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La Tunisie risque d’avoir un parlement « ingouvernable » (Le Point)

A l’issue des élections législatives de ce dimanche, la Tunisie risque de se retrouver avec une Assemblée sans majorité parlementaire ni coalition possible. Une possibilité évoquée par de nombreux observateurs.

Parmi eux, le correspondant à Tunis du Point, Benoît Delmas. Le 6 octobre au soir, « l’Assemblée des représentants du peuple aura un nouveau visage. Une gueule cassée si l’on en croit les sondages », indique-t-il. En effet, depuis le mois d’avril, les instituts de sondage ont révélé qu’un paysage politique « concassé », une « mosaïque » comme l’anticipe Lotfi Zitoun, ex-conseiller politique de Rached Ghannouchi, se profilait à l’horizon. « Dans la dernière ligne droite de la campagne officielle, le climat n’est pas à la sérénité. Le leadeur du parti en tête (depuis juin) dans les intentions de vote, [Qalb Tounes], est en détention préventive depuis cinq semaines. Les résultats de son parti, présent dans toutes les circonscriptions, seront un enseignement clé avant le second tour de la présidentielle du 13 octobre. »

Fragmentation et échec de la classe politique classique

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle anticipée a révélé à quel point les électeurs rejettent désormais les dirigeants des partis qui gouvernent la Tunisie depuis 2011. Rejet que tous les instituts de sondage avaient anticipé, rappelle le correspondant du Point. « Les deux leadeurs de la coalition au pouvoir ont mordu la poussière : Abdelfattah Mourou, candidat d’Ennahdha, a terminé en troisième position quand le président du gouvernement Youssef Chahed pointait en cinquième position avec moins de 8 % des suffrages exprimés. Nidaa Tounes n’existe guère. Les partis d’opposition ont été également emportés par la mauvaise humeur populaire ambiante. Le Front populaire, agrégation de partis d’extrême gauche, dont la figure de proue, le militant historique Hamma Hammami, n’a pas dépassé le 1 %. »

Arrivé en tête de cette élection, c’est le juriste conservateur Kaïs Saied qui veut incarner les valeurs et les revendications de la révolution de 2011. « L’homme, soutenu au second tour par Ennahdha, a dit que ‘les élections législatives ne le concernaient pas’. S’il est élu, il souhaite supprimer son élection au suffrage universel direct. Elle se ferait via des conseils d’élus locaux », rappelle Benoît Delmas.

Le Point note par ailleurs comment, dans ce contexte, le parti « Coalition de la dignité », dirigé par l’avocat Seiffedine Makhlouf, est en train de surfer sur la vague de conservatisme cristallisée par l’ascension de M. Saied. « Sur la question des libertés individuelles, il [Makhlouf] est en accord avec Kaïs Saied : non à l’égalité homme-femme dans l’héritage, pour la peine de mort, pour la poursuite de la criminalisation de l’homosexualité. Il veut moderniser l’économie du pays, souhaite le numériser. Il considère que la France ‘occupe’ la Tunisie, ‘vole’ ses richesses. Il pourrait être la grande surprise des législatives. »

Au moins cinq partis pour obtenir une coalition stable

Une coalition parlementaire de 109 députés est essentielle pour obtenir la majorité. En 2014, l’alliance de Nidaa Tounes, la formation politique arrivée en tête, avec Ennahdha, assurait cette majorité : 86 députés pour le premier, 68 pour le deuxième. « Cinq ans plus tard, il faudrait au minimum l’alliance de cinq partis pour construire un semblant de coalition. Difficile à croire tant les antagonismes sont forts. L’ARP a six mois pour adouber un président de gouvernement », poursuit Benoît Delmas. Si l’Assemblée n’arrive pas à faire émerger une coalition stable, le président de la République peut alors dissoudre le Parlement et appeler à de nouvelles élections…

Avec Le Point

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