L’ALECA

L’ALECA : un débat utile : Il faut une volonté réelle d’élimination des restrictions et discriminations

L’ALECA est de ces barbarismes sortis de la bureaucratie bruxelloise, de la Commission Européenne s’entend, pour désigner l’accord qui doit être négocié avec la Tunisie mais avec d’autres pays du sud de la Méditerranée pour élargir l’Accord d’association que notre pays a été le premier à conclure avec l’ensemble européen en juillet 1995, à l’agriculture et aux services. Mais celui qui conçut cet acronyme n’a pas eu la main heureuse. Car on a beau lire complet et approfondi le terme libre échange ne passe pas. Il est même synonyme d’inquiétudes et d’appréhensions. Car comment imaginer que la petite Tunisie dont l’agriculture n’est pas subventionnée comme l’est son homologue européenne à coup de milliards d’euros puisse tenir la concurrence devant une agriculture tunisienne qui reste peu mécanisée et largement aux mains de petits exploitants sans grands moyens. Commet aussi les banques, assurances et autres services tunisiens peuvent-ils se défendre si leurs homologues européens entrent en scène. Mais par-dessus tout comment envisager le libre échange quand celui ne concerne que les marchandises, les fonds, les investissements mais ne concerne pas les personnes. Surtout que les Européens peuvent accéder librement à la Tunisie quand nos ressortissants sont assujettis aux visas. N’est-ce pas discriminatoire puisque les entrepreneurs Tunisiens, comme on l’a constaté d’ailleurs peuvent perdre des marchés sur le seul fait que leurs employés ne peuvent se rendre dans les pays européens faute d’avoir obtenu le fameux sésame.

Toutes ces questions étaient en tête lors de la table ronde sur le sujet organisée le 24 octobre dans un hôtel de Gammarth conjointement par l’Initiative méditerranéenne pour le Développement (MDI) que préside avec brio Ghazi Ben Ahmed, l’association des anciens ambassadeurs et consuls généraux et la Fondation Konrad Adenauer. Cet événement a constitué le baptême du feu Hichem Ben Ahmed, secrétaire d’état au Commerce extérieur nouvellement nommé négociateur en Chef en charge de l’Aleca. L’occasion pour lui de rencontrer pour la première fois son homologue M. Ignacio Garcia Bercero négociateur en Chef de l’UE.

Depuis mai 2016, le coup d’envoi des négociations est donné. Mais cela n’avance pas au rythme souhaité. Cela n’avance pas du tout, peut-on même dire. Les Européens ont confié la tâche au commissaire chargé du commerce. La Tunisie a fait de même en nommant le secrétaire d’Etat au commerce extérieur comme négociateur en chef. Est-ce la bonne démarche. Le sujet est pourtant hautement politique. Pour les Tunisiens du moins. Et le reléguer à une affaire de commerce n’en est pas moins révélateur d’un état d’esprit. Le ministère des affaires étrangères devait prendre une bonne part sinon une part essentielle dans cette question primordiale. Car cela concerne la défense des intérêts essentiels de la Tunisie. Son absence de ce débat où le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères était annoncé mais qui n’est pas venu sans qu’une explication soit donnée, veut-il dire que la diplomatie tunisienne se désintéresse d’un sujet qu’elle a toujours porté à bout de bras. De 1969 à 1995 en passant par 1976, c’est le ministère des affaires étrangères qui a toujours mené les négociations. Pourquoi cela va-t-il changer maintenant.

