Kurdistan irakien
Des enfants déplacés dans le camp de Debaga, au sud d'Erbil, le 28 octobre 2016. REUTERS/Alaa Al-Marjani

Kurdistan irakien : des enfants torturés pour avouer des liens avec l’EI, selon Human Rights Watch

Les forces de sécurité du gouvernement régional du Kurdistan irakien torturent des mineurs pour les forcer à avouer qu’ils appartiennent au groupe jihadiste Etat islamique (EI), accuse mardi l’ONG Human Rights Watch (HRW), mettant en avant des témoignages de jeunes garçons rencontrés dans un centre de détention. Un conseiller pour les affaires internationales du gouvernement du Kurdistan, Dindar Zebari, a lui rejeté ces accusations, affirmant que HRW « n’a jamais visité » ce centre, indique l’AFP.

« Coups » et « chocs électriques »

Seize garçons âgés de 14 à 17 ans et condamnés ou suspectés d’appartenance à l’EI ont rapporté à HRW avoir subi « des coups » ou « des chocs électriques en détention » en 2017 et 2018, selon un communiqué de l’organisation humanitaire publié aujourd’hui mardi 8 janvier. « La plupart ont indiqué qu’ils n’avaient pas eu accès à un avocat et qu’ils avaient été forcés de signer des aveux rédigés par [les forces de sécurité kurdes] sans avoir été autorisés à les lire », indique encore HRW.

« Près de deux ans après que le gouvernement régional du Kurdistan a promis d’enquêter sur la torture d’enfants détenus, ceci arrive encore », a pour sa part déploré dans le même communiqué Jo Becker, directrice de plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les autorités kurdes doivent immédiatement mettre fin à la torture des enfants détenus et enquêter sur les responsables. »

HRW explique que 63 enfants se trouvaient dans un centre de détention visité par l’ONG en novembre 2018 à Erbil. C’est lors de cette visite que plusieurs garçons ont pu témoigner des nombreuses tortures qu’ils ont subies. D’autres ont été interrogés une fois avoir quitté le lieu de détention.

« Je leur ai dit [aux interrogateurs] que je n’étais pas membre de l’EI mais ils m’ont répondu : ‘non, tu dois le dire’ », a expliqué l’un d’eux, âgé de 14 ans. Au bout de deux heures d’interrogatoire et de torture, l’adolescent a fini par acquiescer à leurs demandes, explique le communiqué de l’ONG.

Sur 23 garçons interrogés par HRW, quatre ont dit avoir été menacés de torture et seize autres « frappés partout sur le corps avec des tuyaux en plastique, des câbles électriques et des tiges de fer ». Certains ont affirmé avoir subi ces tortures plusieurs jours consécutifs jusqu’à ce qu’ils acceptent de faire des aveux. « Si vous ne nous dites pas la vérité, je vais appeler des gars pour qu’ils vous battent et vous brisent les os », aurait prévenu un interrogateur à l’une des victimes de ces mauvais traitements. Au moins cinq ont affirmé à un juge avoir subi des tortures, mais « les juges ont apparemment ignoré leurs déclarations », dénonce encore HRW.

Un conseiller pour les affaires internationales du gouvernement du Kurdistan, Dindar Zebari, a rejeté en bloc les témoignages rapportés par l’organisme humanitaire. « Personne ne peut être arrêté sans décision de justice et toute personne arrêtée est traitée conformément à la loi », a-t-il soutenu. Mais M. Zebari “n’a fourni aucune information concernant le comité d’enquête ni aucune autre mesure prise pour enquêter sur les officiers [kurdes] impliqués dans des actes de torture”, pointe l’ONG.

N.B. 

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