accords d’Oslo

Jour pour jour : signature des accords d’Oslo le 13 septembre 1993

La fameuse image qui illustre cet accord historique, aujourd’hui considéré comme un échec, n’a pas perdu de sa charge émotionnelle en raison de l’espoir qu’elle avait suscité. Le 13 septembre 1993, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin serre vivement la main du président du comité exécutif de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) Yasser Arafat en présence du président américain Bill Clinton, derrière la Maison Blanche. Une poignée de main qui était censée sceller le déclenchement du processus de négociations.

Fruit d’un ensemble de discussions menées entre des responsables israéliens et palestiniens à Oslo en Norvège, les accords d’Oslo visaient à poser les premières pierres à l’édifice d’une résolution durable du conflit israélo-palestinien. La Déclaration de principes, signée à Washington le 13 septembre 1993, prévoyait une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans pour progresser vers la paix.

Complété l’année suivante, le processus d’Oslo a investi la nouvelle entité gouvernementale de l’Autorité palestinienne de pouvoirs sur des territoires limités. Il prévoit également que les Palestiniens reconnaissent le droit d’Israël à une existence en sécurité en contrepartie de la reconnaissance de l’OLP comme autorité légitime représentant le peuple palestinien. Mais ces accords connaîtront des difficultés et feront s’essouffler l’espoir d’un avancement vers la paix dans les années suivantes, avec notamment l’assassinat de Rabin par un militant israélien d’extrême droite, le flou entourant le statut de Jérusalem, l’accélération vertigineuse de la colonisation de territoires palestiniens par I’Etat hébreu, la question des réfugiés palestiniens, la construction en 2004 du mur de séparation et surtout la seconde Intifada déclenchée en 2000. Les observateurs considèrent que ces accords ont littéralement mené le confilt israélo-palestinien dans l’impasse.

Les raisons de l’échec

Vingt-cinq ans après la signature des accords d’Oslo à Washington, l’ex-ambassadeur américain à Tel-Aviv (de 2011 à 2017) sous l’administration Obama, Daniel B. Shapiro, est revenu dans un entretien accordé au journal français Libération sur le bilan de ces accords. Aujourd’hui expert rattaché à l’INSS (Institute of National Security Studies) de Tel-Aviv, M. Shapiro dit douter de la volonté des Israéliens et des Palestiniens de mettre fin à ce conflit qui paraît aujourd’hui insoluble. « Si la paix était le but de [ces] accords, alors on peut parler d’échec », a ainsi estimé le diplomate américain. « Mais cet échec ne signifie pas qu’il existe une meilleure façon d’y arriver. L’un des succès d’Oslo, c’est d’avoir établi que la fin du conflit implique la solution à deux Etats. Le problème, c’est que les textes étaient flous sur des points essentiels comme l’arrêt de la colonisation ou la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif par les Palestiniens. Cela a miné les conditions pratiques permettant d’y parvenir », a-t-il expliqué.

Le magazine français Le Point, citant un « très proche de Rabin » explique que la partie israélienne a surtout commis l’erreur d’avoir rejeté la demande palestinienne de cesser la colonisation. « Rabin et Peres n’en voulaient pas. […] Quand nous avons négocié les accords, il y avait 100 000 juifs en Cisjordanie. Il était alors possible d’en évacuer un grand nombre. A l’heure actuelle, je ne vois pas comment un Premier ministre, même le plus favorable à la paix, pourrait revenir en arrière. » En 1994, un terrible massacre de dizaines de musulmans, en prière dans le caveau des Patriarches à Hébron, a été commis par le juif ultra-orthodoxe et terroriste sioniste Baruch Goldstein. Une tragédie qui a fait basculer le Hamas, lui donnant une « légitimité » pour commettre des attentats en territoire israélien. Côté Israélien, aucune mesure n’avait été prise contre les colons extrémistes. Côté palestinien, d’aucuns considèrent que Yasser Arafat aurait dû neutraliser les groupes armés du Hamas.

Pour rappel, Oslo a découpé la Cisjordanie en trois zones : la zone A, représentant 18% du territoire, administrée par l’Autorité palestinienne et lui donnant en principe le droit d’y exercer un contrôle civil et sécuritaire. La zone B, 22% de la Cisjordanie, où Israël exerce un contrôle sécuritaire et l’Autorité une gestion civile. Enfin la zone C, entièrement sous le contrôle d’Israël, qui représente 62% de la Cisjordanie et où se trouvent les colonies habitées par des centaines de milliers d’Israéliens. « Tous les accès à ce territoire sont contrôlés par Israël, qui ne contribue en aucun cas au budget de l’Autorité autonome. L’occupation ne coûte pas un shekel au gouvernement israélien », relève Le Point.

Les dégâts de Trump

A l’heure où se multiplient les dégâts causés par la stratégie de Trump, en rupture totale avec l’esprit et les grands principes directeurs d’Oslo, les observateurs doutent de la possibilité d’une résolution de la crise en raison du manque total de pertinence du milliardaire républicain dans sa lecture du conflit, à la fois brutale et imprudente. Depuis bientôt dix ans, Benyamin Netanyahou, le plus virulent des opposants aux accords d’Oslo, est solidement installé à la tête de l’Israël. « En Donald Trump, il a trouvé un allié zélé », relève Libération. Aujourd’hui, selon un sondage publié mercredi, 70% des Palestiniens pensent que leur condition est « pire qu’avant les accords d’Oslo ».

M. Shapiro estime lui que la stratégie américaine actuelle est d’augmenter sans relâche la pression sur les Palestiniens. « De les punir même. » « L’idée étant que la dégradation de leur situation les pousse à accepter une proposition au rabais. Trump tente d’importer ses marchandages de businessman sur le plan diplomatique. Mais ça ne fonctionne pas dans ce type de conflit. Ici, on ne parle pas de négocier le prix du ciment pour construire un gratte-ciel avec le nom ‘’Trump’’ tout en haut. Ce qui est en jeu, ce sont des questions profondes d’identité, de sécurité, de reconnaissance de l’autre », analyse-t-il dans Libération.

De plus, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, sans tenir compte des conditions d’Oslo (établissement d’une capitale palestinienne à Jérusalem-Est) a dissous les liens déjà fragilisés avec les Palestiniens en déchirant le consensus international sur le statut de la ville sainte. A cela s’ajoutent d’autres mesures anti-palestiniennes de l’administration américaine : annulation de l’aide américaine à l’UNRWA (Office de secours des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) et à l’Autorité autonome ainsi que la fermeture récente de la représentation palestinienne de Washington. « Une série de victoires pour le gouvernement israélien, le plus à droite de l’histoire du pays, et pour qui le statu quo [qui est de dire que le conflit est insoluble et le statu quo gérable] est la meilleure des solutions », ajoute Le Point.

Durant ces dix dernières années, la communauté internationale aurait sans doute pu mieux faire pour instaurer la paix, « mais je n’arrive pas à croire qu’avec ces deux leaders [Mahmoud Abbas et Netanyahou] la fin du conflit soit possible », fait valoir Shapiro, qui souligne les visions profondément opposées et les inimitiés entretenues de longue date entre les deux dirigeants. « Aujourd’hui, un changement de leadership de chaque côté est nécessaire pour y arriver », estime-t-il.

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