MULTIPOLAIRE

LA DIPLOMATIE TUNISIENNE DANS UN MONDE MULTIPOLAIRE

Les alliances et les partenariats sur lesquels les Etats-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie peuvent aujourd’hui s’appuyer ne sont pas de la même nature que ceux ayant opéré durant la guerre froide. Ils sont pour la plupart de nature historique, culturelle ou économique et le pouvoir de prise de décisions semble y être plus diffus que naguère. Même l’OTAN, alliance militaire par excellence, elle veut se donner aujourd’hui un rôle plus défensif qu’offensif. Certes, la guerre en cours contre le terrorisme a nécessité la mise en place de structures militaires ad-hoc dirigées par l’une ou l’autre des deux puissances, mais ceci ne change en rien la tendance générale qui se précise depuis le début du siècle en cours, à savoir que les alliances et partenariats d’aujourd’hui sont pour la plupart composés de parties pratiquement égales chacune voulant s’affirmer sur le plan international comme pôle principal du paysage international dont chaque Etat devrait tenir compte s’il veut promouvoir ses intérêts. Cette « multipolarité » est la nouvelle donne des relations internationales en ce début du vingt-et-unième siècle même si elle est encore contestée par certains irréductibles de l’unilatéralisme. Elle est là probablement pour durer. La seule question est de savoir si la multiplicité des centres du pouvoir global sera un jour harmonisée pour tendre vers des objectifs communs et une gouvernance mondiale démocratisée ou bien si elle va être la cause d’une nouvelle période de tension à une échelle plus importante qu’avant.
Un pôle global ne peut être considéré comme tel que s’il dispose d’une combinaison de capacités exceptionnelles dans les domaines politique, économico-commercial, militaire, technologique et enfin culturel, c’est-à-dire un mélange de « hard power » et de « soft power ». L’appartenance au Conseil de Sécurité des Nations Unies, comme membre permanent bénéficiant du droit de véto, a longtemps été considérée comme indicateur de puissance et de possibilité de jouer un rôle responsable au niveau global et cela reste le cas aujourd’hui, mais ce n’est plus la seule condition. La solidité de l’économie d’un pays, de sa situation financière, de ses structures de production et d’exportation, la possession de moyens militaires suffisants pour pouvoir projeter son influence bien au-delà de ses frontières ,en particulier vers les zones de conflit et enfin la possibilité d’introduire des innovations scientifiques et technologiques endogènes pour appuyer toutes ces capacités, sans oublier le rayonnement culturel , sont autant d’attributs d’un pôle global. Aujourd’hui, outre les Etats- Unis d’Amérique et la Fédération de Russie, la Chine dispose certainement de ces attributs. L’Union Européenne, bien qu’encore à ses débuts sur le plan de la coordination de sa politique étrangère est bien partie pour avoir sa place, en tant qu’entité, dans le club restreint des pôles globaux d’autant plus qu’elle dispose de deux sièges permanents au Conseil de Sécurité détenus par la France et Le Royaume- Uni. D’autres pays, ayant à des degrés moindres ces attributs, peuvent également prétendre appartenir à ce club. Il s’agit du Japon, avec derrière lui les « tigres » économiques de l’ASEAN ainsi que la Corée du Sud. Il s’agit aussi de l’Inde et du Brésil, s’ils arrivent à venir définitivement à bout de la concurrence politique et économique de l’Argentine et du Pakistan. Ce n’est sûrement pas un hasard que ces trois pays soient les candidats les plus sérieux pour accéder au rang de membres permanents du Conseil de Sécurité en cas de succès des négociations en cours pour la réforme de cet Organe de l’ONU. Le monde arabo-musulman reste loin de cet objectif, embourbé qu’il est dans ses contradictions et ses querelles intestines et plombé par l’accusation d’être la source moderne du terrorisme international contre lequel le monde se ligue. Cependant, l’Iran d’un côté et l’Egypte de l’autre, ont des caractéristiques qui les rendent capables de jouer un rôle moteur dans leur région en attendant d’en jouer peut être au niveau mondial. Le premier en particulier, après avoir résolu à sa satisfaction l’épineux problème nucléaire se lance, avec intelligence, dans une opération de « forcing » diplomatique et économique qui pourrait le mener très loin sur cette voie. Quant à l’Afrique sub-saharienne, ce géant qui se réveille, elle attend son heure qui ne tardera pas à venir avec des pays dynamiques et pleins de potentialités comme le Nigéria et surtout l’Afrique du Sud.

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