Journée Internationale du droit des femmes

Journée Internationale du droit des femmes

0
PARTAGER

« Les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles. »
Montaigne, Essais, III, 5

La Journée internationale des Femmes, célébrée depuis environ 100 ans, mais officialisée par les Nations Unies seulement en 1977, reste une journée clé, mais controversée. En effet, essentielle pour certaines féministes, pour mettre la lumière sur les inégalités entre les sexes dans une grande majorité de sociétés, pour sensibiliser à la lutte contre les discriminations faites aux femmes et également pour lutter contre les violences dont les femmes sont encore victimes aujourd’hui, son utilité reste également remise en cause par certains sous prétexte d’une folklorisation, d’une récupération commerciale, qui au final nuisent à la cause des femmes, et arguant que le droit des femmes doit être célébré au quotidien, 365 jours par an.
L’ONU francophone parlait (à tort) de « Journée internationale de la femme », le gouvernement français de « journée des droits des femmes » et les militantes de « journée de lutte pour les droits des femmes », c’est au pluriel que bien entendu doit s’envisager cette journée !
« Le 8 mars n’est pas, comme on l’entend parfois, la journée de “la” femme, qui mettrait à l’honneur un soi-disant idéal féminin (accompagné de ses attributs : cadeaux, roses ou parfums) » a rappelé Najat Vallaud-Belkacem, en 2013 lorsqu’elle était ministre française des droits des femmes.
Important de souligner cette évidence, qui persiste pourtant au vu des divers vœux et autres fleurs lancés aux femmes sur les réseaux sociaux ou les offres et promotions commerciales.
La Journée Internationale des Femmes trouve son origine dans les luttes des ouvrières du début du XXe siècle et pas véritablement des mouvements féministes, pourtant relativement actifs à cette époque, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. C’est en effet « en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer », affirme l’historienne Françoise Picq. La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ».
Aujourd’hui, on profite de cette journée « historique » pour organiser différents types de manifestations à travers le monde, avec pour objectifs : faire le point sur la situation des femmes, évoquer les acquis, les combats encore à mener, faire entendre les voix de toutes. L’actualité est encore malheureusement à parler du sujet de l’inégalité des hommes et des femmes, notamment dans le rapport au travail salarié, avec des inégalités salariales à travail égal de près de 30% dans certains pays, ou encore le sujet brûlant des violences physiques, morales et liées au harcèlement sexuel, sans parler du viol, sujet encore tabou même dans les pays supposés connaître une condition plus émancipée des femmes.
La lutte continue, et cette journée doit être commémorée, comme le révèle le site officiel de la Journée internationale des Femmes <http://8mars.info/> : « Car tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte, nous aurons besoin de la célébrer. ».
L’une des problématiques majeures soulevées cette année lors de cette 40ème Journée Internationale des droits des Femmes, c’est l’inégalité des salaires, parfois très grande, à compétences égales et à travail égal. De nombreuses femmes, activistes féministes ou non, se sont mobilisées à travers une cinquantaine de pays pour dénoncer cette injustice, en appelant à une forme de « grève planétaire » comme une réponse magistrale à la violence « sociale, légale, politique, psychologique et verbale que les femmes subissent sous différentes latitudes ». « Si nos vies ne valent rien, produisez donc sans nous! » disent-elles.
En France, les femmes sont invitées à arrêter de travailler à 15h40. A cette heure-là, l’horloge doit s’arrêter. C’est à dire au moment où les femmes, à travail et compétences égales, ne sont plus payées chaque jour, tandis que leurs compagnons le sont jusqu’à 18 h.
Le salaire des femmes par voie de conséquence est en moyenne 26 % moins élevé que celui des hommes, explique un collectif de 35 associations féministes, syndicats, ONG qui a rejoint le mouvement international.
Ce problème de l’inégalité des salaires, essentiellement dans le secteur privé, pose la question de la maternité et du choix parfois qu’on impose implicitement aux femmes, entre vie professionnelle et vie familiale. Il est donc nécessaire de faire participer les hommes aux tâches domestiques, qui sont encore à 80% gérées par les femmes, ainsi que de leur donner une place importante dans l’éducation des enfants avec un accès à des congés de paternité significatifs par exemple, proposé par de nombreuses entités sociales et politiques, ce qui ne rendrait pas la vie de famille « contraignante » pour un épanouissement personnel et/ou professionnel autant chez l’homme que chez la femme.
Dans certains pays dans le monde, encore d’autres problèmes sont à étudier et le chemin est encore long pour que les femmes gagnent leur dignité et leurs droits : intégrisme religieux, non scolarisation, reléguée au foyer, sans contact avec le monde extérieur, sans parler de certains pays où des châtiments corporels sont pratiqués le plus chez les femmes, et où les femmes n’ont aucun contrôle de leur fécondité. Dans les pays en guerre, elles sont les premières victimes, violentées, violées, réduites en esclavage, parfois vendues ou utilisées comme butin de guerre. Le droit de disposer de son corps est également un thème majeur des luttes féministes, notamment l’accès à l’avortement, parfois remis en cause dans certains pays, notamment les Etats-Unis qui prévoient de revenir sur son autorisation.
Il est nécessaire selon la plupart des associations féministes de sensibiliser les jeunes générationsau fait que les acquis ne sont jamais définitifs, et qu’à tout moment ils peuvent être remis en cause.
Face à ces défis, un nouveau féminisme est possible pour inscrire l’égalité hommes-femmes comme un enjeu de rénovation de la vie publique et démocratique.
Aujourd’hui, partout dans le monde, les femmes se sont mises en marche, de la grève des femmes en Pologne contre l’interdiction de l’avortement, aux grèves et marches des femmes en Amérique latine contre la violence masculine. Elles marchent encore, en Italie avec la puissante manifestation de novembre 2016 jusqu’à la Women’s March du 21 janvier 2017, avec manifestation historique contre le président des Etats Unis, Donald Trump, accusé de misogynie.
En Tunisie, cité souvent en exemple en matière de droits des femmes, considéré comme le pays le plus « progressiste » du monde arabe en matière de droits des femmes, les activistes de la société civile continuent la lutte, et malgré de nombreuses avancées depuis l’indépendance, comme par exemple le droit à l’avortement acquis en Tunisie en 1973, (avant la France !), et qui n’a jamais été remis en cause, les féministes tunisien(ne)s ont tenté de maintenir le cap, en sauvegardant les acquis du Code du Statut personnel, promulgué par le Président Bourguiba au lendemain de l’indépendance (égalités salariales, égalité entre homme et femme dans la Constitution, droit au divorce, interdiction de la répudiation et de la polygamie, etc.), et en allant à l’encontre des propositions du gouvernement islamiste, qui au lendemain de la Révolution souhaitait intégrer la notion de « complémentarité de la femme à l’homme » dans la Constitution. Toutefois de nombreuses autres questions restent préoccupantes : l’égalité en matière d’héritage qui suscite de nombreux débats et désaccords, mais aussi la question des violences envers les femmes, sujet encore tabou.

Pas de commentaires

Laisser un Commentaire