Khemaies Jhinaoui

Khemaies Jhinaoui, ministre des AE au Diplomat.tn : La Diplomatie tunisienne, élément fondamental au service des priorités nationales

Propos recueillis par Mustapha KHAMMARI

Le monde bouge avec des développements inédits sur la scène internationale qui, forcément interpellent et concernent de près ou de loin notre pays, d’où ce regain de vitalité que connaît la diplomatie tunisienne, aujourd’hui redéployée et partie prenante aux concertations et réflexions régionales et extrarégionales qui explorent les voies et moyens d’une meilleure coopération internationale contre les crises économiques et contre le terrorisme.

Le Diplomate.tn a voulu en savoir davantage sur les efforts de la diplomatie tunisienne et les centres d’intérêt qui déterminent ses actions et ses initiatives.

S.E. M.Khemaies Jhinaoui, ministre des affaires étrangère, malgré un agenda serré, a aimablement répondu à nos questions qui ont concerné les développements dans le Golfe, au Moyen orient, particulièrement en Syrie, ainsi que le sommet intercoréen de Panmunjom et le futur de la coopération tuniso-coréenne suite à la visite du ministre le mois dernier à Séoul*.

La diplomatie tunisienne, trois grands défis

Le Diplomate.tn :

Comment pouvez-vous, M. le ministre définir les grands axes qui sous-tendent le regain de vitalité que l’on observe dans les efforts de la diplomatie tunisienne ?

M.Khemaies Jhinaoui :

Le ministère des affaires étrangères est un élément fondamental dans l’action du gouvernement au service des priorités nationales.La stratégie de l’action diplomatique du gouvernement d’union nationale est la suivante : Comment, après avoir mis sur les rails la transition politique, aider le gouvernement à faire face aux défis qui se posent au pays ?

Nous pensons que les défis sont de trois catégories :

D’abord, comment, après avoir plus ou moins parachevé le processus la transition politique, en faire de même pour la transition économique. Nous avons des difficultés réelles :Comment relancer la productivité, comment reprendre un taux de croissance qui était de 5% avant 2011 et surtout comment mobiliser suffisamment de ressources, au niveau de l’investissement étranger, de la promotion de l’investissement, et du tourisme, essayer d’effacer cette image d’un pays affecté par la menace terroriste, comment agir pour faire que nos partenaires reprennent confiance dans notre pays et donc mobiliser suffisamment de ressources pour donner au gouvernement les moyens  de réaliser deux grands objectifs, la lutte contre le chômage et surtout celui des  250000 jeunes diplômés. Ces jeunes n’arrivent pas à comprendre que la démocratie est le meilleur système de gouvernement parce que ce système ne réussit pas à les convaincre en leur offrant les conditions d’une vie meilleure c’est-à-dire, prioritairement, un emploi.

Le deuxième défi, c’est de contribuer à améliorer les conditions d’un développement régional plus équilibré en agissant auprès d‘investisseurs issus de pays comme la Chine, le Japon, la Corée pour mobiliser les ressources, afin d’améliorer l’infrastructure, créer les conditions de meilleures capacités d’emploi et de promotion des populations de ces régions.

Pour atteindre cet objectif majeur et garantir les conditions d’un développement harmonieux et global, il faut assurer la sécurité du pays.Nous n’avons jamais pensé que notre pays pouvait être menacé de l’intérieur par le terrorisme, phénomène planétaire. Notre pays en a été frappé durement dans des secteurs vitaux de son économie. Il fallait mobiliser suffisamment d’appuis à nos forces de sécurité intérieure et de défense nationale pour qu’elles soient mieux équipées et mieux entrainées.

La Diplomatie tunisienne s’est attelée à cette tacheen agissant auprès de nos partenaires importants français, américains et allemands notamment, afin de mobiliser suffisamment de moyens à mettre au service de la défense de notre pays.

Je peux dire aujourd’hui que si nos forces réussissent leur mission patriotique, c’est d’abord parce qu’elles sont animées d’une grande volonté de vaincre le terrorisme et de protéger la Nation et ensuite parce qu’elles sont mieux entraînées et mieux équipées grâce à nos amis mais aussi parce que le gouvernement a consenti des efforts et mobilisé des ressources pour acquérir des équipements et réussir à mieux contrôler et protéger nos frontières.

La troisième priorité de l’action de la Diplomatie tunisienne, c’est de restaurer sonrôle et son rayonnement surles plans régionaux, arabe, africain et euro méditerranéen mais également marquer l’empreinte tunisienne au niveau mondial.

