Capture d'écran / France 24

La communauté internationale demande que le vaccin contre le Covid-19 soit un « bien public »

A l’issue de l’assemblée annuelle de l’OMS, les Etats espèrent l’adoption d’un texte qui prévoit également une réforme de l’OMS, afin que celle-ci puisse être mieux équipée pour répondre aux pandémies.

L’assemblée annuelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est ouverte lundi par voie virtuelle, une première dans l’histoire. Les représentants de plusieurs Etats appellent à ce que le futur vaccin contre le nouveau coronavirus soit un « bien public ». Mais aussi à une réforme de l’OMS, afin que celle-ci soit mieux équipée pour répondre mieux et plus rapidement aux pandémies.

A l’ouverture de cette réunion tenue virtuellement et qui doit se poursuivre jusqu’à demain mardi, le secrétaire général de l’ONU Antonio Gurerres a commencé par pointer les manquements des pays qui ont « ignoré les recommandations de l’OMS ». Il estime que le monde paie aujourd’hui au « prix fort » la divergence des stratégies adoptées aux quatre coins du monde. « En conséquence, le virus s’est répandu dans le monde entier et se dirige maintenant vers les pays du Sud, où il pourrait avoir des effets encore plus dévastateurs », a-t-il averti. « J’espère que la recherche d’un vaccin pourra être le point de départ » d’un effort multilatéral concerté pour endiguer la crise, a-t-il indiqué.

Le futur vaccin devrait être un « bien public mondial »

En réaction, le président chinois Xi Jinping a assuré qu’un éventuel vaccin chinois aura un statut de « bien public mondial », et affirmé que son pays consacrerait deux milliards de dollars sur deux ans en contribution aux efforts de recherche mis en oeuvre dans le cadre de la lutte mondiale contre le Covid-19. Dans un message vidéo, le président français Emmanuel Macron a lui aussi affirmé que si un vaccin était découvert, il « sera un bien public mondial, auquel chacun devra pouvoir avoir accès ».

Malgré les méfaits que la crise pandémique a eu sur la diplomatie mondiale et, en particulier, l’escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, les Etats entendent adopter à l’issue de cette réunion au format inédit une résolution portée par l’Union européenne. Celle-ci réclame en effet « l’accès universel, rapide et équitable à tous les produits (…) nécessaires à la riposte contre la pandémie », mettant en avant le rôle primordial d’une « vaccination à grande échelle contre le Covid-19, en tant que bien public mondial ». Le texte demande aussi de lancer le plus vite possible un « processus d’évaluation » permettant d’apprécier la « riposte sanitaire internationale et les mesures prises par l’OMS face à la pandémie ».

Identifier la source du virus

Le texte de l’UE appelle aussi l’OMS à « collaborer étroitement avec l’Organisation mondiale de la santé animale et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et les pays (…) en vue d’identifier la source zoonotique du virus et de déterminer par quelle voie il s’est introduit dans la population humaine, (…) notamment moyennant des missions scientifiques et des missions de collaboration sur le terrain ».

Renforcer les capacités de l’OMS

Si la résolution est adoptée, « ce sera un résultat important parce que l’OMS sera le premier forum mondial à se retrouver de manière unanime sur un texte », a indiqué une source diplomatique européenne à l’AFP. « Aucun sujet n’a été évité » dans la résolution, a ajouté cette source européenne, notamment celui relatif à la poursuite de la réforme de l’OMS et notamment de « ses capacités qui se sont révélées insuffisantes pour prévenir une crise de cette ampleur ».

La question est maintenant de savoir comment s’achèvera cette bataille diplomatique à Genève et si les Etats-Unis appuieront la résolution, car celle-ci, constate l’AFP, ne réclame pas une enquête immédiate sur l’origine du virus ou sur les actions prises par l’OMS face à la pandémie. Washington, qui accuse Pékin d’avoir dissimulé l’ampleur de l’épidémie, est engagé dans un bras de fer avec l’OMS, accusée par le président américain Donald Trump de s’être « plantée » dans la gestion de la pandémie en s’alignant sur la position chinoise. Il a dans la foulée suspendu la contribution américaine à l’OMS.

Les Etats-Unis réclament depuis plusieurs semaines une enquête sur l’origine du virus en Chine car ils soupçonnent Pékin d’avoir caché un accident de laboratoire qui aurait été à l’origine de la pandémie. Washington accuse aussi la Chine de tenter de pirater la recherche américaine sur un vaccin, en pleine rivalité américano-européenne sur un futur vaccin. Le président américain a même menacé de « couper toute relation » avec Pékin. Mais Donald Trump n’est pas le seul à critiquer l’OMS. Comme le rappelle Franceinfo, de nombreux Etats et experts estiment que l’OMS « a été trop indécise, a trop tardé avant de reconnaître la transmission du virus d’humain à humain, a laissé Pékin dicter le moment du déclenchement de l’alerte sanitaire internationale, une décision capitale ». Et si l’Europe demande une enquête indépendante sur l’origine du virus, celle-ci serait opérée en étroite liaison avec l’OMS. L’affaire est à suivre de près car l’OMS est en effet victime d’une faiblesse : celle d’être, « comme toutes les instances des Nations unies, le reflet de l’état des rapports internationaux. Lorsque ceux-ci sont exécrables, comme c’est le cas actuellement, ces organisations en subissent le contrecoup. S’agissant de santé publique mondiale, c’est désastreux », souligne encore le média français.

La pandémie du coronavirus SARS-CoV-2 a fait au moins 313 611 morts dans le monde à ce jour, selon un bilan établi dimanche par l’AFP. Pays le plus touché par le virus tant en nombre de morts que de cas, les Etats-Unis déplorent près de 90 000 décès pour près de 1,49 million de cas. Suivent le Royaume-Uni (34 636 morts), l’Italie (31 908), la France (28 108) et l’Espagne (27 650).

N.B., avec agences

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