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Photo Bulent Kilic/AFP.

Pour une jihadiste franco-tunisienne, le « califat n’est pas fini »

« Je ne veux rien de la France, je refuse même la nationalité. Quant à la Tunisie, elle ne réclame pas » le retour des ses jihadistes, dit Oum Youssef, interrogée par l’AFP alors qu’elle était à peine sortie de la dernière poche de l’organisation jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie.

Cette Franco-Tunisienne a rejoint le territoire du « califat » en 2014 pour porter, dit-elle, librement son niqab et vivre sa religiosité sans dissimulation, rapporte AFP. Elle dit rêver encore d’un « Etat islamique » malgré la débâcle du groupe, confiné dans moins d’un demi-kilomètre carré dans l’Est syrien. « Le califat n’est pas fini », assure avec véhémence la jeune femme de 21 ans.

Dans le désert de la province de Deir ez-Zor, où elle a été transportée comme des milliers de femmes et enfants, Oum Youssef continue de défendre l’organisation radicale. « Il y a encore 400 mètres à défendre, l’Etat islamique n’est pas fini », insiste-t-elle auprès d’une journaliste de l’AFP.

L’Orient-Le Jour explique que la jeune femme semblait chercher des journalistes pour leur narrer son parcours. « Oum Youssef, qui accepte de s’exprimer à l’unique condition que son vrai nom ne soit pas publié, affirme avoir rejoint l’EI en Syrie en 2014 pour vivre son islam », explique le journal libanais. « Porter le niqab était difficile en France, un peu moins en Tunisie », a-t-elle expliqué, même si, dans son récit, elle a dit n’avoir jamais vécu en France. Sa nationalité française lui a été transmise par son père, que lui-même avait acquise suite à un séjour de dix ans en France. « Très jeune, elle a vécu quelques années avec sa mère au Canada avant de retourner en Tunisie, où elle avait été inscrite dans une école française », poursuit le quotidien libanais.

Une femme « connue » du ministère tunisien de l’Intérieur

« Si, en France, son nom ne figure pas dans les listes de la justice, son cas est dans les radars du ministère tunisien de l’Intérieur », rapporte l’AFP. Elle « est connue par les services du ministère et est poursuivie judiciairement », a indiqué à l’AFP le porte-parole Sofiène Zaag, sans plus de précisions.

Après avoir foulé le sol de l’EI, elle a d’abord épousé un jihadiste marocain tué plus tard dans les combats, selon son récit. Elle a de lui deux enfants, une fille et un garçon. Ensuite, elle s’est mariée en secondes noces avec un combattant originaire de Lattaquié (Syrie), dont elle dit ne pas avoir de nouvelles.

Dans le désert de Deir ez-Zor, Oum Youssef attend de retrouver sa mère et ses deux enfants, qui avaient fui il y un mois l’enclave jihadiste. Elle assure avoir été « contrainte de quitter » ce dernier réduit jihadiste. « Je ne sais pas ce que je vais devenir, j’ignore quel sera mon sort », dit-t-elle, affirmant avoir entendu qu’en France, les jihadistes rapatriés étaient « emprisonnés » et que leurs enfants étaient « pris par l’Etat ».

Ces deniers jours, les journalistes de l’AFP ont rencontré plusieurs femmes de jihadistes de différentes nationalités ayant vanté « le califat ». L’accès aux hommes, fouillés et interrogés « de manière musclée par les FDS », était en revanche plus compliqué, explique l’AFP.

Les pays étrangers réticents à rapatrier leurs ressortissants

Alors que l’EI est sur le point d’être vaincu en Syrie, les pays étrangers se montrent réticents à rapatrier leurs ressortissants ayant rejoint l’organisation jihadiste. Le président américain Donald Trump a appelé les pays européens à rapatrier leurs citoyens, mais les Etats concernés se sont montrés réticents quant à cette proposition.

Quant à Oum Youssef, qui n’exprime ni déception ni remords, elle n’hésite pas à moquer cet appel au retour. « Je demande à Dieu que cela ne se produise pas », dit-elle, ajoutant, « avec sarcasme », à l’AFP : « Est-il logique qu’un jihadiste soit ramené dans son pays, qu’une catastrophe soit rapatriée ? Je ne pense pas. »

Quelque 5000 personnes ont quitté depuis mercredi le dernier réduit de l’EI. Depuis décembre, ce sont environ 46 000 personnes, des civils et des jihadistes, qui ont évacué le secteur, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). A son apogée en 2014, l’EI s’était emparé d’un territoire aussi grand que la Grande-Bretagne. Mais désormais, l’organisation ne contrôle plus que quelques pâtés de maisons, où ses combattants se terrent.

N.B., avec AFP et L’Orient-Le Jour

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