Ennahdha

La stratégie de la « corde raide » d’Ennahdha face aux élections en Tunisie

A l’approche des élections législatives et présidentielle, le parti islamiste Ennahdha tente de policer son image « en tâchant de ne pas inquiéter ses adversaires et les bailleurs de fonds d’un pays très endetté », une stratégie « complexe », juge l’AFP.

Le parti Ennahdha n’entend pas se définir comme islamiste mais comme musulman démocrate, expliquait un représentant de cette formation politique à Franceinfo Afrique en mai 2018. Pesant lourd dans le parlement tunisien sortant, Ennahdha mise sur un succès aux législatives d’octobre 2019 pour pouvoir « jouer ensuite les faiseurs de roi lors de la présidentielle de novembre », souligne le média français. Un scrutin pour lequel il reste toutefois encore réticent à présenter son propre candidat.

« Le mouvement de Rached Ghannouchi avait remporté fin 2011 le premier scrutin qui a suivi le mouvement révolutionnaire de décembre 2010-janvier 2011. Mais il reste marqué par sa première expérience au pouvoir. Il s’était alors retrouvé empêtré dans de profondes crises et confronté à une forte opposition politique. Dans une atmosphère extrêmement tendue […], il avait dû se résoudre à céder la place, début 2014, à un gouvernement de ‘technocrates apolitiques’ », rappelle Franceinfo. « Cette période au pouvoir a été difficile sur tous les plans », reconnaît aujourd’hui le porte-parole d’Ennahdha, Imed Khemiri.

Policer son image

Ennahdha va certes viser la première place aux législatives d’octobre, analyse le politologue Slaheddine Jourchi dans un entretien avec l’AFP, mais, selon lui, pas « la majorité parlementaire, car cela ferait du parti une cible pour tous les autres ». « Ennahdha va déployer tous les efforts pour avoir au maximum 70 ou 75 sièges (sur 217) afin de négocier une coalition avec Tahya Tounès ou une alliance plus large afin de ne pas exercer de responsabilités seul », estime-t-il.

Voulant policer et rendre rassurante son image, Ennahdha dit poursuivre sa transformation, déjà évoquée lors de son congrès de 2016, en force « civile » excluant toute activité de prédication religieuse.

S’il reste réticent à l’idée de monter en première ligne, le parti assure que, contrairement à 2014 (Ennahdha avait alors fait le choix de la neutralité), il compte effectivement soutenir un candidat, souligne Franceinfo. En effet, sur France 24, le 20 mai, Rached Ghannouchi n’a pas exclu de présenter « un membre d’Ennahdha » tout en affirmant que « le plus important » était de trouver « un candidat consensuel ».

Un candidat qui a quitté Ennahda mais qui sera peut-être soutenu par… Ennahdha

Pour le moment, aucune des grandes formations n’a annoncé de candidat. « Le magnat des médias Nabil Karoui et l’ancien Premier ministre (entre 2011 et 2013) issu d’Ennahdha, Hamadi Jebali, ont indiqué qu’ils se présenteraient. Rached Ghannouchi a souligné le 3 juin 2019 que Hamadi Jebali ne serait pas candidat au nom du parti. Ce qui n’exclut pas un ‘éventuel’ soutien, selon lui », poursuit le média français.

Le dirigeant de la formation d’inspiration islamiste a par ailleurs précisé qu’Ennnahdha reste dans le gouvernement de Youssef Chahed tant que celui-ci n’a pas annoncé sa candidature à la présidentielle. « S’il annonce sa candidature, on se retrouvera dans une autre situation et à partir de là nous reverrons notre relation avec lui », a-t-il ajouté, cité par l’AFP.

« Ennahdha a perdu une partie de sa base électorale »

Ennahdha a perdu une partie de « sa base électorale entre 2011 et 2018 », estime Slaheddine Jourchi. Mais, pour le politologue, le mouvement est encore fort de son succès lors des élections municipales de 2018, lorsqu’il avait remporté le plus grand nombre de sièges de mairies. « Comme avait pu le constater l’envoyé spécial de franceinfo Afrique en Tunisie pendant la campagne électorale de ce dernier scrutin, le parti reste bien implanté localement », indique encore Franceinfo. « Et remarquablement organisé. » Dans tous les cas, et avec « l’expérience acquise depuis 2011 », Ennahdha « sera présent dans toutes les circonscriptions lors des prochaines élections ». Et il tient « à la victoire », affirme Imed Khemiri.

N.B., avec Franceinfo

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer