Regueb
L’école coranique de Regueb/mosaiquefm.net.

Retour sur le choc suscité par l’affaire de l’école coranique de Regueb

« Viols d’enfants, travail forcé… Une école coranique scandalise la Tunisie », a par exemple titré hier Le Nouvel observateur.

L’affaire découverte par une équipe de télévision dans un établissement coranique au centre du pays, à Regueb, où une quarantaine d’enfants sont maltraités et abusés est un cas « qui pourrait ne pas être isolé », estiment plusieurs observateurs tunisiens. Le journal français, en s’appuyant sur leurs dires, explique qu’il s’agit là d’une « affaire monstrueuse qui anime les débats tunisiens depuis quelques jours. Parce qu’il s’agit de violences à l’encontre d’enfants, des actes – soupçonne-t-on – couverts par certaines autorités locales et commis dans un milieu islamiste radical connu, ce drame a soulevé l’indignation. La découverte de ‘l’école taliban’ de Regueb inquiète ».

Publiée par Bochra Bel Haj Hmida sur Mardi 5 février 2019

Le scandale a éclaté dans le pays et sur les réseaux sociaux après la diffusion, le 31 janvier, d’une enquête filmée en caméra cachée dans l’émission Les Quatre Vérités de Hamza Belloumi, sur El Hiwar Ettounsi. Réalisé en cachette dans un petit internat privé coranique de la ville de Regueb, le reportage dévoile l’endoctrinement de petits garçons, dont la formation est uniquement destinée à étudier des matières religieuses. Mais l’enquête évoque aussi des travaux forcés, la traite d’êtres humains ainsi que de graves sévices sexuels infligés à ces enfants. Très vite, l’école a été fermée et son directeur, poursuivi pour traite d’êtres humains, incarcéré.

Une quarantaine de mineurs scolarisés dans cet établissement ont depuis été pris en charge par les autorités. Et le Premier ministre Youssef Chahed s’est rendu au centre d’hébergement où ils ont été accueillis, assurant que « l’Etat est déterminé à poursuivre ceux qui ont commis des crimes contre ces enfants ».

Opinion publique scandalisée

L’opinion publique a été scandalisée par l’affaire, « s’interrogeant en particulier sur la surveillance dont font, ou plutôt ne font pas, l’objet les écoles privées tunisiennes », dit encore le journal français, citant certaines des indignations exprimées sur les réseaux sociaux, telles que : « Comment ces enfants ont-ils pu arriver là ? » Cette école, aujourd’hui décrite comme « l’école taliban de Regueb », fondée en 2012, « était en effet dirigée par un homme impliqué dans l’envoi de jeunes Tunisiens en Syrie », rappelle le journal français.

Le magazine en ligne Réalités Online a révélé que cet homme disposait sur son compte bancaire d’une fortune « dépassant les deux milliards » de dinars. « Des moyens qui contrastent avec les conditions insalubres dans lesquelles les enfants étaient logés », relève l’Obs.

La militante et médecin Lilia Bouguira, qui a pu aller à la rencontre des enfants sortis de cet internat, décrit dans une tribune publiée par Business News et Kapitalis des adolescents « chétifs pour la plupart, maigres, le regard fuyant », ayant subi un formatage « comme s’ils avaient fréquenté des camps d’entraînement ». Elle écrit : « Pour ces enfants nourris à la culpabilité, la dévalorisation et le mensonge, ils n’ont même pas ce statut de se reconnaître en tant que victimes puisque la souffrance, la maltraitance et le viol sont conçus comme des récompenses. »

Et beaucoup s’interrogent naturellement sur l’ampleur du phénomène : « D’autres écoles de la sorte existent-elles dans le pays ? » « Quel contrôle exerce l’Etat ? » « Comment prendre soin de nos enfants ? », se scandalisent en effet les Tunisiens.

« Inaction » du gouvernement

Fustigeant l’inaction, considérée comme complice, des acteurs du dispositif judiciaire et policier, mais également du parti islamiste Ennahdha, l’écrivain Azza Filali écrit qu’en définitive, « l’affaire du centre de Regueb démontre, encore une fois, que la seule force capable de changer les choses reste la société civile. Et derrière elle, les citoyens, de plus en plus secoués par des affaires qui se suivent et se ressemblent », dans les colonnes du Huffpost Maghreb. Mais elle prévient que cette « révoltante » affaire ne sera sans doute pas la dernière. « D’autres secousses nous attendent », affirme l’écrivain, qui partage l’avis de la députée Bochra Bel Haj Hamida.

Pour poursuivre et juger les pédophiles de l’église catholique il a fallu plus de décennies.En Tunisie on commence à…

Publiée par Bochra Bel Haj Hmida sur Dimanche 3 février 2019

L’avocate mise sur l’avenir et appelle à prendre patience : « Pour poursuivre et juger les pédophiles de l’église catholique il a fallu plus de décennies. En Tunisie on commence à peine à ouvrir le dossier de ces crimes. Cela va être une bataille très rude. » « […] ayant été confrontée à la résistance de différents intervenants, il me semble que nous devons rester vigilants sans nous prononcer sur toutes les mesures prises, n’étant pas mieux outillés que la justice et surtout que les délégués de la protection de l’enfance (une institution à saluer et à encourager) pour savoir ce qui est dans l’intérêt supérieur des enfants », a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

N.B

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