Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé vendredi que la Turquie avait capturé 287 personnes qui s’étaient échappées de prisons pour membres de l’EI en Syrie après le déclenchement de l’offensive d’Ankara. Photo : AFP

La Turquie commence à expulser des jihadistes étrangers capturés en Syrie

La Turquie a déclaré avoir commencé à expulser des membres étrangers de l’Etat islamique placés en détention chez elle. Une initiative qui risque d’avoir des retombées diplomatiques avec ses alliés européens.

Un citoyen américain a déjà été rapatrié et sept ressortissants allemands doivent être rapatriés chez eux le 14 novembre, a annoncé lundi le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Ismail Catakli. Les démarches en vue de préparer l’expulsion deux citoyens irlandais, 11 français et trois danois sont également en cours, a-t-il déclaré. Les suspects n’ont pas été identifiés immédiatement.

La Turquie n’est pas un « hôtel » pour les jihadistes étrangers

Le ministre de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a déclaré la semaine dernière qu’Ankara commencerait à renvoyer les combattants de l’organisation jihadiste Etat islamique dans leur pays lundi prochain, même s’ils étaient déchus de leur citoyenneté, affirmant que la Turquie n’était pas un « hôtel » pour les jihadistes étrangers.

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M. Catakli, cité par la chaîne de télévision NTV, a lui affirmé que « trois autres militants de l’Etat islamique placés dans des centres de déportation seront renvoyés aujourd’hui ». Le Guardian précise que la Turquie a pour objectif de rapatrier environ 2500 militants, dont la majorité seront envoyés dans les pays de l’Union européenne, comme l’a en effet déclaré le radiodiffuseur d’Etat TRT Haber, ajoutant qu’il y avait 813 jihadistes répartis dans 12 centres de détention dans le pays.

« Ankara a maintes fois critiqué les pays européens en particulier pour avoir refusé de reprendre l’un des ressortissants étrangers détenus dans des prisons turques et de leur avoir retiré leur citoyenneté », estime le quotidien britannique. La Turquie a capturé 287 personnes supplémentaires, dont des femmes et des enfants, à la suite de l’invasion par Ankara des zones de la Syrie contrôlées par les Kurdes, a déclaré Soylu.

Nombreux apatrides

Ankara n’a pas communiqué le nombre total et la nationalité de ceux qu’elle envisage de renvoyer chez eux, ni les détails sur la mise en marche et la gestion de cette nouvelle politique.

Plusieurs pays européens, y compris le Royaume-Uni, ont déchu des combattants de l’EI de leur citoyenneté pour empêcher leur retour, laissant ainsi en dehors de leurs frontières de nombreux apatrides et « créant aussi un problème pour Ankara », estime Le Guardian.

La ministre française de la Défense, Florence Parly, a déclaré à la radio France Inter ce lundi matin qu’elle ne savait pas encore s’il y avait eu un rapatriement « précis » à ce stade, mais a précisé que la France avait mis en place un protocole de rapatriement strict avec la Turquie « qui nous permet, lorsque des situations de ce type surviennent, de rapatrier vers la France des terroristes ». Ce protocole a été organisé et conclu parce que « nous ne voulons pas être confrontés à des retours sauvages de terroristes », a-t-elle ajouté.

Des diplomates britanniques ont eux indiqué Au Guardian que cette « politique ne semblait pas s’appliquer » aux ressortissants britanniques détenus par la Turquie. Aine Davis, membre de la cellule « The Beatles », qui a décapité des otages en Syrie, purge actuellement sept ans et demi de prison dans une prison turque.

Le Guardian rappelle d’ailleurs que depuis 2010, le Royaume-Uni a déchu de leur nationalité plus de 100 citoyens en raison de leurs liens présumés avec l’EI, al-Qaïda, al-Shabab et d’autres groupes terroristes. « Cette politique a conduit à des batailles juridiques prolongées dans certaines affaires très médiatisées, notamment celles de la militante de l’EI Shamima Begum et d’un autre membre présumé, Jack Letts, tous deux détenus par les forces kurdes en Syrie. »

Ankara a lancé une offensive contre des combattants kurdes début octobre, après que Donald Trump a retiré les troupes américaines de la région qui avaient servi de tampon entre la Turquie et la Syrie. Le 23 octobre, l’AFP indiquait que plus de 100 prisonniers affiliés à l’EI s’étaient depuis échappés en Syrie.

Environ 90 000 hommes, femmes et enfants liés à l’EI sont détenus par les forces kurdes dans le nord de la Syrie. L’offensive turque a suscité de nombreuses inquiétudes quant au sort des prisonniers. Les alliés occidentaux de la Turquie et les Kurdes de Syrie ont averti que cela pourrait entraver la lutte contre l’EI, voire contribuer à sa résurgence.

Longtemps « soupçonnée d’avoir laissé les jihadistes traverser sa frontière » pour se rendre en Syrie après le début du conflit qui déchire ce pays depuis 2011, la Turquie, frappée par plusieurs attentats commis par l’EI, a rejoint en 2015 la coalition anti-jihadiste. Mais, indique Le Monde, les autorités turques ont été accusées ces dernières semaines « d’affaiblir la lutte contre les éléments dispersés de l’EI » en lançant, le 9 octobre, son offensive contre les forces kurdes du Nord-Est syrien, notamment les Unités de protection du peuple (YPG), « fer de lance du combat » contre l’EI.

N.B.

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