L’art de la déradicalisation : quand des pays des quatre coins du...

L’art de la déradicalisation : quand des pays des quatre coins du monde excellent dans la lutte contre l’extrémisme

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Récemment, un rapport sur le retard des français en matière de lutte contre la radicalisation a été rendu public. En effet, l’étude exhaustive menée par des sénatrices met l’accent sur l’aspect à la fois dépassé et inefficace des traitements des autorités françaises face au fléau de l’extrémisme.
En Tunisie, on continue justement à suivre le modèle français « qui ne fait plus ses preuves ». On compte toujours sur les compétences sécuritaires et sur l’intervention violente sans jamais aller vers la source du mal et tenter une approche préventive.
En revanche, des pays comme l’Indonésie, le Maroc, l’Autriche, la Grande-Bretagne et Burkina Faso sont parvenus à inventer des moyens nettement plus performants grâce à une meilleure compréhension du problème et une conscience qui vise de soigner avant d’amputer.
Comment l’extrémisme se propage-t-il ?
Le premier point que ces pays et bien d’autres ont réalisé à propos du djihadisme c’est qu’il s’agit d’abord d’une idée, d’un discours et d’une manipulation mentale de haut niveau. Ainsi, il s’agit avant tout d’un ennemi invisible qui s’infiltre partout où il y a des failles de bons sens afin de submerger le cerveau par une violente avalanche de dogmes. Hors, pour combattre un tel ennemi, il faudrait jouer sur le même terrain de jeu, celui des idées. Et pour y parvenir, ce n’est pas les moyens qui manquent, mais c’est surtout une stratégie globale et solide à long terme, qu’il faudrait élaborer, renforcer et mettre à jour en continu.
Discours contre discours
La radicalisation est d’abord cognitive, elle trouve dans les cerveaux de jeunes inexpérimentés un terrain fertile qu’elle envahit progressivement, surtout quand il s’agit de jeunes défavorisés, enfants de quartiers, issus d’un milieu conflictuel, d’un couple peu harmonieux, etc.
Ainsi, pour faire face au discours radical, il faudrait opposer un discours différent, mais adapté et tout aussi convaincant. Ce dernier doit puiser dans la bonne culture du pays-même tout en s’inspirant des valeurs universelles pour être proche et compréhensible par tous. Une recherche en cours pour l’UNESCO donne un aperçu des moyens de lutte verbale trouvés par certains pays dans le monde.
A titre d’exemple, cinq jours après les attentats de Paris, le Nahdlatul Ulama, la plus importante organisation musulmane de masse d’Indonésie, a mis en ligne une vidéo intitulée « Rahmat Islam Nusantara », sous-titrée en arabe et en anglais. Il s’agit d’un film de 90 minutes qui contre à l’aide d’arguments solides point par point la lecture faite par Daech du Coran et des hadiths.

L’Education, toujours au cœur du débat
L’UNESCO compte sur sa recherche afin de consolider ses propres approches en matière de lutte contre le djihadisme qui touche un grand nombre d’adolescents, de jeunes et même d’enfants à travers le monde. L’organisation compte ainsi sur la création d’un refus « spontané » chez les catégories les plus ciblées en les armant par des valeurs humaines et les ouvrant à la vie et à la différence. Pour cela, l’éducation joue un rôle essentiel afin de conférer un sentiment fort d’appartenance à une communauté forte et aimante qui exclue toute radicalisation.
En Belgique, l’association Maks déployée sur Molenbeeck et de Scharbeeck a opté pour la projection d’histoires digitales où l’on voit des personnages se présenter et évoquer leurs vies dans le cadre du projet « Je suis Ahmed, Léonie, Charlie, of net niet… ».
Ce genre d’initiatives met l’accent sur la diversité de manière créative et proche des nouvelles générations. Elles sont appuyées par le gouvernement qui mise sur le numérique comme un espace de liberté où les plus jeunes sont invités à produire eux-mêmes leurs propres contre-discours « animés ».
Sur le plan universitaire, l’université de Vienne a élaboré le programme « Vienna Observatory for Applied Research on Radicalism and Extremism », ayant pour vocation de « produire des éléments de narration visant à contrecarrer l’idéologie radicale et à les diffuser dans le monde ». Analyse de discours et de stratégies de communications sont au cœur du projet. Ensuite, une équipe d’experts se penchent sur la confection du contre-discours et du discours alternatif.

