Editorial: Le monde change : Que faisons-nous pour l’accompagner ?

Editorial: Le monde change : Que faisons-nous pour l’accompagner ?

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Le monde change. C’est un constat dont tous les observateurs avertis-ou presque tous-sont aujourd’hui convaincus. Il change sur le plan des politiques intérieures de nombreux pays déterminants et par voie de conséquence sur le plan de leurs politiques extérieures, les deux étant de plus en plus liés. Avec la crise des réfugiés, le BREXIT britannique, l’élection de Donald Trump aux Etats Unis d’Amérique et les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en France (et peut être prochainement des développements similaires dans d’autres pays comme l’Allemagne) c’est toute une page de la vie des nations qui est tournée pour céder la place à une nouvelle phase dont les contours ne sont pas encore tout à fait clairs mais qui, à l’arrivée, pourrait rendre le terme « Communauté Internationale » fortement aléatoire. Pour survivre dans l’époque qui s’annonce les pays de dimensions moyennes et modestes, y compris la Tunisie, semblent devoir plus que jamais compter sur leurs propres capacités et sur les possibilités qu’offrent les ensembles régionaux -dans la mesure où ils existent- car les règles internationales que l’on jugeait immuables semblent être destinées à s’effriter.

L’on pourrait répliquer que les perspectives de relations internationales saines se présentent sous un meilleur jour avec le succès du jeune « centriste » Emmanuel Macron à reléguer à la seconde place la candidate du Front National français au premier tour, avec la possibilité qu’un sursaut « républicain » le porte le 7 mai prochain à la présidence. Toutefois, outre que ses idées sur plusieurs sujets d’ordre international restent insaisissables, M. Macron, s’il est Président de la République Française, sera amené à tenir compte d’un environnement national et international peu propice à l’ouverture politique, économique et en matière de flux humains entre l’Europe et le reste du monde, surtout sa partie dite « en développement ». Le populisme, l’isolationnisme et le protectionnisme semblent désormais ancrés dans des pans entiers de certaines sociétés occidentales et au-delà et pourraient s’avérer irréversibles et devenir un facteur essentiel dans l’approche de tout politicien quelle que soit son appartenance. Ceci serait d’autant plus vrai pour M. Macron qu’il aurait probablement à composer avec une majorité parlementaire- y aurait-il d’ailleurs une majorité stable ?- qui ne lui serait pas totalement acquise, lui qui n’a pas encore son assise politique propre. La situation d’incertitude qui pourrait s’en suivre, et qui serait encore plus dramatique si sa rivale venait à l’emporter, pourrait produire une politique extérieure française, peu ou prou, influencée par les tendances parcourant actuellement le monde anglo-saxon et certains autres pays, en particulier en Europe de l’Est, à savoir la fermeture sur soi, le refus de l’autre, en particulier celui relevant de la « présence islamique » en Occident, le rejet du libéralisme et des règles du commerce mondial avec une propension pour des actions militaires « musclées » et en dehors de la légalité internationale en défense de ce qui est perçu comme intérêts nationaux. En un mot, il s’agirait d’un déni pur et simple du modèle politique, économique et juridique international que le monde a mis plus de soixante dix ans à mettre en place avec, en haut de la pyramide, un système multilatéral fonctionnel bien qu’à certains égards affaibli. Un signe qui ne trompe pas : le nombre exceptionnellement élevé de jeunes de moins de 25 ans, traditionnellement si généreux et si ouverts, qui votent de nos jours pour les partis et les personnalités d’extrême droite……

En espérant que les prochaines échéances électorales en Europe et dans d’autres pays n’aggravent pas les tendances décrites ci-dessus mais servent au contraire à les ralentir, il reste à craindre que, quelles que soient les conditions, le monde sera demain moins ouvert à l’investissement extérieur et aux dispositions commerciales particulières en faveur des économies naissantes et en transition, moins tolérant à l’égard de l’émigration légale (et encore moins « clandestine » et celle des « réfugiés » que nos conflits internes produisent à un rythme toujours plus grand) et enfin moins généreux s’agissant de l’aide internationale en faveur des pays en développement .
Les pays de dimensions moyennes et modestes auront la rude tâche de compter demain et dans l’avenir prévisible sur eux-mêmes aux niveaux national, régional, sous régional, voire interrégional, pour compenser le manque à gagner grave qui risque de se faire sentir au niveau de leurs comptes extérieurs et, d’une manière générale, pour défendre leurs intérêts de tous genres dans un monde en pleine mutation et qui s’annonce peu hospitalier à l’égard des moins forts et des moins nantis. Ces pays, y compris arabes, maghrébins et africains, dont la Tunisie, sont appelés à mettre enfin de côté les calculs de politique intérieure pour se consacrer, dans le cadre d’une vie politique saine mais surtout dans la concorde, à relever les défis qui les attendent et à développer des relations de complémentarité loin de l’autarcie destructrice mais en pleine connaissance de leurs faiblesses ainsi que des moyens réels dont ils disposent s’ils étaient utilisés à bon escient.

Outre les ensembles régionaux et sous régionaux, dont certains ont donné la preuve de leur maturité, et qu’il faut tous dynamiser, pourquoi ne pas penser à redonner vie à des groupements dits « du Sud » qui ont eu naguère leur mot à dire dans la stabilisation des relations internationales, tels le « Groupe des 77 » et le « Mouvement des Non Alignés » et qui, nés dans des conditions différentes mais non moins difficiles, peuvent, avec les réformes nécessaires, aider les pays concernés à faire face d’une manière solidaire aux nouvelles réalités qui risquent fort de se présenter à eux dans un proche avenir ?

La diplomatie tunisienne, qui avait joué dans le passé un rôle actif dans la création et le développement de ces groupements et d’autres cercles d’amitié et d’action commune dans le monde, pourrait avec d’autres et sans animosité pour quiconque, reprendre le flambeau de la solidarité et de la coopération internationale face à la tentation de l’isolement et de la confrontation.

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