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AFP/Getty Images/nypost.com

L’Algérie : prochain « terrain meurtrier » du monde arabe ? (New York Post)

Des milliers d’Algériens envahissent les rues de leur pays depuis le 16 février pour protester contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel. Ces manifestations, d’une ampleur inédite, ont conduit le chef de l’Etat à renoncer à briguer un nouveau mandat et à reporter à une date indéterminée les élections. Dans ce contexte, « les Américains devraient surveiller de près le lancement du Printemps arabe 2.0 qui menace de ravager l’Afrique du Nord et au-delà », estime l’éditorialiste Benny Avni dans les colonnes du New York Post.

Le soulèvement a éclaté pour la première fois il y a trois semaines, après que le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé son intention de se représenter le 18 avril à l’élection présidentielle. Agé de 82 ans, il est au pouvoir depuis près de vingt ans. « Depuis une décennie, les Algériens ont à peine pu faire entendre leur voix », estime le journaliste américain.

Une coterie de bureaucrates « n’a fait qu’une bouchée » de l’Algérie

Pour lui, c’est une coterie de généraux, d’hommes d’affaires et de bureaucrates qui a dirigé le pays pour « n’en faire qu’une bouchée ». Le chômage est élevé, en particulier chez les jeunes, qui constituent la majorité de la population. Une économie morose conjuguée aux élans d’une jeunesse dynamique est la meilleure recette pour qu’un soulèvement ait lieu, estime l’éditorialiste.

Lundi, le président algérien de 82 ans a annoncé qu’il renoncerait à briguer un cinquième mandat. Et l’élection a été reportée à l’année prochaine, prolongeant son règne jusqu’à une date indéterminée. Ainsi, « plutôt que de mettre fin aux manifestations, sa décision ne fait qu’ajouter de l’essence au feu. [Mais] ces flammes resteront-elles confinées à l’Algérie ? » interroge-t-il.

Revenant sur les mouvements sociaux qu’a traversés la Tunisie en 2010-2011, l’auteur dit estimer que ces derniers ont déclenché une décennie de troubles dans le monde arabe. Au lieu d’introduire la démocratie dans la région, ils ont contribué à une prise de contrôle des islamistes et à la guerre civile ailleurs dans la région, souligne-t-il. « Depuis lors, les guerres dans la région ont tué près d’un million de personnes. Les réfugiés ont inondé l’Europe. Un nouveau groupe islamiste, l’Etat islamique, a créé un ‘Califat’ couvrant le Levant et la Mésopotamie », explique encore Benny Avni, ajoutant que ce printemps arabe a, par certains côtés, été « ruineux ».

Mettre fin à l’interventionnisme et promouvoir le dialogue

L’Amérique, fatiguée de faire figure de « policier mondial depuis un siècle », a tenté en vain de rester à l’écart, et lorsque le président Barack Obama est finalement intervenu pour aider à renverser Mouammar Kadhafi, « nous n’y avons pas très bien réussi », estime M. Avni. « La Libye d’aujourd’hui reste un terreau anarchique pour les extrémistes. De plus, après s’être retirés d’Irak, les troupes américaines ont dû rentrer pour se battre contre l’Etat islamique. Et le président Trump est revenu sur sa récente décision de retirer toutes les troupes de Syrie », poursuit-il.

Malgré la débâcle du Moyen-Orient, « pouvons-nous nous permettre d’ignorer une nouvelle phase potentielle de troubles arabes ? » Certes, l’Algérie pourrait bien être un cas unique. Bouteflika a réussi à échapper au sort de ses collègues dictateurs, en partie parce que la brutale guerre civile entre l’armée et les islamistes des années 1990 a laissé « des traces dans la psyché algérienne ».

Pour le journaliste, les scènes de rue algériennes démontrent que les « républiques » arabes sont fragiles. Les royaumes arabes – Jordanie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Maroc – ont mieux traversé le chaos de cette décennie que les républiques. Une nouvelle génération de rois assez jeunes est plus sensible aux désirs de la rue que leurs frères « élus », bien que les uns et les autres connaissent des troubles périodiques.

La Tunisie, modèle prometteur

Il estime que la rébellion algérienne pourrait ressembler « aux champs de la mort en Libye, en Syrie et au Yémen ». « Encore une fois, la Tunisie d’aujourd’hui est un modèle prometteur pour une sorte de printemps, avec un gouvernement élu et responsable. Le parti islamiste tunisien, Ennahdha, a renoncé à l’islam politique et la constitution tunisienne qu’Ennahdha a ratifiée est la plus libérale du monde arabe », poursuit-il.

Inciter Alger à mieux écouter les revendications de la rue

Avec toutes ces tendances déroutantes, que doit faire l’Amérique ? « N’écrivez pas un chèque en blanc aux régimes répressifs. Comme le dit Jonathan Schanzer de la Fondation pour la défense des démocraties, ces régimes alimentent le terrorisme, l’extrémisme et l’instabilité. Dans le même temps, Washington ne peut pas ‘adopter une révolution complète’. Au lieu de cela, les Etats-Unis devraient promouvoir des réformes durables », analyse-t-il.

Selon lui, Washington a suffisamment d’influence sur Alger pour inciter ses dirigeants à mieux écouter la rue et à adopter des réformes. L’alternative – révolution, guerre civile, répression continue, nouveaux groupes terroristes – « risque de causer des problèmes futurs ». « Et cela ne se limitera pas à l’Afrique du Nord », conclut le New York Post.

N.B.

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