La situation économique tunisienne vue par Hédi Sraieb : le rêve est...

La situation économique tunisienne vue par Hédi Sraieb : le rêve est toujours possible

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Hédi Sraïeb, économiste et observateur attentif aux changements sociopolitiques en Tunisie, était l’invité du site l’Humanité.fr, qui l’a interviewé principalement sur la situation économique tunisienne actuelle, marquée par l’endettement, la hausse des prix, la chute du pouvoir d’achat et le manque en devises. Sraieb a fait l’état des lieux de cette situation précaire, mais non sans proposer des solutions concrètes et évoquer les atouts tunisiens en mesure de déclencher un véritable processus de développement.

Tout d’abord, il explique les relations complexes entre la Tunisie et les organisations économiques internationales à l’instar du FMI, de la Banque Mondiale, ou encore du G20. Entre le mécontentement du FMI de la gestion tunisienne, traduit par le retard du paiement de la tranche du prêt de 350 million de dollars et les promesses non tenus du G20 et de certains pays amis, la Tunisie s’enfonce dans la crise. A ce niveau, Sraied évoque le poids pesant de l’héritage de corruption généralisée de la dictature de Ben Ali comme facteur aggravant la situation économique tunisienne en plus d’un accompagnement de l’Etat qui manque de sérieux et d’efficacité.

Ainsi, il ne faut pas s’étonner des revendications sociales qui s’accentuent, même si l’Etat a dépensé des sommes faramineuses pour titulariser un grand nombre de travailleurs dans le secteur public et en embaucher d’autres. Selon lui, une bonne partie de la masse salariale dans la fonction publique est mal distribuée tout en manquant de rendement. Il propose de cesser les recrutements et compter moins sur les aides étrangères, qui, à l’instar de celles promises lors du Forum Economique Mondial, n’ont aucune consistance car n’obéissant pas à aucun processus de contrôle ou de suivi.

Dans cette optique, il déplore la vision de la plupart des cadres de l’Etat qui continuent à penser que le redressement économique en Tunisie ne se fera qu’à travers le privé et l’investissement étranger. Hors, ces deux là ne peuvent exploiter leur plein potentiel et participer activement à créer un changement positif et conséquent dans les différents secteurs qu’une fois l’Etat assume ses responsabilités d’appui, d’accompagnement et d’élaboration de stratégie globale et réaliste qui pourrait procurer une direction à suivre bien-définie. Avec la révolution, « le miracle économique de Ben Ali » s’est avéré être « un mirage économique ». L’économie tunisienne « jeune et fragile » n’a pu faire face aux défis ni satisfaire les aspirations de son peuple. Toutefois, Sraieb assure qu’il y a une issue. Premièrement, il minimise l’impact de la délocalisation de certaines sociétés comme les centres d’appel vers des pays au niveau de vie encore plus bas à l’instar du Madagascar.

Il explique que la population tunisienne limitée à 11 millions d’habitants est capable d’exploiter convenablement ses ressources non-négligeables comme le phosphate, et surtout ses richesses intellectuelles qui peuvent servir d’appui au développement industriel dans les filières de textile et de la mécanique. L’économiste est tout à fait contre la politique d’importation sauvage de pays comme la Turquie et la Chine qui ont envahi les marchés locaux. Il estime que durant les six ans qui ont suivi la révolution, et malgré la conscience générale « d’un véhicule économique qui prend de l’eau et d’un modèle économique essoufflé », la classe dirigeante « n’a touché à rien ». Ce choix n’est motivé que par la peur d’engager une réforme réelle et profonde, qui pourrait faire perdre aux responsables de l’Etat leurs privilèges considérables.

Il propose dans ce cadre d’interdire les véhicules à haute consommation qu’il a qualifié de « devise-vores », de freiner la consommation, de réduire les importations surtout en produits qu’on pourrait fabriquer en Tunisie, à l’instar du textile et des produits alimentaires. Une vision cohérente et rationnelle de l’avenir, des atouts tunisiens et des enjeux internationaux sur le plan économique, est susceptible de réduire l’inflation et limiter la dépréciation monétaire.

La tournée africaine est selon lui une bonne initiative en vue des relations historiques avec les pays de l’Afrique Subsaharienne et de l’admiration et respect dont jouit la Tunisie démocratique de la part des élites de ces pays. Toutefois, il recommande de structurer les visites et promouvoir un ensemble de services bien coordonnés comme l’a fait le Maroc en implantant ses banques et avançant les services de sa compagnie aérienne. Sraieb a loué le début d’implantation des assurances en Guinée et le service de traitement des eaux au Niger, qui est un début d’une collaboration solide et importante en Afrique.

N.B

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