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La Tunisie aux prises avec des enjeux économiques de taille

Le Premier ministre tunisien Habib Jemli espère former un nouveau gouvernement de coalition la semaine prochaine après les élections d’octobre qui ont abouti à la fragmentation du Parlement. Depuis la révolution de 2011, la plupart des indicateurs économiques se sont affaiblis et l’Etat s’est davantage endetté.

Selon les économistes, un gouvernement fort doté d’une vision économique claire est essentiel pour poursuivre les efforts de la Tunisie en vue de stabiliser les finances de l’Etat. Il est en effet nécessaire, de l’avis de tous les acteurs et observateurs, de remédier aux frustrations qui menacent de saper la confiance dans la politique de la jeune démocratie tunisienne, comme l’analyse Reuters.

Les chiffres de la Banque mondiale montrent que la croissance économique, de 4,7 % en moyenne dans les années précédant 2010, a été de 1,8 % en moyenne depuis. La révolution, en frappant l’industrie du tourisme, a créé une pression intense pour que la nouvelle démocratie crée des emplois dans le secteur public, augmentant salaires et subventions. « La croissance tunisienne n’a été que de 1,1 % au premier semestre de 2019, contre 2,5 % et 2 % en 2018 et 2017 respectivement. Ce recul est dû à un ralentissement de la croissance agricole, qui avait atteint 9,5 % en 2018, et à une contraction de l’activité industrielle (pétrole et gaz, agroalimentaire) qui n’a été compensée qu’en partie par la progression des services », indiquait la Banque mondiale en octobre 2019.

Ainsi, depuis 2010, la dette publique est passée de 41 % du produit intérieur brut à plus de 70 %. Le gouvernement s’attend à un déficit de 3,9 % du PIB cette année, contre 7,4 % du PIB en 2016, 6 % en 2017 et 4,5 % l’an dernier.

Mais le taux de chômage, qui était de 12 % avant la révolution, atteint maintenant 15 % au niveau national. Il est « bien pire » dans l’intérieur appauvri de la Tunisie, où il dépasse 30 % dans certaines villes. Le tourisme commençait tout juste à se rétablir en 2015 lorsque des jihadistes ont tué deux dizaines de visiteurs étrangers lors de deux attaques, plongeant ce secteur crucial dans un effondrement sans précédent.

Corruption et mauvaise gestion

Tunisair, qui emploie 8000 personnes pour seulement 27 avions, perd de l’argent depuis la révolution. La compagnie a indiqué la semaine dernière qu’elle supprimerait 400 emplois l’année prochaine. Cependant, le puissant syndicat UGTT a résisté à de nombreuses réformes de ce type et estime que d’autres problèmes tels que la corruption et la mauvaise gestion doivent être traités en premier. Les entreprises privées bien connectées dominent également dans certains secteurs, agissant comme des cartels et laissant les petites entreprises incapables de lever des fonds pour investir, ont indiqué des diplomates à Reuters.

La Tunisie est à mi-chemin d’un programme de prêt de 2,8 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI), lancé en 2016. Le FMI a demandé au gouvernement de limiter ses dépenses, en particulier pour les salaires du secteur public, dont le coût a doublé pour atteindre environ 16 milliards de dinars (5,5 milliards de dollars) en 2018, contre 7,6 milliards de dinars en 2010, ainsi que les subventions.

Toutefois, les réductions des dépenses, même si elles ont aggravé les frustrations d’une jeunesse en mal d’intégration, conduisant les électeurs à punir les acteurs de la coalition lors des élections d’octobre, n’ont pas permis d’atteindre les objectifs de réduction du déficit.

Les prêteurs étrangers qui financent le déficit de la Tunisie s’attendent à ce que celle-ci intensifie ses réductions de dépenses, ce qui pousserait l’Etat à s’engager dans un processus impopulaire et potentiellement difficile pour le prochain gouvernement de coalition.

Cependant, toute réforme structurelle visant à réduire les lourdeurs bureaucratiques, à améliorer les performances des départements et services gouvernementaux et à réduire la corruption renforcerait le climat des affaires. Le président Kais Saied a déjà lancé plusieurs programmes anti-corruption, ce qui pourrait aider le nouveau gouvernement à obtenir le soutien de politiques moins attrayantes.

N.B.

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