La situation en Libye : Et maintenant ?

La situation en Libye : Et maintenant ?

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2 /L’Envoyé Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, qui a placé les négociations de Skhirat  sous ses auspices dans le cadre d’une  « mission politique » sans réel mandat opérationnel, a vite fait de laisser les puissances occidentales intéressées « prendre les choses en main » pour orienter les négociations dans le sens qu’elles souhaitaient avec un désistement presque complet des pays arabes et africains voisins de la Libye et l’éloignement programmé  des autres puissances qui auraient pu jouer un rôle positif dans les négociations, y compris la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité. L’objectif de l’Occident était clair : Mettre en place en Libye les conditions politiques idoines pour assurer leur retour en force, et celui de leurs proches alliés, comme la Turquie, dans le pays avec un œil sur ses richesses pétrolières, les contrats lucratifs de reconstruction qui s’annoncent et les immenses  moyens financiers opportunément « gelés » dans leurs banques. N’est- ce pas ce même objectif qui a empêché le Conseil de Sécurité d’adopter une  résolution mettant en place une véritable opération multidimensionnelle de paix en Libye qui aurait pu assurer une présence  significative et neutre sur le terrain pour, en particulier, assurer la sécurité des autorités provisoires et superviser la transition et la reconstruction du pays dans l’unique intérêt de son peuple ?

3 /Cette attitude de vouloir faire « cavalier seul » adoptée par les puissances occidentales en Libye se manifeste également dans leur insistance pour attendre un appel du « gouvernement  d’union » en vue d’intervenir militairement en Libye, conformément à l’article 51 de la Charte de l’ONU au lieu d’une décision expresse du Conseil de Sécurité représentant la volonté collective, pour lutter contre les mouvements terroristes occupant des zones entières de ce pays. A signaler que ces mouvements continuent de s’étendre, malgré les quelques succès enregistrés récemment par certaines forces opposées et les assurances distillées par certains optimistes invétérés que ces mouvements «ne sont finalement pas aussi invulnérables qu’il ne tentent d’apparaitre ». Cependant, les préparatifs militaires en cours et les quelques unités spéciales discrètement  introduites sur le terrain semblent  avoir pour seul but de permettre de procéder à des frappes aériennes sporadiques à l’exclusion de toute intervention terrestre. Ne risque-t- on pas de se trouver ainsi dans le scénario irakien avant la mobilisation des kurdes ou le scénario syrien avant l’intervention des russes et des forces de Hezbollah ? Et ne risque-t-on pas de voir les terroristes, juste égratignés par ces frappes, se déplacer ailleurs, notamment vers les pays du voisinage immédiat ? Ce risque est d’autant plus grand que les groupes armés qui se disent aujourd’hui déterminés à déloger les terroristes de leurs fiefs, notamment  Syrte, sont apparemment plus portés à rivaliser entre eux pour l’occupation des villes concernées et des installations pétrolières qui vont avec qu’à unir leurs forces contre un ennemi théoriquement commun.

Ainsi, que l’accord de Skhirat soit validé ou pas par le parlement de Tobrouk, tout laisse à penser que la Libye ne sortira pas d’une manière durable de la situation dans laquelle elle se trouve sans une issue politique acceptée par le peuple, dans le cadre d’un processus véritablement démocratique  et en dehors de toute intervention étrangère mais sous supervision neutre des Nations Unies. Par ailleurs, sans une coopération internationale déterminée et multiforme, sous contrôle onusien et qui viendrait  en appui  aux forces patriotiques  libyennes, le terrorisme qui s’est installé dans ce pays ne pourra jamais être déraciné et continuera à présenter un danger autant pour la Libye que pour la région et pour le monde.

 Ali  HACHANI                             

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