Khalil al-Wazir

[Jour pour jour] : 16 avril 1988, assassinat à Tunis de Khalil al-Wazir, chef historique de la résistance palestinienne

Khalil al-Wazir, né le 10 octobre 1935 à Ramla en Palestine sous mandat britannique et mort le 16 avril 1988 à Tunis, était un responsable palestinien, l’un des fondateurs du Fatah, numéro deux de l’OLP et chef de son aile militaire. Parvenu en raison de ses activités militantes à constituer l’ennemi public numéro un d’Israël, sa vie aura une fin tragique, l’homme ayant été liquidé par un commando de Tsahal en Tunisie.

Fils d’un épicier musulman de Ramla, il est contraint de fuir avec sa famille à Gaza pendant la guerre de Palestine en 1948, qui a suivi la création de l’Etat hébreu. Il habite le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de Gaza, et poursuit des études secondaires. Dès 1953, il participe à des actions des fedayoun palestiniens contre les villages israéliens frontaliers. C’est également au début des années cinquante qu’il fait la rencontre du leader Yasser Arafat avant de se joindre au mouvement des Frères musulmans au Caire. A cause de ses activités politiques, il sera momentanément arrêté par les autorités égyptiennes.

En 1957, il part enseigner d’abord en Arabie saoudite, puis au Koweït. Il participe au mouvement du Fatah avec, notamment, Yasser Arafat, en se dotant du nom de guerre « Abou Jihad ». Il contribuera avec M. Arafat à l’édition de la revue Filistinouna (Notre Palestine) de manière clandestine. C’est également lui qui ouvrit la première représentation du Fatah à Alger en 1963.

« Ennemi public numéro un »

Il œuvre à la mise en place d’une lutte armée contre l’Etat hébreu. « Personnage charismatique, guerrier dans l’âme, il obtient sans difficulté le commandement des opérations extérieures du Fatah. Les attaques meurtrières qu’il coordonne en Israël même en font l’ennemi public numéro un. A partir de 1965, le Shin Bet tente plusieurs fois de l’éliminer, sans succès. Sa traque ne s’interrompt à aucun moment et s’intensifie même après le raid contre l’hôtel Savoy à Tel-Aviv en 1975 (11 morts), et celui mené contre un autobus israélien longeant le littoral (38 morts), trois ans plus tard », explique Jeune Afrique.

En 1982, pendant le siège de Beyrouth par l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban, il doit quitter la ville avec Yasser Arafat et le commandement de l’OLP pour trouver refuge à Amman, puis à Tunis.

Assassinat à Tunis

Fin 1987, les services israéliens de renseignement parviennent à localiser avec exactitude la nouvelle résidence du chef palestinien ; celle-ci se situe à Sidi Bou Saïd, au nord-est de Tunis, précise Jeune Afrique. « Chargé de mettre à exécution une opération à l’autre bout de la Méditerranée, le Mossad comprend qu’un appui militaire est indispensable. Le Premier ministre, Itzhak Shamir, le lui accorde sans hésiter. Tout comme son ministre de la Défense, Itzhak Rabin, et l’ensemble de l’appareil sécuritaire israélien, il est décidé à écourter la vie d’Abou Jihad », ajoute le journal.

Ce sera chose faite… Le 12 avril 1988, un commando du Mossad, composé de deux hommes et d’une femme, débarque à Tunis avec de faux passeports libanais. « Vêtu de l’uniforme noir de la brigade antiterroriste tunisienne, un groupe d’appui pénètre à toute allure à l’intérieur de la maison. Ils abattent un […] garde, ainsi que le jardinier, qui dormait au sous-sol. Alerté par le bruit des portes et les hurlements en hébreu, Abou Jihad se lève brusquement de son bureau situé au rez-de-chaussée. Au moment où il tente de s’emparer d’une arme dans son armoire, [le commandant] Nahum Lev le repère », poursuit Jeune Afrique. « Apparemment, il avait un pistolet. J’ai tiré sur lui une longue rafale. D’autres combattants ont également tiré pour s’assurer qu’il était mort. J’ai tiré sur lui sans la moindre hésitation », a pour sa part indiqué Nahum Lev dans une interview réalisée en 2000 et publiée à titre posthume par la presse israélienne.

Tandis que Khalil al-Wazir prenait conscience de la présence de ces assassins derrière sa porte d’entrée, les Israéliens l’attendaient dans le couloir. Ils le criblent de balles, alors que sa femme et deux de ses enfants se trouvaient dans les lieux, quand il ouvrit la porte de sa chambre. Une centaine d’impacts seront relevés dans la maison par les médecins légistes.

Evolution de l’OLP vers plus de pragmatisme

Mais ce 16 avril sera également la journée la plus sanglante de la première Intifada. Cependant, « même si l’assassinat d’Abou Jihad n’a pas mis un terme à l’Intifada – objectif déclaré des responsables israéliens -, il a porté un coup sévère au Fatah de Yasser Arafat et au fonctionnement de sa branche militaire », analyse encore Jeune Afrique. « On peut se demander à quoi aurait ressemblé aujourd’hui la scène israélo-palestinienne si Abou Jihad était toujours en vie », s’interroge le journaliste d’investigation Ronen Bergman, cité par Jeune Afrique. Bergman reconnaît que la Conférence de paix de Madrid, en 1991, suivie des accords d’Oslo, en septembre 1993, ont marqué une évolution de l’OLP vers plus de pragmatisme à l’égard de l’Etat hébreu. « Une évolution amorcée dès 1989 par Arafat et consolidée par les pressions de George H. Bush sur Itzhak Shamir pour qu’il accepte de négocier à Madrid, mais aussi et surtout par l’arrivée au pouvoir, en 1992, d’Itzhak Rabin sous le mandat duquel l’OLP renoncera à la violence et signera avec Israël les accords d’Oslo », rappelle encore l’hebdomadaire panafricain.

Les funérailles de Khalil al-Wazir furent organisées le 20 avril dans le camp du Yarmouk à Damas en présence de centaines de milliers de Palestiniens.

N.B.

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