La vague populiste européenne est-elle en train de s’essouffler ?

La vague populiste européenne est-elle en train de s’essouffler ?

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Depuis quelques années, avec les multiples crises économiques, la précarité, le décalage de plus en plus grand entre le peuple et les élites, puis avec la vague d’immigration sans précédent due aux réfugiés des pays en conflit, l’Europe a connu et continue de connaître la montée en puissance des mouvements populistes, voire extrémistes. Un repli identitaire, la montée de la xénophobie, la division des sociétés européennes : la Hongrie de Victor Orban, de la droite nationaliste, l’Autriche qui a failli voir un président de la République d’extrême-droite élu au le suffrage universel, les britanniques ont choisi de quitter l’Union européenne, et les différents sondages indiquent que les français sont de plus en plus tentés par Marine le Pen, ou encore les Pays-Bas avec Geert Wilders. Pour l’heure, on ne peut encore en juger de manière définitive, les élections approchent et l’Europe est aux aguets.
Cependant, on note un léger affaiblissement chez certains, comme le cas du parti britannique Ukip. Est-ce le fameux épuisement après l’atteinte des apogées ? Comme un « pic » avant une rechute prévisible ? La question est posée par la très sérieuse Fondation Carnegie pour la paix internationale, un « think tank » américain qui estime que si c’était le cas, les conséquences internationales seraient profondes.

L’institution américaine fonde largement son hypothèse sur le fait que Donald Trump, dont la victoire le 8 novembre dernier, a marqué le sommet de cette tendance au populisme, est en train de perdre de sa crédibilité et des passions qu’il avait suscitées lors de sa campagne électorale, son modèle commence même à battre de l’aile selon eux. Son début de mandat est marqué par les affaires et les renoncements et les nombreuses démissions ne sont pas là pour apaiser la population américaine.

L’analyse pointe que l’échec – certes relatif – du parti d’extrême-droite FPO aux élections présidentielles autrichiennes a déjoué les pronostics, et que le parti populiste britannique Ukip n’a pas saisi la victoire des partisans du Brexit pour remporter des élections partielles ayant eu lieu par la suite; ce qui permet de réenvisager une lecture de la situation politique, qui depuis quelques mois est sensiblement différente : les scrutins néerlandais, français et allemand ne sont plustout aussi jouables pour les forces populistes que certains l’imaginaient après le succès de Trump.

Ce qui s’est passé avec Donald Trump n’est pas à la source de la montée des mouvements populistes en Europe, ce n’est pas pour suivre le modèle américain que les européens se sont mis à suivre cette tendance, les explications sont bien évidemment plus complexes, et les histoires ne sont pas tout à fait les mêmes, même si la crise économiques a touché de plein fouet autant le continent américain qu’européen. Mais peut-être que l’effet des attentats terroristes est ressenti différemment en Europe, avec parallèlement la peur de l’arrivée massive de potentiels terroristes, rengaine des extrême-droites européennes dans leur ensemble.
Mais il est vrai qu’il y a un dénominateur commun : le rejet des élites et du « système ». Et à ce sujet les divers électorats sont facilement convaincus ; la victoire de Donald Trump n’assure pas de la victoire potentielle de Marine Le Pen en France, mais prouve que cela peut être crédible et que des politiques nationalistes peuvent être menées sans trop de résistance.

Pour savoir si, effectivement toute la population européenne est tombée sous le charme de l’« anti-système » et du populisme, il faudra attendre les votes néerlandais mercredi, et français les 23 avril et 7 mai, dans lesquels sont engagés les leaders les plus symboliques de ce qu’on appelle l’extrême-droite, ou de manière plus douce « les mouvements populistes » Geert Wilders et Marine Le Pen.
Ce qui est remarquable et qui marque un changement d’époque, c’est le déficit de confiance du peuple envers les partis « historiques » et/ou « traditionnels », qui passent pour des hommes ou femmes non intègres, ne tenant pas leurs promesses, ou encore ne représentant pas un bon exemple de fiabilité au vu des nombreuses affaires de corruption ou autres abus de biens sociaux dont de plus en plus nombreux, ils sont accusés.

« Plus que l’essor des idées populistes, le paysage européen montre d’abord l’incapacité à se renouveler des forces politiques classiques dont le « logiciel » est resté coincé dans le vieux monde industriel. Leur échec face aux inégalités produites par la mondialisation, et leur discrédit a poussé les électeurs, en particulier ceux des classes populaires, dans les bras de ceux qui, à défaut d’incarner une alternative crédible, expriment le mieux leur colère. », c’est ce qui ressort de l’analyse du journaliste Pierre Haski, dans le Nouvel Observateur.

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