La situation en Libye : Et maintenant ?

La situation en Libye : Et maintenant ?

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(Article paru précédemment dans le Magazine L’Economiste Maghrébin, numéro 684 du 4-5-2016)
Par Ali HACHANI, ancien Ambassadeur, ancien Représentant Permanent de Tunisie auprès de l’ONU

Le peuple libyen, les pays voisins et la Communauté internationale attendent depuis des années la fin du long processus engagé par la « mission politique d’appui » désignée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour aider les parties libyennes à trouver une solution de compromis au vide politique et au conflit meurtrier  créés par l’écroulement rapide, largement provoqué par l’extérieur,  de l’ancien régime. L’accord de Skhirat conclu le 17 Décembre 2015 sous les auspices  des Nations Unies a offert, aux yeux de certains, une lueur d’espoir puisqu’il présentait une « solution » devant  mener à la mise sur pied d’instances provisoires, dont un  « gouvernement d’union  », appelées à accompagner le pays vers une nouvelle constitution et de nouvelles institutions rétablissant l’unité du pays et sa stabilité.

Cependant, les craintes exprimées par plusieurs observateurs, dont le rédacteur de ces lignes, quant au fait que l’accord de Skhirat renfermait les germes de sa propre invalidation  se sont  malheureusement  avérées  justifiées. En effet, plus de quatre mois se sont écoulés dans des tractations infinies et des trésors d’ingénuité, dont des menaces de sanctions, pour essayer de convaincre les uns et les autres de la nécessité d’accepter cet accord. Et aujourd’hui, alors que le « gouvernement d’union » a été carrément « infiltré » à Tripoli avec des installations portuaires comme siège « provisoire » et sous la garde de certaines milices qu’on dit d’obédience islamiste, ce gouvernement n’arrive toujours pas à se faire valider par le parlement « reconnu » à Tobrouk et doit encore « coexister »avec deux autres gouvernements de fait, l’un à Tripoli à l’Ouest, l’autre à Al Baidha à l’Est. Et, même si les initiateurs de l’accord arrivaient un jour, par la manipulation de la «carotte» et du «bâton»,  à faire entériner l’accord cela risque  d’offrir un répit de courte durée.                 

Les raisons de cette situation aussi attendue que regrettable sont, à mon avis, multiples :

1/Tout au long des négociations de Skhirat, le souci premier n’était manifestement pas de trouver un arrangement qui puisse aider le peuple libyen à établir un système politique démocratique pour lequel il avait mené sa révolution en 2011, mais plutôt de satisfaire les diverses factions ayant pris les armes et imposé leur volonté à des parcelles du territoire libyen après la chute de Khadafi, notamment les parties islamistes. Le  gouvernement  dit d’union n’a –t-il pas comme ossature centrale des responsables de ces parties ? Ce souci avait apparemment pour toile de fond la conviction partagée par certaines puissances occidentales que le salut des pays arabes et du monde réside désormais  non pas dans le libre choix des peuples de ces pays mais plutôt dans un « partage du pouvoir », même artificiel, entre islamistes dits « modérés » et des éléments « laïcs »  n’appartenant pas à la gauche « extrémiste ». Ces puissances voient de surcroit  dans un tel « arrangement », et c’est probablement leur préoccupation majeure, le meilleur moyen d’éloigner de leurs frontières le spectre de l’extrémisme et du terrorisme ainsi que celui de l’émigration clandestine. Cet arrangement  a « bien réussi » en Tunisie, au Maroc et en Jordanie et a failli réussir en Egypte, alors pourquoi, selon ce même raisonnement, ne pas l’essayer en Libye ? Sauf que la composition de la société libyenne ne semble pas s’y prêter, que certaines puissances régionales, en particulier l’Egypte, ne semblent pas y trouver leur compte et que les terroristes, notamment ceux de Daech, semblent  vouloir mettre à profit cet arrangement pour élargir leur mainmise sur le pays directement ou à travers des intermédiaires à peine cachés, sans parler des patriotes  libyens qui semblent voir dans ce qui se trame la négation de leur rêve démocratique.

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