L’Afrique, entre résilience et défis

L’Afrique, entre résilience et défis

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En 1962, René Dumont, agronome français, publiait un livre dont le titre, « l’Afrique noire est mal partie », résumait à lui seul, la situation réellement problématique que connaissait l’Afrique à tous les niveaux au lendemain des indépendances. Cette formule devenue célèbre allait façonner durablement l’image de l’Afrique : celle d’un continent déchiré par les conflits, voué à la famine, aux pandémies et aux fléaux de toutes sortes. Image négative qui pouvait se justifier à l’époque, mais qui ne correspond plus aux réalités actuelles générées par les évolutions que connait le continent depuis le tournant du XXIe siècle.

Aujourd’hui un vent d’optimisme souffle sur l’Afrique. Celle-ci est parvenue, en effet, ces dernières années à réaliser des progrès significatifs tant au niveau de ses indicateurs économiques fondamentaux qu’en matière de développement humain. Progrès, confirmés par de nombreux organismes régionaux et internationaux, et qui se reflètent dans la réalisation, depuis une décennie environ, d’un taux de croissance annuel de l’ordre de 5 %, soit le taux le plus élevé au monde après celui des pays asiatiques. Selon le rapport annuel de la BAD de 2013, l’Afrique a d’autre part accompli des progrès notables sur la voie de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ainsi certains indices de développement humain connaissent une amélioration : le nombre des conflits violents a régressé; le taux de pauvreté extrême (moins de 1,25 USD/jour) est passé de 56,5 % en 1990 à moins de 48 % aujourd’hui ; le taux de scolarisation au niveau du primaire est de l’ordre de 90% ; des progrès importants ont été accomplis en matière de lutte contre le sida et la tuberculose, de recul de la mortalité infantile et d’allongement de l’espérance de vie. La proportion des sièges occupés par les femmes dans les parlements nationaux africains, est de 20% environ en moyenne, soit un taux plus élevé que celui de certains pays développés. Ces performances ont conféré au continent africain une certaine résilience et contribué à améliorer son image et son attractivité. C’est ce qui explique, sans doute, l’intérêt, voire la convoitise, qu’il suscite auprès de ses partenaires traditionnels (Europe et États-Unis), ainsi qu’auprès des pays émergents dont en particulier la Chine, l’Inde, et le Brésil, et d’autres encore comme la Russie, la Corée du Sud, la Turquie, le Japon, Israël, l’Iran, ou le Maroc.

L’Afrique, atouts et enjeux

   L’une des principales motivations à l’origine de cet intérêt a trait à l’importance du potentiel africain en termes de ressources naturelles, et d’approvisionnement en matières premières. L’Afrique dispose, en effet, de 12% des réserves mondiales de pétrole et du tiers des ressources minières de la planète (uranium, cuivre, cobalt, manganèse, or, diamant…), ainsi que de nombreux produits agricoles et forestiers (café, cacao, bois tropicaux…) destinés à l’exportation. A titre d’exemple, le continent africain fournit   environ 50% de la production mondiale de diamant et 40% de la production de platine. Les partenaires, anciens et nouveaux, de l’Afrique sont intéressés en particulier par le pétrole dont leurs économies ont grandement besoin, d’autant plus que l’instabilité du Moyen-Orient et les risques inhérents à cette région les incitent à rechercher en Afrique des sources d’approvisionnement alternatives. A titre d’exemple l’Afrique subsaharienne assure 27% et 21 % des importations pétrolières respectives de la Chine et de l’Inde et 70% des importations du Brésil. Les importations pétrolières des USA en provenance du continent africain, notamment du Golfe de Guinée, sont en constante augmentation par rapport à celles en provenance du Moyen-Orient. Dans la nouvelle configuration géopolitique qui s’annonce où la sécurisation des sources d’approvisionnement en matière d’hydrocarbures et de minerais devient un enjeu majeur pour l’avenir, l’Afrique revêt une importance indéniable.

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