Un bus à Abidjan. Photo : AFP

L’Afrique pourrait représenter la moitié des émissions de pollution d’ici à 2030

Un séminaire s’est tenu fin novembre 2019 à Paris sur la qualité de l’air dans les villes d’Afrique de l’Ouest. Il rendait compte, notamment, d’une étude menée en 2016, le programme DACCIWA. A cette occasion, seize partenaires scientifiques ont réalisé une étude afin de mieux comprendre les impacts de la pollution en Afrique de l’Ouest. L’étude montre que l’Afrique pourrait représenter la moitié des émissions de pollution dans le monde d’ici à 2030.

« Des moyens lourds ont été mis en œuvre, notamment trois avions de recherche, pour suivre la pollution de l’air. Les grandes villes côtières du golfe de Guinée, qui sont aussi souvent des ports importants, ont ainsi été étudiées », résume Franceinfo Afrique. Démographie explosive, urbanisation massive, déforestation anarchique : « l’Afrique de l’Ouest fait face à des changements majeurs, qui augurent un triplement de la pollution d’origine anthropique entre 2000 et 2030 », résume le communiqué de presse final du projet Dynamics Aerosol Chemistry Cloud Interactions en Afrique de l’Ouest (DACCIWA) datant de 2016.

Forte concentration de dioxyde d’azote dans les villes africaines

Le communiqué précise que parmi les lourds moyens mis en œuvre dans le programme DACCIWA, trois avions de recherche ont notamment permis de suivre la pollution de l’air des ports et des grandes villes côtières (Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou, Lagos) vers l’intérieur des terres. Des moyens importants ont aussi été déployés au sol : pendant deux mois, trois sites lourdement instrumentés, au Ghana, au Bénin et au Nigéria, ont mesuré de façon continue les nuages et beaucoup des phénomènes physiques qui contribuent à leur formation ou à leur dissipation. Le tout a été financé à hauteur de 8,75 millions d’euros par l’Union européenne, rapporte pour sa part Franceinfo. Ces études ont révélé, comme le résume le média français, une « forte concentration de dioxyde d’azote et de dioxyde de soufre dans l’air de ces villes. Pour Abidjan, l’étude relève trois grandes causes de pollution. La circulation automobile est bien sûr au cœur du problème, mais ne constitue pas la première cause de pollution ».

Les chercheurs ont remarqué qu’au premier rang des facteurs aggravants figurent les feux domestiques, à savoir l’utilisation du bois ou du charbon de bois pour la cuisson. « La gestion des déchets arrive en deuxième position, en particulier à cause des pratiques d’incinération non contrôlée et des décharges à ciel ouvert. Quant à la circulation automobile, elle cumule plusieurs problèmes. La congestion du trafic, l’utilisation de vieux véhicules et d’essence soufrée », poursuit Franceinfo.

Pollution atmosphérique et décès prématurés

L’étude d’Abidjan a elle permis de montrer une corrélation significative entre le nombre de visites à l’hôpital de la population et les concentrations de particules fines dans l’air. La fréquence est plus élevée pour les enfants, particulièrement présents sur les sites des décharges, tandis que pour les femmes, le risque se situe surtout en cuisine. Selon une étude de l’OCDE citée par le journal Le Monde et Franceinfo, entre 1990 et 2013, les décès prématurés causés par la pollution atmosphérique ont ainsi connu une hausse de 36 % en Afrique. Plus largement, le quotidien français expliquait le 29 novembre 2019 que sur les cartes répertoriant les foyers de pollution dans le monde, l’Afrique est souvent traversée de grandes zones blanches, là où d’autres continents apparaissent en rouge, jaune ou orange.

« Pourtant, il ne faut pas s’y tromper : ‘Si on ne fait rien, l’Afrique pourrait représenter la moitié des émissions de pollution dans le monde d’ici à 2030’, avertit Cathy Liousse, directrice de recherche au laboratoire d’aérologie du CNRS, à Toulouse. Des propos tenus devant la centaine de chercheurs, décideurs et spécialistes venus participer au Séminaire international sur la qualité de l’air dans les villes d’Afrique de l’Ouest francophone, organisé jeudi 28 et vendredi 29 novembre, à Paris, par l’Observatoire mondial des villes pour la qualité de l’air (Guapo) », précisait Le Monde.

L’Afrique : un « pollueur majeur »

Franceinfo alerte également que « mine de rien, l’Afrique est ainsi un pollueur majeur. Car, à cet inquiétant tableau, il faut également ajouter la pollution industrielle. Des experts prédisent que d’ici à 2030, le continent pourrait représenter la moitié des émissions de pollution dans le monde. La démographie en forte hausse et la concentration urbaine ne faisant qu’accentuer le phénomène ».

Le programme DACCIWA, financé par l’Union européenne et coordonné par le Karlsruher Institut für Technologie en Allemagne, s’intéresse aux liens entre météorologie, climat et pollution de l’air en Afrique de l’Ouest, de la Côte d’Ivoire au Nigéria. Il a permis pour la première fois à des scientifiques d’étudier intégralement les impacts des émissions naturelles et anthropiques sur l’atmosphère de cette région, ainsi que sur la santé des populations, grâce à une campagne de terrain de grande ampleur menée en juin et juillet 2016.

N.B., avec Franceinfo

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