En tout état de cause, et la plupart des intervenants l’ont souligné la Tunisie n’a pas d’autre choix que d’établir un contrat nouveau et plus élargi avec l’Union Européenne. Mais ce contrat de partenariat-terme plus large et plus éloquent que le libre échange- doit prendre en considération les déséquilibres structurels existant entre les deux pays. Maintenant que la Tunisie se conforme aux règles de la démocratie, de l’Etat de droit, de la justice indépendante, des libertés individuelles et des droits de l’Homme, elle mérite un traitement particulier. De même, il est impératif qu’il y ait de la part des Européens une volonté réelle pour l’élimination de ce que Tahar Sioud président de l’Association tunisienne des anciens ambassadeurs et consuls généraux-une référence en matière de négociation avec la partie européenne puisqu’il a été partie prenante dans les négociations de 1976 et 1995- appelle, sans fard ni circonvolutions les restrictions et les discriminations. Car il ne fait pas de doute-et le débat l’a prouvé- que l’élément fondamental d’une relation d’égal à égal est la liberté de circulation des personnes- ou tout du moins dans une phase transitoire une facilitation de l’accès en Europe des acteurs économiques. Pourquoi ne pas envisager dans cet accord de partenariat un volet relatif à l’émigration régulière des jeunes Tunisiens. C’est d’autant plus important que cela constitue une question d’actualité et le restera. L’envisager n’a rien d’hérétique puisque la population européenne vieillit et que l’apport d’un pays doté d’une jeunesse éduquée et entreprenante ne peut qu’être un enrichissement pour les deux rives de la Méditerranée.

L’association de la société civile tunisienne à la conception du meilleur accord possible est un indicateur de l’engagement de celle-ci en sa faveur, mais aussi un gage pour une adhésion de la population à ses dispositions. Surtout que la vigilance de cette société civile permettra aux inquiétudes d’être exprimées et aux souhaits d’être portés à concrétisation. Cela n’a pas manqué au cours de ce débat. Comme l’écrit Ghazi Ben Ahmed, président de l’Initiative méditerranéenne pour le développement le débat engagé ce 24 octobre a été l’occasion pour la société civile d’exprimer son inquiétude tout en marquant son souhait de voir ces négociations avancer. Il ressort de cette rencontre qu’il ne saurait y avoir de progrès sans études au préalable qui identifieraient les points forts et les vulnérabilités de notre économie. Cela a été une des principales recommandations. »
Un accord « équitable et inclusif » a été la demande essentielle notamment pour la mobilité des professionnels. Le négociateur en Chef de la Tunisie le secrétaire d’Etat Hichem Ben Ahmed a saisi d’ailleurs la balle au bond pour souligner qu’il «est impératif d’avoir un accord équilibré notamment en termes de mobilité pour les professionnels et les fournisseurs de services afin de pouvoir bénéficier concrètement de l’accès au marché des services de l’Union européenne ».

Pour sa première sortie en cette qualité, il, a affirmé que les études portant sur l’impact attendu des négociations avec l’Union européenne, autour de l’ALECA sur les secteurs de l’agriculture et des services étaient en train d’avancer. Il a annoncé qu’un bureau d’études tunisien a été choisi pour réaliser une étude d’évaluation de l’accord d’association de 1995, faisant part du souci du gouvernement tunisien de faire participer les différentes composantes de la société civile, particulièrement des experts, des compétences universitaires et des ingénieurs aux négociations avec l’Union européenne.

Dans son allocution à l’ouverture de la table ronde, Hichem Ben Ahmed a affirmé que la Tunisie s’était inscrite dans ces négociations, partant de sa foi en cet accord, en tant que moteur de croissance, à même de réaliser une valeur-ajoutée, et de renforcer la capacité compétitive des entreprises tunisiennes pour accéder au marché européen, qui compte 500 millions de consommateurs. Une meilleure intégration entre les marchés tunisien et européen vise, selon lui, à améliorer le climat des affaires ; ce qui permettra de relancer l’investissement et de créer des postes d’emploi.

Le projet d’accord constitue, a-t-il ajouté, un prolongement naturel des relations bilatérales tuniso-européennes, étant donné que les deux parties sont liées par un accord d’association datant de 1995, en vertu duquel les produits industriels ont été libérés.

Le négociateur en chef avec Bruxelles a appelé à tenir compte de la spécificité du modèle de développement social et économique de la Tunisie, de l’étape que traverse l’économie nationale, et de l’intérêt suprême du pays, et de faire en sorte que l’accord soit équilibré.
Vous trouverez ci-joint le texte de l’allocution de M.Tahar Sioud, président de l’ATAACG à l’ouverture de la Table-ronde ainsi que les remarques qu’il a présentées lors du panel auquel il a pris part.
RBR

 

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer