Des principes intangibles et beaucoup de pragmatisme

La diplomatie bilatérale : Des principes intangibles et beaucoup de pragmatisme

La Palestine et Jéricho

Au sujet de l’ONU, il y a lieu de souligner que c’est  dans son cadre que Bourguiba propose la solution à la cause palestinienne. C’est l’injustice du siècle dit-il mais comme le rapport des forces est en faveur d’Israël, Bourguiba propose le retour au plan de partage voté par les Nations unies en 1947 et qui peut être comme  l’acte de naissance de l’Etat hébreu et que celui-ci ne peut pas rejeter. Dans un discours resté célèbre celui de Jéricho devant les réfugiés palestiniens le président tunisien exhorte les palestiniens à prendre leur destin en main et à être le fer de lance de leur lutte pour récupérer leurs droits et ne pas compter sur les arabes. Cette prise de position lui vaut des volées de bois de la part de certains dirigeants arabes de l’époque. Mais la suite lui donnera raison. Le transfert de la direction palestinienne qu’il a accueillie en Tunisie   en 1982 fut comme celui du siège de la Ligue arabe sa revanche sur une classe politique arabe portée plus par les slogans creux que par la volonté de prendre en considération la réalité des relations internationales.

Soutien aux mouvements de libération en Afrique

Bourguiba se tourne très vers l’Afrique qui est pour lui le prolongement naturel de la Tunisie et son arrière-cour. Le Ghana est le premier pays de l’Afrique du sud du Sahara à obtenir son indépendance de l’empire britannique le 6 mars 1957. Aussitôt Bourguiba ouvre à Accra une ambassade tunisienne. Il s’y rend lui-même pour le premier anniversaire de l’indépendance et invite Kwame Nkrumah à Tunis pour le premier anniversaire de la proclamation de la république. Quand survient la crise du Congo (Léopoldville-actuel république démocratique du Congo), il dépêche un contingent de la toute jeune armée tunisienne au sein des forces de l’ONU (casques bleus) dans ce pays. Ce contingent  ne rentrera qu’en1961 pour apporter du renfort à l’armée tunisienne dans la bataille de Bizerte. En Afrique, Bourguiba a soutenu tous les mouvements de libération nationale. Il a été aux  côtés du Frelimo dans la  Mozambique lointaine ainsi que de l’ANC de Nelson Mandela dans sa lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Les premiers coups de feu en Angola ont été tirés par des armes tunisiennes, celles-là mêmes laissées par le contingent tunisien au Congo, témoigne le regretté Mohamed Amamou qui fut chargé d’affaires à Kinshasa (qui était encore Léopoldville).

Bourguiba a été aussi le pionnier de l’unité africaine. Avec Nkrumah précisément il décide de convoquer la Conférence des Etats indépendants d’Afrique qui se réunit à Accra le 15 avril 1958 et rassemble les pays africains souverains qui sont au nombre de huit  (Égypte, Libye, Maroc, Tunisie, Éthiopie, Ghana, Liberia et Soudan). En décembre de la même année, Accra accueille la Conférence des Peuples Africains. La seconde session de cette conférence, réunissant de nombreux dirigeants des partis et mouvements nationalistes africains se  déroule à Tunis en 1960. Elle constitue le premier noyau de ce qui va devenir  l’Organisation de l’Unité africaine qui a tenu son sommet constitutif à Addis Abéba en mai 1963. Bourguiba a fait au cours de ce sommet l’un de ses plus brillants discours donnant forme à une unité africaine en devenir.

Fondateur de la Francophonie

La Tunisie indépendante débarrassée des scories de la période coloniale s’est attachée à entretenir des relations étroites avec l’ancienne puissance protectrice. La langue et la culture françaises sont pour la Tunisie « un butin de guerre » selon le mot de Kateb Yacine et Bourguiba en fait des outils pour le progrès et le développement sans complexe ni parti-pris. Bien plus Bourguiba avec ses pairs africains le sénégalais Léopold Sedar Senghor et le nigérien Hamani Diouri est l’un des « Pères fondateurs » de la Francophonie.

Au-delà de la France, c’est toute l’Europe qui intéresse la Tunisie indépendante. En effet concomitamment, naît la Communauté Economique Européenne (CEE dit Marché Commun) en vertu du Traité de Rome qui entre en vigueur.  Six Etats d’Europe y font partie dont les voisins immédiats sur l’autre rive de la Méditerranée, la France et l’Italie.  C’est une diplomatie économique avant la lettre qui prend en charge les relations entre la Tunisie et la CEE. Un premier accord date des années 1960. L’aire traditionnelle des échanges commerciaux de la Tunisie devient l’espace où un partenariat toujours plus poussé se développe entre les deux parties. Cette diplomatie économique ne se limite pas aux rapports Tunisie/Europe mais embrasse tous les pays et les institutions financières internationales et régionales qui ont été mobilisés pour apporter leur soutien au développement de la Tunisie.

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