L’engagement de l’Etat, des personnalités publiques et des victimes du terrorisme
Mobiliser tous les acteurs potentiels et les parties influentes sur le plan politique, social, intellectuel et même émotionnel est un facteur déterminent dans la réussite de l’opération de la « déradicalisation ».
Une campagne nationale marocaine baptisée « Non au discours de la haine » a été lancée en juin dernier. Celle-ci vise à étendre les valeurs de la tolérance et du refus du discours radical dans toutes les régions du pays. En Inde également, plusieurs programmes semblables ont été mis en place face à l’augmentation d’attaques sur le sous-continent.
Au Danemark, Aarhus a mis des jeunes qui risquent la radicalisation en contact avec des mentors chevronnés. L’action a pour objectif de corriger les comportements et pensées inadéquats tout en apprenant à s’intégrer pleinement dans la société danoise. Au Royaume-Uni, le prince de Galles a lancé un programme de repérage et de développement des jeunes talents dans les milieux défavorisés.
Les victimes quant à elles peuvent jouer un rôle important via leurs témoignages émouvants. Les parents des djihadistes peuvent de leur côté faire partie des victimes indirectes de la radicalisation. Saliha Ben Ali, mère d’un radicalisé parti en Syrie dirige aujourd’hui une association de prévention SaveBelgium qui multiplie les actions de sensibilisation dans les quartiers. AIVITER en Italie a réalisé le projet C4C, soutenu par la Commission européenne et œuvrant à « contrer le terrorisme » par la diffusion d’une « contre-narration » basée sur les discours des victimes directes du fléau.
Dans le même objectif, Düsseldorf en Allemagne fournit une formation baptisée « Les imams, des ambassadeurs de la démocratie » qui lutte contre les discours radicaux de certaines mosquées.
Les espaces culturels, des espaces de prévention et de liberté
La culture reste l’une des meilleures armes préventives de lutte contre la radicalisation. Elle a le mérite de passer via diverses activités accessibles aux foules et dont les messages forts passent quasi-immédiatement.

A titre d’exemple, au Burkina Faso, une tradition verbale s’est transformé en une excellente arme contre le discours radical. Il s’agit de proposer des sketchs autour du terrorisme où les opinions divergent au maximum afin de créer un comique qui frise la caricature et exposer le spectateur au ridicule du discours extrémiste, voir l’impliquer dans l’expérimentation de son degré de bêtise. Notons qu’en Afrique de l’Ouest, cette tradition du patrimoine culturel commun à la région est populaire, elle vise entre-autres à mettre l’accent sur les liens ethniques, sociaux, affectifs, au-delà des conflits.
Sur les scènes de théâtre, plusieurs pièces tentent d’approcher le sujet de l’extrémisme de manière originale qui va du comique au tragique. Ismael Saidi via sa pièce Jihad en est un exemple. Les initiatives de jeunes via des vidéos spontanées devenues virales ont aussi joué leur rôle, « Marseille répond à Daech » ou « Un Africain s’adresse aux terroristes » illustrent bien l’idée.
Enfin, le Québec via son centre de prévention de la radicalisation a compris l’enjeu psychologique du renforcement positif des individus à baisse estime de soi et que les organisations terroristes pourraient plus aisément recruter dans ses rangs. Ainsi, les ateliers dédiés à « l’art de s’exprimer » et « à se dire » ont été partout plantés particulièrement dans les milieux enclins à la violence.
Pour conclure, un point commun entre toutes ces initiatives est à retenir, la volonté de prévention et la foi en les modalités pacifistes face à un discours radical, violent et anti-vie. Plutôt que de procéder en mobilisant exclusivement des moyens sécuritaires, ces pays ont opté pour des solutions plus subtiles, car ils pensent que la seule façon de protéger leurs citoyens de ce fléau, n’est pas d’éliminer les terroristes, mais la graine-même du terrorisme.
N.B

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