Le monde doit-il s’inquiéter de l’élection de Donald Trump à la présidence...

Le monde doit-il s’inquiéter de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis?

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Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur, ancien Représentant Permanent de Tunisie auprès de l’ONU

Depuis la date du 8 novembre 2016 qui a vu le triomphe inattendu de Donald TRUMP pour devenir le prochain Président des Etats Unis d’Amérique, les analyses n’ont pas manqué pour expliquer les raisons de ce retournement de situation alors que Hillary CLINTON était auparavant donnée gagnante par la plupart des instituts de sondage américains, par les observateurs et les médias. Un consensus semble se dégager sur le fait que le milliardaire de l’immobilier et ses collaborateurs étaient pratiquement les seuls à avoir vu venir le bouleversement survenu dans l’orientation politique de l’électorat américain qui s’éloigne de plus en plus des grands principes libéraux de la démocratie américaine pour se laisser entraîner par la crise identitaire, la peur, le rejet des élites du pays et l’isolationnisme à l’égard de l’étranger, ou ce que certains observateurs appellent « le nationalisme populiste ». Doit-on voir dans cette tendance la confirmation de ce que d’aucuns décrivent comme le déferlement de l’extrême droite dans le monde occidental qui pourrait se vérifier à l’occasion des prochaines consultations électorales en Europe et ailleurs? Autrement dit, sommes-nous à la veille d’une période de la vie des nations où va prévaloir le « chacun pour soi »et où le sentiment de « l’interdépendance des problèmes de la planète nécessitant la mondialisation des solutions » laisse la place à l’individualisme et au « realpolitiks »en politique étrangère?
Sans verser à ce stade dans un quelconque pronostic définitif, il n’en demeure pas moins que le verdict de l’élection présidentielle américaine appelle, de la part des non-américains comme nous, à un effort de compréhension des répercussions probables de cette nouvelle orientation de la pensée politique américaine sur le monde et sur notre région et notre pays. Ceci d’autant plus que le prochain président américain est en passe de s’entourer de proches collaborateurs dont certains sont certes tirés de « l’establishment » républicain mais dont les responsables choisis ou pressentis pour les postes de défense, de sécurité et de renseignements sont connus pour être extrémistes, notamment vis-à-vis des musulmans et des immigrés. Et même s’il finit par sélectionner M.Mitt Romney, son ancien rival au Parti républicain, présenté comme relativement « modéré » et diplomatiquement plus « lisse » pour être son Secrétaire d’Etat (ou Ministre des Affaires Etrangères) à la place d’un « va-t-en guerre » comme John Bolton ou un « dur » en matière d’immigration comme Rudy Giuliani, il n’en reste pas moins que la prochaine administration risque d’être fortement déséquilibrée en faveur des ultraconservateurs et des islamophobes.
Faut-il donc que le monde, tout particulièrement les pays musulmans, s’inquiètent de la nouvelle donne américaine? Ce monde qui, à l’instar de la plupart des acteurs politiques outre-Atlantique a pensé, à quelques exceptions près, que le scrutin mettait aux prises deux candidats poursuivant les mêmes idéaux pour l’Amérique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ne divergeant que sur les moyens d’y parvenir. Pourtant, le fait que pendant les mois de la campagne électorale le candidat Trump s’est abstenu de dévoiler avec précision les contours de la politique étrangères qu’il entendait suivre(ce qui a obligé les chercheurs intéressés à s’adonner à des supputations à ce sujet)aurait du donner à réfléchir: Pour M.Trump, « Rendre à l’Amérique sa grandeur » ne viendra pas en premier de l’extérieur mais plutôt de l’intérieur. Les points de départ et d’arrivée de la présidence Trump seront donc, en toute vraisemblance, les objectifs de sa politique intérieure et tout le reste, y compris les relations extérieures, sera au service de ces objectifs, comme le veut le principe cher aux ultraconservateurs du « America first » ou « l’Amérique d’abord ». Il serait bon de résumer les principaux objectifs dont il s’agit en se demandant quelles répercussions chacun peut avoir sur les rapports des Etats Unis avec l’extérieur:
1/Objectif de renforcer la sécurité intérieure devant ce que M Trump voit comme le danger de l’immigration :

