Tahar Sfar

Jour pour jour : 9 août 1942, décès de Tahar Sfar, intellectuel et militant pour la libération de la Tunisie

Après des années d’études de droit et de militantisme en faveur de la libération de la Tunisie, Tahar Sfar a été emprisonné à la fin des années trente pendant un an pour son activisme, pourtant pacifique. Avocat et homme politique tunisien, il se retrouve physiquement affaibli à sa sortie de prison, puis s’éteint le 9 août 1942.

Un intellectuel brillant

Né en 1903 à Mahdia, M. Sfar a effectué de brillantes études secondaires au collège Sadiki puis au lycée Carnot de Tunis pour enfin rejoindre Paris en octobre 1925 en vue de poursuivre des études de droit, de lettres et de science politique. Il y retrouvera un certain Habib Bourguiba, mais également Mahmoud El Materi, Bahri Guiga, Mustapha Baffoun ou Sadok Boussofara. Edgar Faure, homme d’Etat français, plus jeune avocat de France de son temps et président du Conseil à partir de 1955, figurait également parmi ses camarades français à la faculté de droit.

Rentré à Tunis en 1928 pour exercer en tant qu’avocat, Tahar Sfar mène parallèlement à sa profession de nombreuses activités militantes pour l’indépendance de la Tunisie, notamment au sein du parti Destour. Il participera également à la création, en 1934, du Néo-Destour à Ksar Hellal avec ses camarades de lutte Bourguiba, El Materi et Guiga.

Fort d’une culture politique et philosophique rare faisant de lui une figure charismatique, il endosse petit à petit un rôle d’éducateur et de mobilisateur qui lui a permis de contribuer à conscientiser les masses populaires sur la nécessité de libérer le pays du joug du protectorat français. Il passe ainsi pour le philosophe du parti du Néo-Destour.

Isolement

En janvier 1935, le militant tunisien est assigné à résidence à Zarzis en même temps que Bahri Guiga et Salah Ben Youssef. Il profite de son éloignement de la foule pour se plonger dans des heures de lecture. Son isolement lui permettra également de rédiger une sorte de journal qui sera publié après sa mort en 1960 sous le titre de « Journal d’un exilé ».

Après l’arrivée du nouveau résident général de France en Tunisie, Armand Guillon, qui instaurera un dialogue éphémère avec les nationalistes, il est libéré en avril 1936 en même temps que tous les membres du bureau politique du Néo-Destour. Mais les événements houleux de la grave crise d’avril 1938 le mettront en prison, de laquelle il sortira une année plus tard. Affaibli, son état de santé se détériore. Il décèdera le 9 août 1942.

Militantisme antiraciste et anticolonialiste par la plume

Avant de s’éteindre, Tahar Sfar publie dans le numéro de décembre 1939 de la revue féministe francophone Leïla un texte dénonçant avec force arguments humanistes et talent littéraire le régime raciste d’Adolf Hitler. Intitulé « Les conceptions racistes d’Hitler », l’article est l’occasion pour Tahar Sfar de déclarer que le dictateur allemand « emprunte indûment à Nietsche sa théorie du ‘surhomme’ pour en faire celle du ‘peuple maître’, de la race élue, prédestinée à gouverner l’univers et à courber l’humanité tout entière sous son joug oppresseur », et qu’il fait de la violence « une doctrine destinée à régir les rapports entre les peuples ». Pour le penseur et militant tunisien, le système nazi « est le régime de la guerre perpétuelle, de l’insécurité, de la guérilla, comme celle qui existait autrefois entre clans et tribus et que la constitution des peuples en États, la création de pouvoirs centraux forts a contribué à supprimer. Si de tels desseins se réalisaient, c’en est fait de la civilisation ; c’en est fait du progrès […] ».

Soutenant avec une approche aussi vigoureuse que moderniste l’indépendance de la Tunisie aux côtés de ses compagnons nationalistes, Tahar Sfar n’a pas cessé d’appeler, pour tracer la voie de l’émancipation de son pays, mais également de l’humanité entière, à la coopération entre l’Orient et l’Occident : « La paix dans l’avenir, le progrès de l’humanité tout entière dépendent de cette union, de cette étroite collaboration entre l’Orient et l’Occident, qui au lieu de se tourner le dos, de s’ignorer, doivent au contraire, se soutenir, se prêter mutuellement appui et coopérer en vue du relèvement du sort de l’humanité », a-t-il écrit dans les années 1930.

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