Sommet arabe en mars prochain à Tunis puis sommet de la francophonie

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la Tunisie est invitée à se joindre à l’élite dirigeante mondiale dans deux réunions du G7 et au G20, en reconnaissance du rôle pionnier deson expérience démocratique réussie et en considération du rôle et de l’expérience du président de la République qui a pu faire entendre la voix de la Tunisie dans ces aréopages internationaux. Le Président était également présent lors du sommet euro-africain à Abidjan, comme au sommet Monde islamique-Etats Unis d’Amérique à Ryad.

Pour couronner cette dynamique, la Tunisie accueillera en mars prochain le sommet arabe que nous n’avons pas abrité depuis2004.C’est un retour éclatant de la Diplomatie tunisienne sur la scène mondiale et arabe, en reconnaissance des choix de neutralité positive de la Tunisie qui signifie de ne pas s’impliquer dans la politique des axes. C’est un principe capital qui a été ignoré notamment par le gouvernement au lendemain de la révolution.

Nous sommes convaincus que la politique étrangère n’a pas vocation idéologique mais qu’elle doit être motivée par des intérêts nationaux plutôt que par des inclinations et des appartenances idéologiques.Ces choix diplomatiques tunisiens sont unanimement appréciés et expliquent que notre pays est sollicité et invité aux grands évènements internationaux et que le choix se soit porté par nos frères arabes pour nous confier l’organisation du prochain sommet, que nous nous attelons à préparer pour garantir l’efficacité et la réussite de ces retrouvailles arabes au sommet.

Dans le même ordre d’idées de ce retour aux sources d’une diplomatie tunisienne équilibrée, notre pays a été choisi pour abriter le prochain sommet de la francophonie à l’occasion de son cinquantenaire, en reconnaissance durôle pionnier joué par le président Bourguiba dans le lancement de cette institution des pays francophones.

Sommet arabe, sommet de la francophonie, présence aux G7 et G20, vous voyez là l’illustration de cette neutralité positive qui confère à la Tunisie, selon ses moyens et conformément à ses choix, un rôle dynamique dans les relations internationales.

Khemaies Jhinaoui

Réunion le 21 mai des ministres des AE tunisien, algérien et égyptien sur la crise libyenne

Le Diplomate.tn :

Vous n’évoquez pas le Maghreb arabe dans votre présentation des priorités régionales…

  1. Khemaies Jhinaoui :

Au niveau du Maghreb nous avons actuellement beaucoup à faire pour la stabilisation de la situation de la Libye. Nous poursuivons nos efforts dans le cadre de l’initiative du Président  Beji Caid Essebsi à laquelle se sont associées l’Algérie et l’Egypte. Une quatrième réunion des trois ministres des affaires étrangères tunisien, algérien et égyptien sera tenue le 21 mai prochain à Alger. Nous comparerons nos analyses de la situation en Libye et nous examinerons les initiatives à envisager pour aider l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, dont l’action rencontre des difficultés à poursuivre sa mission, conformément à la feuille de route adoptée à New York en septembre dernier.M. Ghassen Salame n’arrive pas à mettre en œuvre les compromis qu’il a pu réaliser en octobre dernier à Tunis en réunissant autour de la même table, les représentants de l’Estlibyen et de Tripoli.Les trois pays limitrophes qui ont des intérêts directs dans la stabilisation, vont voir ensemble comment conjuguer nos efforts pour aider l’envoyé spécial de l’ONU, dans la mise en œuvre de son plan de paix. Il est entrain de travailler sur l’organisation d’élections générales parlementaires puis présidentielles. Pour y arriver il faut un code électoral et assurer des conditions de sécurité acceptées par toutes les parties libyennes.L’envoyé spécial a donc besoin du soutien de la communauté internationale pour mener à bien sa mission.

Nous Tunisiens avons nos idées que nous allons mettre en œuvre au cours des prochaines semaines pour essayer de rassembler le maximum de protagonistes libyensautour d’une mêmetable afin de faire avancer le processus de paix dans ce pays frère. Nous agissons par solidarité avec nos frères libyens mais aussi pour l’intérêt de notre pays.

La situation sécuritaire libyenne impacte directement la sécurité de la Tunisie. Les différents attentats terroristes qui avaient frappé notre pays étaient surtout le fait de terroristes tunisiens qui se sont entraînés en territoire libyen.Sur le plan bilatéral, une fois la situation stabilisée en Libye, il y aura un effet direct sur la coopération tuniso-libyenne et nous travaillons sur la relance de la coopération bilatérale avec le conseil présidentiel présidé par M.Sarraj.

