La place de la Tunisie aux Nations Unies

En tant qu’ancien diplomate de carrière, je me suis souvent intéressé aux hauts fonctionnaires internationaux tunisiens, employés surtout dans le cadre des Nations Unies !
Je le dois à la vérité de dire que dans mes recherches concernant ce sujet, j’ai découvert que l’Ambassadeur Ali Hachani, un de nos spécialistes en diplomatie multilatérale ( trois fois en poste à New York, une fois en tant que diplomate et deux fois en tant qu’Ambassadeur, Représentant Permanent de Tunisie à l’ONU ) m’avait précédé avec une excellente publication datée du 4 Mai 2016 et ayant pour titre  » Soixante ans de diplomatie multilatérale tunisienne  » dans laquelle il énumérait, de façon exhaustive, tous les nationaux tunisiens qui avaient eu à la fois le privilège et la fierté d’être de hauts fonctionnaires internationaux du système des Nations Unies !
Pour ne point servir de  » double  » à cette publication, j’ai décidé de  » revisiter  » le sujet sous un autre angle qui m’interpellait depuis quelque temps déjà !
En effet, même avant d’intégrer le Ministère des Affaires Étrangères en 1970, j’avais été frappé par l’excellent niveau de nos  » diplomates pionniers  » , surtout dans les instances internationales !
Les meilleurs exemples étaient alors pour moi le Président Habib Bourguiba, Mongi Slim et Mahmoud Mestiri ( ce dernier étant lui – même formé à la brillante  » école diplomatique  » de Si Mongi Slim en ayant été son collaborateur à la fois à Washington et à New York ) !
Après mon entrée au Ministère des Affaires Étrangères, j’ai découvert Habib Bourguiba Junior, Slaheddine Abdellah ( également tous deux collaborateurs de Mongi Slim à Washington ) , Taïeb Slim, Néjib Bouziri, Rachid Driss, M’hamed Essaafi et d’autres encore dont, je m’en excuse, j’ai oublié le nom !
J’ai alors été progressivement convaincu que deux personnes comme Mongi Slim et Mahmoud Mestiri auraient amplement mérité que leur candidature à devenir Secrétaire Général des Nations Unies ait été présentée et qu’elles auraient probablement eu toutes les chances d’y être élues !
Rappelez – vous la façon magistrale dont Mongi Slim a présidé l’Assemblée Générale des Nations Unies, durant l’Année 1961 – 1962 , à la faveur de la question de l’évacuation de Bizerte !
Pour Mahmoud Mestiri, sa spécialisation et sa maestria dans le domaine multilatéral, tout d’abord aux côtés de Mongi Slim puis par lui – même ( Il a été quatre fois en poste à New York, une fois en tant que diplomate et trois fois en tant qu’Ambassadeur, Représentant Permanent de Tunisie à l’ONU, ce qui constitue un record du genre ) , ne font pas l’ombre d’un doute !
Cependant, il est connu que le Président Bourguiba ( Bien que j’en sois un grand admirateur , cela ne me dispense guère de penser qu’il avait néanmoins des défauts, comme tout mortel ! ) qui, bien qu’ayant une très haute estime pour Mongi Slim et Mahmoud Mestiri, ne pouvait  » souffrir  » qu’on lui fasse de l’ombre, que ce soit au niveau national ou international ! À mon avis, c’est la seule raison pour laquelle on n’a jamais pensé à présenter leur candidature à devenir Secrétaire Général des Nations Unies !
Ceci étant dit, j’entre maintenant dans le vif du sujet de ma publication !
Depuis la date de notre indépendance jusqu’à nos jours, au moins huit ressortissants tunisiens ont atteint des postes de très haut niveau dans le système des Nations Unies. Je me suis volontairement limité au plus haut niveau ( Secrétaire Général Adjoint ) pour des raisons que vous comprendrez aisément par la suite de mon raisonnement !
Il s’agit de :
– M. Mohamed Ezzeddine Mili : Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications ( UIT ) à Genève du 20 Février 1967 au 31 Décembre 1982. Il a donc présidé, presque 16 ans, aux destinées de l’UIT et y a laissé des traces indélébiles ! Je suis sûr qu’après toute cette période et son retentissant succès à son poste, il a dû terminer sa carrière au niveau de Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies !
– M.Mohamed Habib Gherab : Le Secrétaire Général U Thant le nomma en 1969 comme Secrétaire Général Adjoint, Directeur du Personnel des Nations Unies. Le Secrétaire Général Kurt Waldheim le confirma dans ce même poste de 1972 à 1979. Puis, il est promu au rang de Sous – Secrétaire Général de l’ONU et est nommé comme premier Secrétaire Général de la Conférence des Nations Unies pour les ressources nouvelles et renouvelables en énergie ( 1979 – 1981 ) .
– M.M’hamed Essaafi : Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies pour les Questions Humanitaires en Asie du Sud – Est ( 1980 – 1981 ) . Il devient Chef de Cabinet du Secrétaire Général Javier Perez de Cuellar ( Janvier – Juin 1982 ) puis est nommé, en Juillet 1982, Secrétaire Général Adjoint, Coordinateur de l’UNDRO ( Office des Nations Unies pour les Secours en cas de Catastrophes Naturelles ) .
– M.Hédi Annabi : Du 28 Janvier 1997 au 1er Septembre 2007, il est Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies en charge des opérations de maintien de la paix. Du 1er Septembre 2007 jusqu’au 12 Janvier 2010, il est Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies, Représentant Spécial du Secrétaire Général dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haiti ( MINUSTAH ) . Il meurt le 12 Janvier 2010 à Port – au – Prince ( capitale d’Haiti ) à la suite du tremblement de terre qui a frappé cette ville.
