Editorial : Le monde arabo-musulman mérite mieux que ça !

Editorial : Le monde arabo-musulman mérite mieux que ça !

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Le monde arabo-musulman se trouve de nouveau face aux démons de la division au moment où le reste de la planète cherche à isoler les éléments qui appellent au séparatisme, comme l’indiquent les mésaventures des partis indépendantistes en Europe. Les forces de la division parmi nous sont celles-là mêmes qui se présentent comme le porte-drapeau de l’Islam qu’il se définisse comme sunnite ou chiite. En fait, l’Islam n’a rien à voir avec ces divisions et les déchirements que nous vivons présentement sont plus liés à une lutte d’influence régionale qu’à un désir de défendre notre religion. Qu’on en juge !

Le Royaume d’Arabie Saoudite, pays des principaux lieux saints de l’Islam, vit une période difficile avec, en perspective, une passation houleuse du pouvoir de la vieille génération à une nouvelle génération théoriquement mieux éduquée, plus ouverte sur le monde et apparemment portée sur les réformes, mais qui est en train d’utiliser les mêmes moyens pratiqués ailleurs pour écarter les rivaux potentiels et asseoir une autorité qui n’a aucun lien avec le système démocratique qu’ils ont eu à connaitre sur les bancs des universités occidentales. Pire encore, le prince « trentenaire » qui dirige cette génération, semble penser que le salut réside dans l’imposition d’un « ordre nouveau » régional. D’aucuns parlent déjà d’une nouvelle coalition, qui lierait les pays arabo-musulmans de la région non pas à leurs frères de religion, de culture et de destin mais à une superpuissance lointaine, les Etats Unis d’Amérique de M. Donald Trump (et leur « protégée », Israël), qui se croient autorisés à façonner un monde arabo- musulman nouveau mieux soumis à leur stratégie va-t-en-guerre actuelle, à leurs objectifs économiques et aux intérêts d’Israël, tout en siphonnant ce qui reste des ressources financières de la région.

Certes, les liens avec cette superpuissance ne sont pas nouveaux mais les pères, oncles et grands-pères des nouveaux dirigeants en herbe en Arabie Saoudite ont toujours eu à cœur d’observer une attitude discrète à son égard et ont, en tout cas, évité de s’immiscer ouvertement dans les affaires internes des autres pays de la région et encore moins de participer ou de diriger des actions agressives militaires ou autres contre eux ou de mettre la main dans celle d’une autre puissance régionale qui domine tout un peuple arabe, l’agresse et s’approprie ses terres. Ensuite, il y a eu le fameux Sommet américano-arabo-islamique de Ryad en mai dernier qui a scellé l’entente contre nature entre d’un côté les nouveaux dirigeants saoudiens (et ceux qui étaient disposés à les suivre) et de l’autre M.Trump. Ce journal avait alors exprimé des craintes quant aux conséquences éventuelles de cette entente (voir l’éditorial du 24 mai 2017). Force est de constater que ces craintes commencent à se vérifier !

Aujourd’hui nous assistons à un renversement complet de la situation au point où nous ne reconnaissons plus cette terre sacrée vers laquelle nos yeux et nos cœurs se tournaient. En effet, à peine l’Irak, qui a été victime des mauvais calculs des uns et des autres, commence-t-il à soigner ses blessures, et alors que la Syrie voisine, victime elle aussi d’actions déstabilisatrices dont certaines ayant eu pour origine de pays « frères », tente de récupérer toutes ses terres, une nouvelle guerre est lancée au Yémen par une « coalition arabe » dirigée par l’Arabie Saoudite menant des opération sans précédent de destruction de vies humaines et d’infrastructures, de blocus contre un peuple soumis à la famine et aux maladies que la communauté internationale ne cesse de décrier et que l’islam ne peut que rejeter. Le régime de Qatar, hier seulement allié dans les opérations de déstabilisation et d’endoctrinement islamiste (comme en témoigne récemment le grand déballage médiatique de l’ex-premier ministre qatari Hamad bin al-jassim al thani) est devenu un ennemi à abattre parce qu’il a donné des signes de vouloir rééquilibrer ses alliances. Le Liban, pays de la coexistence délicate entre les religions et les communautés, est lui aussi en passe d’être de nouveau déstabilisé. L’Egypte, la Libye et peut être d’autres pays encore plus à l’ouest courent des risques alors qu’ils ne sont pas encore totalement remis d’un « printemps » arabe ayant mal tourné et d’un terrorisme islamiste venu essentiellement des doctrines obscurantistes nées dans des contrées à l’est de la Mer Rouge. Le tout dans le but d’isoler l’Iran taxé de tous les maux de la terre, en courant le risque de mettre en péril tous les gains enregistrés récemment !

D’autre part, les héritiers de la révolution iranienne qui avaient bâti leur image extérieure sur la lutte en faveur de la justice pour les « opprimés », la fraternité islamique et la quête de la paix dans la région et dans le monde se sont transformés ces dernières années en dirigeants avides de grandeur et obnubilés par le désir de se protéger de l’extérieur en s’armant jusqu’aux dents, y compris par des moyens non conventionnels, et en essayant avec l’appui de la Russie en quête de réhabilitation, et plus récemment de la Turquie qui se souvient de son passé Ottoman, d’étendre leur influence bien au-delà de leurs frontières, en visant surtout les communautés chiites d’Irak, de Syrie, du Liban, du Yémen.…c’est-à-dire les mêmes zones objet des convoitises du grand rival sunnite saoudien.
Quoi de plus normal dans ces conditions que de voir deux régimes aux égos surdimensionnés, ayant dans leur ligne de mire une zone géographique pratiquement la même, entrer en conflit indirect par le biais des pays arabes en question ? Pourtant, n’étaient la folie des grandeurs et les incitations malveillantes extérieures aucun de ces pays, aucune de ces communautés n’aurait représenté un danger réel pour l’une ou l’autre des deux puissances rivales. Ces puissances elles-mêmes, qui ont vécu côte-à-côte en paix pendant des siècles, n’ont aucune raison palpable d’être aujourd’hui de féroces ennemis !

Quel gâchis ! Et dire qu’avec les moyens scientifiques, techniques et financiers qu’ils ont acquis, les richesses dont ils recèlent et la position stratégique dont ils peuvent se prévaloir, en plus des ouvertures modernistes qu’ils connaissent, ces deux pays auraient pu créer ensemble les conditions d’une renaissance arabo-islamique sans précédent ! Au contraire c’est la guerre qu’ils alimentent, une guerre qui a commencé par des pays satellites et risque tôt ou tard de les englober pour mener à leur affaiblissement total et peut être à leur désintégration, une guerre dont les seuls bénéficiaires seront les puissances extérieures lointaines qui soutiennent l’une ou l’autre des deux parties ainsi que la puissance régionale toujours à l’affût, Israël.

Le monde arabo-islamique mérite certainement mieux que ça ! Il mérite des dirigeants qui oublient les querelles idéologique d’une époque révolue entre sunnites et chiites et mettent ensemble leurs ressources et leurs capacités pour reconstruire les pays détruits par la guerre, combattre les ennemis communs que sont la pauvreté dans de nombreux lieux de notre ensemble régional, le terrorisme qui continue à sévir et les forces du mal qui continuent de bafouiller les droits des arabes et des musulmans, en particulier en Palestine et en Birmanie.

Le monde arabo-musulman mérite aussi des organisations régionales courageuses, qui, à la différence de la Ligue des Etats Arabes et l’Organisation de la Coopération Islamique actuelles, ne se cramponneraient pas dans une attitude complice ou faussement neutre, oseraient attirer l’attention sur les déviations d’où qu’elles viennent et seraient le véritable fer de lance d’une coopération et d’une solidarité sans faille. Ce qui nous éviterait à tous de nous soumettre demain aux pressions, aux menaces ou aux flatteries de toute puissance extérieure quelle qu’elle soit !

Le monde arabo-musulman mérite par-dessus tout des gouvernements nationaux qui sortent enfin de leur indifférence et de leurs problèmes de gestion quotidienne pour « mettre le holà » avant qu’il ne soit trop tard en attirant l’attention des deux puissances qui se préparent au cataclysme, qu’ils s’orientent en fait vers leur autodestruction et celle de toute la région. En tout état de cause, ces gouvernements, y compris le nôtre, devraient éviter de se laisser entrainer dans toute nouvelle coalition qui pourrait se créer pour mener la prochaine bataille qui pourrait être réellement la « mère des batailles » ou plutôt la « mère des débâcles » de ce début du 21ème siècle !Les pays éloignés de la zone directe du conflit s’il devait advenir, dont la Tunisie, devraient consolider davantage leur front interne afin d’éviter, autant que possible, d’être atteints par ses éventuelles étincelles.

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