L’Algérie : Destination prometteuse pour les profils tunisiens spécialisés et les professionnels...

L’Algérie : Destination prometteuse pour les profils tunisiens spécialisés et les professionnels du tourisme

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La crise du chômage en Tunisie s’est particulièrement accentuée depuis la révolution de 2011, notamment avec l’état de guerre et de troubles en Libye, où plusieurs tunisiens s’y rendaient pour travailler.

Aussi, les problèmes économiques en Union Européenne, la complication des procédures d’obtention de permis de travail dans les pays du Golfe et la chute des cours de pétrole ont tous été des facteurs déterminants ayant renforcé le chômage surtout parmi les jeunes diplômés et la main-d’œuvre qualifiée.

Dans ce contexte, Sarra Hanafi, juriste consultante pour le Bureau international du travail (BIT) à Tunis, a affirmé : « Malgré une proximité culturelle et des similitudes de mode de vie, l’Algérie n’était initialement pas la première destination des Tunisiens à l’étranger en ce qui concerne l’emploi. Ces derniers préféraient la Libye, le Moyen-Orient et l’Union Européenne ».

Toutefois, cette configuration géopolitique importante a ouvert les portes aux tunisiens pour exploiter de nouvelles voies, notamment avec leur allié historique et stratégique, l’Algérie. Selon Jeune Afrique, on compte un nombre grandissant de tunisiens traversant les frontières tuniso-algériennes en tant qu’employés qualifiés. Même si le chômage est un fléau important en ce pays voisin, certains profils tunisiens demeurent très recherchés et toujours demandés.

Il semble que les tunisiens et les algériens, qui font entre-autres face à des problèmes socio-économiques similaires, en plus du terrorisme, ont décidé de collaborer pour réduire leurs problèmes communs. Concrètement, cet effort a commencé depuis 2014, avec la réactivation de la convention de libre circulation entre les deux pays. Cet accord a été signé depuis 1960 et suspendu de manière non-déclarée sous le président déchu Ben Ali, à partir de la « décennie noire » en Algérie pour des raisons sécuritaires.

La réactivation de cet accord est d’une importance capitale pour le renforcement des relations bilatérales tuniso-algériennes. Elle permet aux tunisiens de travailler en Algérie et d’éviter les procédures administratives longues pour l’installation d’entreprises et le lancement d’affaires et inversement pour la partie algérienne en Tunisie.

Jamel, ingénieur tunisien en électromécanique souvent en mission dans l’ouest algérien, confère son point de vue : « La Libye avait besoin d’ouvriers, tandis que l’Algérie recrute des profils spécialisés ».Il met l’accent sur un point important, à savoir la qualité des employés recherchés par les entreprises algériennes.

La décision du gouvernement algérien, fin avril 2017, de relancer le secteur touristique en Algérie avec la construction de 450 unités hôtelières et thermales (dont 100 seront réceptionnées en 2017) peut ouvrir de véritables perspectives aux professionnels de ce secteur en Tunisie. En effet, ces derniers ont déjà multiplié les meetings avec la partie algérienne et des accords ont été signés pour permettre aux tunisiens de former leurs homologues algériens.

Hisham Ben Khamsa, professionnel opérant dans le domaine de l’audiovisuel a indiqué : « Il y a en ce moment même 200 techniciens tunisiens qui travaillent dans le cinéma et l’audiovisuel dans notre pays ». Des entreprises algériennes à l’instar de Condor ont commencé à s’installer en Tunisie et vice versa. On compte une centaine d’entreprises tunisiennes en partenariat avec un investisseur algérien (qui doit détenir au moins 51% des parts selon les lois en vigueur). Ces entreprises évoluent dans des domaines variés et prometteurs comme la distribution, le tourisme, l’industrie automobile, l’ingénierie, les nouvelles technologies et l’habillement.

La proximité des tunisiens, leurs qualifications, leur capacité à s’adapter et leur acceptation de salaires moins élevés que d’autres cadres étrangers sont des facteurs qui favorisent leur recrutement sur le marché de l’emploi algérien et leur intégration dans une économie en pleine mutation.

Sarra Hanafi appuie cette lecture en indiquant que « l’Algérie est elle aussi confrontée à un chômage endémique mais ces créneaux spécialisés ne trouvent pas preneurs et restent porteurs… Son modèle économique, en pleine mutation, vise à réduire ses importations et à augmenter la production locale et, dans ce contexte, les Tunisiens disposent d’atouts majeurs, d’autant qu’ils acceptent des salaires moins élevés que d’autres cadres étrangers, moyen-orientaux ou européens».

Au niveau des individus, beaucoup de tunisiens survivent aujourd’hui grâce à des petits commerces établis entre la Tunisie et l’Algérie, surtout dans les villes frontalières où le développement est limité.

Sur le plan des grandes sociétés, notons que le géant de la distribution Carrefour, qui a quitté l’Algérie en 2009 suite à un désaccord avec son partenaire algérien Acrofina était de retour en juin 2015, mais cette fois en partenariat avec le groupe familial tunisien de Nabil Chaïbi, UTIC (Ulysse Trading & Industrial Companies). Ce dernier s’est arrangé pour créer avec Asicom (Société d’investissement algéro-saoudienne), la co-entreprise HDA (Hyper Distribution Algérie), qui elle, exploite l’enseigne Carrefour dans toute l’Algérie.

La Tunisie et l’Algérie qui ont toujours eu des rapports d’amitié et de fraternité sont aujourd’hui en mesure de donner un véritable élan à leur collaboration, pour qu’elle prospère au-delà de la sécurité des frontières et de la guerre commune contre le terrorisme. Cultiver des intérêts économiques en commun et renforcer les liens fraternels via le tourisme (qui s’intensifie également du côté des tunisiens vers les villes algériennes) ne peut qu’appuyer leurs efforts de se positionner dans une région sujette à des changements politiques, sociaux et économiques importants.

N.B

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