Une réunion des ministres des affaires étrangères aura lieu fin mai / début juin puis la grande commission mixte se réunira avant fin juillet sous la présidence deux chefs de gouvernement. Ce sera l’occasion de passer en revue les différents aspects des relations tuniso-libyennes, d’examiner les moyens de relancer les échanges, de répondre aux besoins de nos voisins et de préparer le terrain pour que la Tunisie contribue à l’effort de reconstruction dont la Libye a grand besoin.

 

Il est impensable que le Maghreb reste la région la moins intégrée dans le monde

Le Diplomate.tn :

Vous parlez M. Le Ministre d’une coordination avec l’Algérie et l’Egypte qui sont concernées directement avec la Tunisie, par la crise libyenne. Ma question évoquait le Maghreb arabe. Où en est-on avec l’UMA, aujourd’hui aux abonnés absents. ?

  1. Khemaies Jhinaoui :

Le Maghreb est une organisation régionale qui rassemble cinq pays. La Tunisie n’est pas seule concernée ni responsable de ce qui s’y passe. L’UMA connaît des difficultés. Nous ne considérons cependant pas la situation de manière passive. J’ai invité mon collègue marocain pour la fin du mois en visite officielle. Je vois mon collègue algérien le 21 mai. La Tunisie a pris l’initiative d’organiser une réunion informelle entre les ministres des affaires étrangères des cinq pays maghrébins. Nous avons proposé Tabarka, comme lieu de cette rencontre et nous nous pencherons sur les raisons du blocage du processus maghrébin. Notre rôle, en tant que diplomates estde trouver les voies qui permettront de contourner les obstacles en attendant de leur trouver les solutions.

Je dois souligner que les diplomaties des pays du Maghreb ont accompli un travail remarquable de préparation des dossiers de coopération jusqu’à l’impasse de 1994, date du dernier sommet maghrébin. Les ministères techniques ont cependant poursuivi leur travail et défini les projets à mettre en œuvre, sans pouvoir atteindre la cadence souhaitée pour leur réalisation.

Nous pensons en Tunisie qu’il est impensable en 2018 que notre région soit la moins intégrée du monde.Voyez ce qui se passe dans une région que vous connaissez, la Corée,vouée jusqu’ici à la division et qui connaît aujourd’hui une nette volonté d’insuffler une dynamique positive aux relations entre ses deux parties en vue d’une meilleure coopération, et davantage peut être à plus long terme, en mettant en avant les facteurs de complémentarité et en rétrécissant la marge des facteurs de division.

Le Diplomate.tn :

Est-ce que les relations de notre pays avec les pays du Golfe connaissent une meilleure évolution et moins d’incompréhensions cumulées depuis la révolution tunisienne ?

Qu’en est-il des relations avec les Emirats Arabes Unis ?

  1. Khemaies Jhinaoui

Nous avons engagé un dialogue fructueux avec nos frères des EAU, pays proche de la Tunisie qui a contribué au progrès de ce pays frère. Nos relations sont excellentes et dénuées de problèmes et nous souhaitons voir se développer davantage nos échanges et notre coopération avec tous nos frères du Golfe et du monde arabe. Nous attendons davantage d’investissements et nous ne pouvons que nous féliciter de la participation de ces pays et institutions comme le Koweït, le fonds arabe de développement, le fonds islamique, l’Arabie saoudite et tous les autres pays de régions qui nous sont chers et dont nous aimerions voir la cadence de leurs investissements s’accélérer dans notre pays.

Certains projets importants sont en effet en suspens actuellement comme avec des parties privées émiraties et nous nous devons de convaincre ces parties de relancer la réalisation de leurs projets. Ce qui contribuera à créer davantage d’emplois et aider à la résorption du chômage dans notre pays.

Nous savons en même temps que le conseil de coopération du Golfe connaît des difficultés et que ce qui se passe au Yémen absorbe une bonne partie des moyens des pays de la région. La Tunisie, fortede ses excellentes relations avec tous les pays du CCG, continue d’œuvrer pour renforcer la coopération avec tous ces pays dans le sens d’un partenariat gagnant/ gagnant et leur offre les grandes opportunités du vaste chantier de développement et de reconstruction que connaît la Tunisie.

La question syrienne est gérée en dehors du monde arabe

Le Diplomate.tn :

Restons dans la région qui connaît des développements inquiétants aux yeux des observateurs surtout après le retrait unilatéral de Washington des accords sur le nucléaire iranien.

Quels regards porte la Diplomatie tunisienne envers les crises du moyen Orient ?

  1. Khemaies Jhinaoui

La région connait effectivement de graves crises : En Irak, en Syrie, au Yemen, qui sont trois conflits majeurs auxquels sont venues s’ajouter les divergences entre l’Iran et certains pays du Golfe.

Lorsqu’on y ajoute la stagnation du processus de paix avec l’agressivité permanente manifestée par Israël vis-à-vis de ses voisins et particulièrement les palestiniens et les syriens, on comprend combien la région est en grande ébullition et combien la paix y est menacée. Ce qui concerne et intéresse la Tunisie, ce n’est nullement de se tenir aux côtés d’un partenaire contre un autre partenaire parmi les pays frères.

Nous nous faisons un devoir d’entretenir des relations fructueuses basées sur les intérêts réciproques conformément aux excellentes relations qui nous lient aux pays frères dans cette région.

Notre objectif est de faire avancer ces crises vers un règlement pacifique. Nous agissons auprès des palestiniens, des instances onusiennes et de la Ligue arabe pour relancer le processus de paix aujourd’hui bloqué depuis des années et compliqué avec les conflits inter palestiniens d’un côté et de l’autre, la décision de transférer l’Ambassade américaine à El Qods.

La question syrienne est malheureusement gérée en dehors du monde arabe.D’un côté, il y a la Russie, la Turquie et l’Iran et de l’autre, les Nations unies sans participation des pays arabes. Ce qui nous importe, c’est comment aider les différentes parties syriennes, à l’exclusion de celles impliquées dans le terrorisme, à pacifier leur pays dont le rôle était fondamental dans la région.Il faut agir pour lui faire restaurer sa place et son rôle en tant que facteur d’équilibre régional.

Le Diplomate.tn :

Quand va-t-on rouvrir notre ambassade à Damas ?

  1. Khemaies Jhinaoui :

Notre ambassade est ouverte.

Le Diplomte.tn :

Sans Ambassadeur ….

  1. Khemaies Jhinaoui :

Oui, mais les relations diplomatiques ne sont pas seulement l’apanage des ambassadeurs. Nous avons par ailleurs une décision de rappel des Ambassadeurs prise par la Ligue arabe. Certains pays ont rompu leurs relations avec la Syrie. La Tunisie a préféré garder une présence diplomatique au niveau de consul qui agit en tant que chargé d’affaires ad intérim et qui est en contact permanent avec les autorités syriennes.

Ce qui nous manque c’est d’élever notre représentation au niveau d’ambassade. De toute façon, ce qui importe, ce n’est pas le niveau de représentation mais comment continuer à aider la Syrie et les différentes parties syriennes à aller de l’avant vers la concorde et le retour de la paix pour faire reprendre à ce pays frère son rôle dans la région.Nous agissons au niveau de l’ONU, de la Ligue arabe, de l’Organisation de la conférence islamique, du conseil des Droits de l’Homme et nous ne nous focalisons pas sur le niveau de notre représentation diplomatique.

 

Le Diplomate.tn :

Nous avons une colonie tunisienne en Syrie qui a besoin d’être encadrée et rassurée.

  1. Khemaies Jhinaoui :

Notre consulat essaye de faire de son mieux au service de nos compatriotes dans les régions qui nous sont accessibles.

 

Le Diplomate.tn :

Si nous revenions au renoncement américain à l’accord avec Téhéran relatif au nucléaire iranien ?

  1. Khemaies Jhinaoui :

Plusieurs pays ont souscrit à cet accord. On doit tout faire pour faire poursuivre son application et nous souhaitons qu’une solution soit trouvée pour éviter davantage de tension dans la région et dans les relations internationales.

La Corée, un pays ami qui réalise des progrès remarquables

Le Diplomate.tn :

Vous êtes M. le Ministre le dernier ministre des affaires étrangères à avoir rencontré à Séoul votre collègue sud-coréenne juste à la veille du sommet historique de Panmunjom.Comment vous analysez cette grande évolution que connaissent les relations intercoréennes d’un côté et de l’autre où en sont aujourd’hui les relations tuniso-sud coréennes ?

  1. Khemaies Jhinaoui :

La Corée du sud est un grand pays dans lequel j’ai servi il y a vingt-cinq ans et avec lequel  j’ai une relation particulière. J’étais donc heureux de répondre à l’invitation de ma collègue Mme Kang Kyung-hwa, ministre des affaires étrangères, deux jours avant la tenue du sommet historique de Panmunjom et d’avoir eu  la primeur de son analyse concernant les développements des relations inter coréennes, en marge de la rencontre des deux dirigeants du nord et du sud, évènement considérable qui nourrit de grandes promesses de baisse de la tension et de retour de la paix et de la coopération entre Seoul et Pyongyang  .

