La diplomatie bilatérale : Des principes intangibles et beaucoup de pragmatisme

La diplomatie bilatérale : Des principes intangibles et beaucoup de pragmatisme

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Lorsque Bourguiba s’attribue dans le premier gouvernement de l’indépendance le poste de ministre des affaires étrangères qu’il cumule avec la présidence du conseil et le ministère de la défense nationale, les lignes directrices de la politique étrangère tunisienne étaient depuis longtemps  définies et une pratique diplomatique déjà ancienne a été mise en place en parallèle avec la lutte contre l’occupant par les autres moyens pour conquérir l’indépendance nationale. C’est donc dans un terrain connu qu’il a mis les pieds. Des principes intangibles guident la politique extérieure tunisienne. La non-ingérence dans les affaires des autres, le respect sourcilleux de la souveraineté nationale, l’ouverture sur le monde pour développer des relations d’amitié et de coopération font partie de ces principes. Ces principes vont de pair avec le pragmatisme dont il a fait preuve dans le combat pour la liberté : prendre en compte la réalité,  manœuvrer pour parvenir au but, accepter la solution fut-elle incomplète pour repartir de nouveau en vue de réaliser l’objectif ultime.  C’est toute la dialectique qui sera mise au service de la diplomatie. Mais il lui faut, cependant, construire un ministère et  trouver des hommes pour conduire cette politique  tant à Tunis qu’à l’étranger. C’est dans le vivier destourien qu’il va les chercher. Ainsi a-t-il compté d’abord sur Mongi Slim son compagnon de route, sur Dr Sadok Mokaddem qui se révèle un  diplomate hors-pair, sur Taïeb Sahbani, président de la fédération destourienne de Tunis. La liste est longue d’hommes et de femmes de valeur dont les noms vont se confondre avec les victoires remportées sur cette scène.

Bourguiba dès le départ s’attache à placer la Tunisie dans son milieu naturel, le Maghreb et le monde arabe. La première fournée d’ambassadeurs est nommée à Rabat, à Tripoli, au Caire et à Djeddah (Arabie Saoudite).  La question algérienne ayant pris ses quartiers en Tunisie (le GPRA à Tunis et le QG de l’ALN  à Ghardimaou), le soutien à la cause du pays frère et voisin s’impose dans l’agenda tunisien. Ses effets sur la Tunisie (bombardement de Sakiet Sidi Youssef et les escarmouches dans le Sud) sont autant de raisons pour accélérer l’indépendance de la Tunisie.

L’unité du Maghreb est parmi les priorités de la Tunisie indépendante. Avec les développements dramatiques en Algérie où une guerre totale est menée contre le peuple frère, la Tunisie comme le Maroc indépendants au même moment ont estimé que seul un Maghreb fort peut tenir tête à la puissance coloniale. Le détournement d’avion des leaders du FLN leur donne l’occasion de montrer leur cohésion en convoquant une conférence des partis de libération nationale dans les trois pays (Néo Destour, Istiqlal et FLN) qui appelle entre autres à un Etat fédéral entre les trois pays. Mais les contingences de l’histoire et les impératifs de la construction nationale devaient mettre le rêve de l’unité maghrébine entre parenthèses pour longtemps.

Monde arabe : des défis et des revanches

C’est en relation avec le monde arabe que la Tunisie nouvellement indépendante va faire face au défi majeur de ses premières années de souveraineté, celui de l’ingérence dans ses affaires intérieures.  Nasser en champion du panarabisme profite du conflit entre Bourguiba et Ben Youssef (qui trouve refuge chez lui) pour s’immiscer dans les affaires tunisiennes. C’est inadmissible pour Bourguiba qui décide de rompre ses relations diplomatiques avec l’Egypte. Méfiant envers la Ligue arabe soumise aux ordres du Caire, il décide de faire un coup spectaculaire. Le même jour que la Tunisie adhère à la Ligue arabe elle la quitte en claquant la porte. Dans un discours minutieusement préparé à Tunis et lu en son nom au Caire Bourguiba fustige une organisation panarabe sous domination égyptienne. Les relations  entre Tunis et le Caire vont passer par des moments difficiles jusqu’à la guerre de juin 1967 quand le chef de l’Etat tunisien tourne la page et décide de marquer sa solidarité et son soutien à l’Egypte de Nasser. Avant de disparaitre le Raïs réunit dans sa capitale un sommet destiné à mettre fin aux événements tragiques de septembre noir. C’est le représentant de Bourguiba, M. Bahi Ladgham alors Premier ministre qui a dirigé la mission de Bons Offices qui a mis fin au conflit. Bourguiba a pris sa revanche sur cette  ligue longtemps aux ordres du Caire quand en 1979 elle  décide de transférer son siège à Tunis à la suite des accords de Camp David.

L’ONU lui paraît une plateforme idéale pour faire entendre la voix de la Tunisie. Elle est à ses yeux la garante de la souveraineté de son pays. Il ne peut en être autrement pour un petit pays qui est confronté aux défis de la conquête des attributs de son indépendance face à une des plus grandes puissances du monde à l’époque. Le fait qu’elle ait été installée en Amérique, ce monde libre qu’il a choisi depuis l’ère de la lutte nationale, cela lui met du baume au cœur et lui permet de tenir la dragée haute à la France pourtant alliée des Etats-Unis. C’est pourquoi l’une des premières ambassades ouvertes a été celle de Washington. Mongi Slim y est nommée. Il cumule ce poste avec celui de Représentant permanent auprès des Nations Unies à New York dés que la Tunisie adhère à l’organisation internationale en novembre 1956. C’est là qu’il brille et donne la pleine mesure de son talent. Il sera le premier président africain de l’Assemblée générale des Nations unies en 1961. Auparavant en 1958-60 notre pays siège au Conseil de sécurité où il est élu sans vote après le désistement de l’Iran en  sa faveur.

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