spéciales au Sahel pour qu’elles participent, probablement en matière de formation, à l’accompagnement des armées nationales qui combattent le jihadisme, à commencer par l’armée malienne.

« Dès 2020, les forces spéciales des pays européens seront déployées au Mali aux côtés des forces spéciales françaises pour transmettre un savoir-faire d’exception » aux unités maliennes, a dit Mme Parly, arrivée lundi dans la sous-région en proie à la propagation des violences jihadistes. Elle a précisé à l’AFP que l’affaire était bien engagée mais devait remplir certaines conditions politiques dans les pays concernés.

« Nous avons sollicité une douzaine de pays et recueilli essentiellement des retours positifs. Ils restent subordonnés à un accord politique », le plus souvent de la part des parlements nationaux, a-t-elle expliqué.

Une armée malienne vulnérable

Pour la France, engagée militairement au Mali depuis 2013 et présente aujourd’hui dans la bande sahélo-saharienne avec les 4500 militaires de Barkhane, la montée en puissance des armées locales face aux jihadistes affiliés au groupe Etat islamique (EI) ou à Al-Qaïda est un préalable à tout début de désengagement.

La vulnérabilité de l’armée malienne a été « crûment éclairée » vendredi quand 49 de ses soldats ont été tués dans une attaque revendiquée par l’organisation jihadiste Etat islamique, près du Niger, souligne l’AFP. Un mois plus tôt, ce sont 40 soldats qui avaient trouvé la mort dans une double attaque jihadiste près de la frontière du Burkina Faso.

Combat « de longue haleine »

Malgré la présence des forces française, africaine et onusienne, la dégradation de la situation sécuritaire et les revers subis renforcent les doutes sur la capacité de l’armée malienne à faire face aux actions violentes des jihadistes auxquelles ce vaste pays est en proie depuis 2012 et qui ont fait des milliers de morts.

La propagation des violences du nord du Mali vers le centre, puis vers le Burkina Faso – où la ministre français des Armées s’est rendue lundi – et le Niger voisins alarme tous les acteurs – citoyens, hommes d’Etat, forces de sécurité, etc. – concernés. Mme Parly a annoncé lundi le lancement le jour même d’une opération de Barkhane avec la coopération de l’armée burkinabè dans cette zone dite des trois frontières.

Selon le New York Times, des familles maliennes estiment de plus en plus que les soldats ne sont pas suffisamment protégés sur le terrain car ils sont confrontés à un éventail de groupes djihadistes. Le Mali subit des violences sporadiques depuis 2012, lorsque des militants islamistes ont pris le contrôle du nord du pays. « Le pays est toujours sous le choc des raids meurtriers des jihadistes à la fin du mois de septembre, qui ont mis en évidence la portée croissante et la sophistication des groupes armés opérant dans la région », analyse le journal américain.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a estimé lundi soir que l’existence même de son pays était « en jeu ». Il a par ailleurs souligné que le soutien des forces étrangères était « plus que jamais nécessaire ». Soulignant la gravité de la situation dans le pays, il a également appelé lundi soir les Maliens à « l’union sacrée » derrière leur armée.

Dans ce « message à la nation » diffusé lundi 4 novembre, après un nouveau week-end meurtrier, Ibrahim Boubacar Keïta a mis en garde contre la tentation de tomber dans « le piège de l’ennemi qui est de nous opposer les uns aux autres et de saper le moral de nos vaillants combattants », comme l’écrit Jeune Afrique.

De son côté, Mme Paly, évoquant les expressions locales de rejet de la présence de forces étrangères dans leur pays, a jugé « naturel que les citoyens s’interrogent ». Mais, a-t-elle ajouté, « le combat contre le terrorisme est un combat de longue haleine. Une guerre ne s’évalue pas à chacune des batailles qui est menée ». Elle a fait état de « grands progrès » accomplis par les forces maliennes. « Rien ne serait pire que de donner raison aux terroristes en baissant la garde », a-t-elle averti.

N.B.

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