La Corée du sud est un pays ami, qui réalise des progrès remarquables, mais reste malheureusement vulnérable à cause de la situation dans la région et particulièrement de ses relations avec son voisin du nord.Nous souhaitons que le sommet du 27 avril à Panmunjom aide à faire évoluer positivement les relations intercoréennes et à faire baisser la tension en attendant des perspectives futures à l’instar de ce qui s’est passé pour l’Allemagne aujourd’hui réunifiée.

Ceci étant souligné, nous savons qu’il ne s’agit pas seulement d’une affaire exclusivement intercoréenne, mais d’une question géostratégique régionale et internationale et que plusieurs intervenants vont déterminer l’avenir de la région. Il s’agit d’équilibres et d’intérêts régionaux qui concernent des puissances régionales et mondiales.

La Tunisie suit avec grande attention ce qui se passe dans cette zone du monde par souci de voir la tension baisser et régner un esprit de concorde et de coopération entre tous les pays concernés. Nous avons d’excellentes relations avec la Corée et ses voisins comme le Japon, la Chine, comme avec les Etats Unis d’Amérique dont le Président projette de rencontrer le dirigeant de la République de Corée du nord.

Autant dire que si tout se déroulait comme prévu, les perspectives seraient excellentes et nous ne pouvons en tant que tunisiens que nous en féliciter.

Comment engager un meilleur rythme à la coopération tuniso-coréenne ?

Pour revenir aux relations entre la Tunisie et la Corée du sud, j’ai vécu personnellement les premières années de l’avènement des relations diplomatiques entre nos deux pays, ayant représenté mon pays à Seoul.Pour être honnête, je dois dire que ces relations, qui avaient connu un véritable élan au début et se sont développées au cours des ans, ont malheureusement connu ces dernières années un certain fléchissement.

J’ai rencontré au cours de ma visite plusieurs responsables coréens et à leur tête le Premier ministre ainsi que la ministre des affaires étrangères. J’ai rencontré également M. Banki Moon ancien secrétaire général de l’ONU et fin connaisseur des développements politiques dans la région.

L’objectif de ma visite était d’identifier, à travers mes contacts avec les différents responsables coréens comme le Président de la KOICA, le Président de l’Eximbank, les moyens de relancer la coopération au niveau technique avec la KOICA (Agence coréenne pour la coopération internationale) et avec l’Eximbank avec laquelle nous avons pu parvenir à un accord d’aide au développement d’un système électronique pour organiser le cadastre au niveau de notre territoire national. Il s’agit d’un projet important quand on sait combien le cadastre est l’élément de base de toute l’activité économique. Avec la KOICA, nous avons des projets en cours de réalisation dont j’ai eu à discuter avec le Président de cette grande agence qui est l’un des principaux partenaires de la coopération tuniso-coréenne.

 

Visite officielle du premier ministre coréen avant la fin de l’année

Ce qui a retenu notre attention également au cours de cette visite est comment intéresser les grandes compagnies coréennes aux divers grands projets d’infrastructure et à haute valeur ajoutée qui sont en cours de réalisation ou en étude en Tunisie. J’ai invité nos amis coréens à s’intéresser davantage à ce qui se passe dans notre pays, engagé dans une grande phase d’édification et de reconstruction et offrant de grandes opportunités aux investisseurs coréens.

J’ai exposé les avantages qu’offre la Tunisie aux investisseurs y compris de par sa situation géographique au point le plus au nord du continent africain, tout près de l’Europe, vaste ensemble économique avec lequel la Tunisie entretient des relations étroites de partenaire préférentiel.

En même temps la Tunisie qui entretient d’excellentes relations avec les pays arabes du Moyen orient et du Golfe, ainsi qu’avec les pays africains, constitue un véritable hub en plein centre de la Méditerranée, offrant de vastes horizons aux conglomérats sud coréens.

Le Premier ministre coréen M. LeeNak-Yeon avec lequel j’ai eu un excellent entretien, m’a promis d’organiser, avant la fin de cette année, une visite en Tunisie d’une délégation de responsables de grandes entreprises coréennes et qu’il entreprendra lui-même par la même occasion une visite officielle en Tunisie en réponse à l’invitation de son homologue tunisien M. Youssef Chahed.

Autant dire que les perspectives qui s’offrent à nos deux pays sont encourageantes et que nous devons de part et d’autre engager davantage d’efforts pour concrétiser les objectifs d’une coopération qui profite à nos deux peuples amis.

M.K

* interview réalisée le 10 mai 2018

 

 

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