– M.Kamel Morjane : Il est désigné, le 13 Novembre 1999, par le Secrétaire Général des Nations Unies Koffi Annan, comme Représentant Spécial pour la République Démocratique du Congo ( Mission de l’Organisation des Nations Unies pour le Congo : MONUC ) avec rang de Secrétaire Général Adjoint . Il reste à cette fonction jusqu’en Octobre 2001 où il retourne à Genève comme Haut Commissaire Assistant pour les Réfugiés.
– M.Mongi Hamdi : Il a été nommé, du 20 Janvier 2015 au 14 Janvier 2016, Secrétaire Général Adjoint, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies au Mali
(MINUSMA ) .
– M. Mohamed Khaled Khiari : Le 28 Mai 2019, le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres, le nomme Secrétaire Général Adjoint pour le Moyen – Orient, l’Asie et le Pacifique.
Auparavant, il avait été Ambassadeur, Représentant Permanent de Tunisie à l’ONU du 23/11/2012au31 /12/2018.
Il était également célèbre comme ancien footballeur au Club Sportif d’Hammam – Lif avec lequel il avait remporté une Coupe de Tunisie ! Personnellement, je pense que sa carrière footballistique a dû beaucoup l’aider dans sa carrière diplomatique car un sportif exemplaire acquiert généralement une ouverture d’esprit qui lui est fort utile dans le monde de la diplomatie !
– M. Mohsen Bel Hadj Amor : Il a d’abord été recruté à l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture ( FAO ) à Rome puis il est devenu, à New York, Président de la Commission de la Fonction Publique Internationale et enfin Directeur de la Division du Personnel.
Ces huit exemples de très hauts fonctionnaires tunisiens des Nations Unies prouvent, si besoin est, que les compétences tunisiennes sont considérablement appréciées et donc courtisées pour être recrutées !
Cependant, il ne nous manque plus qu’un seul palier à gravir, celui du poste suprême de Secrétaire Général des Nations Unies !
Pourquoi ne briguerions – nous pas ce poste pour un ressortissant tunisien ? Dans le monde arabo – africain, seul l’égyptien Boutros Boutros Ghali a réussi cette gageure !
Pour cela, il faudrait que l’État tunisien croie beaucoup plus en ses compétences et les soutienne absolument ! Il serait judicieux d’oublier totalement les causes égocentriques de non soutien à des nationaux tunisiens pour de si hauts postes !
Il y a lieu de remarquer que la plupart des postes que j’ai cités précédemment ont été obtenus par les efforts personnels de leurs bénéficiaires ou par le truchement de relations qu’ils ont su tisser lors de l’accomplissement de responsabilités antérieures !
L’État tunisien ne devrait donc plus ménager aucun effort pour soutenir les hauts fonctionnaires déjà parvenus à ces postes et en outre pour présenter un candidat de taille à la fonction de Secrétaire Général des Nations Unies .
Nul n’est censé ignorer le prestige et les multiples bénéfices que notre pays pourrait tirer si jamais nous atteignions cet objectif ! Oublions les erreurs du passé et attelons – nous à réaliser ce noble but !
Il suffira de sélectionner  » un haut calibre  » de notre diplomatie qui recueille l’unanimité de la majorité des tunisiens pour le présenter et pour mobiliser tous nos efforts derrière lui ! Il faudra également solliciter, à temps, les soutiens des pays frères et amis, et en particulier ceux des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité pour être sûr de ne point essuyer un échec !
Pour revenir à Mongi Slim et à Mahmoud Mestiri, je suis convaincu qu’ils auraient pu être d’excellents Secrétaires Généraux des Nations Unies s’ils en avaient eu l’occasion !
En effet, à mon humble avis, Mongi Slim a eu l’honneur d’être le  » vrai père  » de la diplomatie tunisienne !
Mahmoud Mestiri a été, lui aussi, une des plus illustres figures de la diplomatie tunisienne : Il est vrai qu’il le doit beaucoup à Mongi Slim qu’il a longuement côtoyé et auprès de qui il a extrêmement appris !
Comme vous avez dû certainement le constater, je me suis essentiellement concentré, dans ma publication, sur l’excellente renommée de nos hauts fonctionnaires tunisiens aux Nations Unies et sur la nécessité pour l’État tunisien de les soutenir davantage ( puisqu’ils ont largement fait leurs preuves et honoré leur pays ! ) et même, pourquoi pas, de présenter, dès que l’occasion sera propice, une candidature tunisienne valable au poste de Secrétaire Général des Nations Unies à laquelle tout l’appui requis devra être octroyé ! Car il est bien connu que dans la tradition des Nations Unies et des Relations Internationales, si un candidat veut briguer un poste suprême et avoir le plus de chances de succès de son côté, il doit, en premier lieu, bénéficier du soutien sans réserve de son pays qui doit le parrainer sans ménager aucun effort !
Ce faisant, la Tunisie réussira à la fois à conforter la position des hauts fonctionnaires tunisiens officiant déjà à l’ONU et à renforcer sa place au sein du système même des Nations Unies !

– MOHAMED MEDDAH –
( ancien diplomate )

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