Il ne fait aucun doute que la tolérance devant les flux migratoires manifestée par les autorités américaines, toutes administrations confondues, est légendaire, a été de tout temps objet d’admiration et est l’un des instruments de la croissance fulgurante des Etats Unis d’Amérique et de sa grande diversité qui fait sa véritable richesse. Il est aussi un fait que le pays a toujours fait preuve d’ingéniosité pour absorber ces flux en recourant à de nombreux procédés dont la régularisation de ceux entrés illégalement. Aujourd’hui, on découvre, grâce à Donald Trump, que ces derniers sont pour la plupart des « criminels » qu’il faut déporter par millions (on parle du départ forcé aux tous premiers jours de la nouvelle administration de pas moins de trois millions de personnes « qui sont des criminels, ont des casiers judiciaires, appartiennent à des gangs, sont des trafiquants de drogues… », en attendant le tour des huit autres millions en situation « irrégulière »….) Ainsi, le candidat Trump, qui a réuni autour de son nom les électeurs blancs toutes catégories confondues (à l’exception des jeunes) l’a fait en donnant à ces électeurs un sentiment d’insécurité. Ce sentiment n’est pas nécessairement le résultat d’un regain de « racisme blanc », comme certains le disent, mais celui d’une mauvaise lecture des motivations de la plupart de ceux qui cherchent à s’installer aux Etats Unis d’Amérique longtemps considéré comme le pays « des opportunités », lecture alimentée et instrumentalisée à des fins politiques. Le même sentiment d’insécurité implanté dans le cœur des américains a donné la justification aux autres propositions de M.Trump, comme celle relative à la construction d’un mur sur la frontière avec le Mexique, la libéralisation de l’acquisition et du port d’armes à feu par les américains, etc.
Outre les effets de ce renforcement supposé de la sécurité sur les équilibres intérieurs du pays et sur son économie (avec le départ en bloc de millions d’ouvriers et de techniciens bon marché), les mesures ainsi préconisées, si elles sont mises à exécution, ne manqueraient pas de mettre en difficulté la nouvelle administration américaine avec de nombreux voisins en Amérique centrale et Amérique latine et au-delà qui rechigneront sûrement à reprendre autant de personnes refoulées ce qui risque de faire voler en éclats la solidarité interaméricaine si nécessaire à la sécurité extérieure des Etats Unis, sans parler des conséquences sur d’autres pays fournisseurs de migrants et des mesures de rétorsion qui pourraient en découler.
2/Objectif d’éviter de nouvelles attaques terroristes contre le sol et les intérêts américains en s’en prenant à l’islamisme (voire à l’Islam) à la source, en limitant l’entrée des musulmans aux Etats Unis, en dénonçant toute connivence passée avec « l’islam politique » toutes tendances confondues et en s’en prenant tout particulièrement à l’Iran et à l’accord nucléaire qui lie ce pays à six grandes puissances y compris les Etats Unis:

Cet objectif a aiguisé le sentiment de vulnérabilité chez des américains habitués au confort d’un pays naguère hermétiquement protégé mais qui ,depuis les évènements de 2001, connaît une série d’actes terroristes imputés chaque fois à des « islamistes ». En même temps le candidat Trump n’a pas manqué tout au long de sa campagne de relever le « double langage » de l’administration Obama et de son ancienne secrétaire d’état, Hillary Clinton qui, tout en se disant engagés dans le combat anti –terroriste, réconfortaient des mouvements islamistes présentés comme « modérés » en les aidant à faire partie de certains gouvernements arabo-musulmans au nom du pragmatisme et d’une certaine vision de la démocratie et des principes des droits de l’Homme. Aussi le candidat Trump a-t-il promis une lutte sans merci contre « le terrorisme islamiste » à l’étranger, en y incluant un imaginaire « terrorisme nucléaire » iranien, la limitation de l’accès des visiteurs musulmans en territoire américain, outre l’application aux musulmans qui y sont déjà installés « illégalement »des mesures d’expulsion massive. La possibilité d’un enregistrement spécial des musulmans se trouvant sur le sol américain a été également évoquée.
Bien que le renforcement de la lutte anti-terroriste visant les mouvements islamistes violents ne peut être accueilli que favorablement par la communauté internationale, y compris les pays musulmans, et bien que le retour à la tolérance zéro à l’égard de « l’islam politique » pourrait rencontrer l’assentiment de plusieurs de ces pays, Il ne fait aucun doute que la réalisation indiscriminée de l’objectif sus visé par le prochain président pourrait soulever des interrogations et même des conflits. Ainsi, ceux qui n’ont pas oublié les aventures guerrières de l’administration Bush jr suite aux évènements de 2001 ne manqueront pas de redouter de nouvelles aventures contre certains pays musulmans qui pourraient être accusés, à tort ou à raison, d’encouragement au terrorisme comme ce fut le cas naguère de l’Irak accusé de possession illégale d’armes de destruction massive. Par ailleurs, les mesures consulaires spéciales qui seraient prises contre les personnes de confession musulmane pourraient se traduire par l’application du principe de la réciprocité. Enfin, revenir sur l’accord nucléaire avec l’Iran reviendrait à rouvrir le dossier de la prolifération nucléaire au Moyen Orient avec ce que cela signifie de dangers pour la paix régionale et mondiale.
3/Arrêter l’hémorragie d’emplois aux Etats Unis imputée aux importations non contrôlées , à la délocalisation industrielle, à la politique commerciale et financière de la Chine et aux contraintes imposées par les accords commerciaux internationaux et régionaux ainsi que les traités en matière de respect de l’environnement et de limitation du réchauffement climatique:

En dépit des succès enregistrés par l’Administration Obama en matière de création de nouveaux emplois, Il est aujourd’hui reconnu que le déplacement de voix qui s’est fait en faveur de M.Trump était de la part des millions de personnes ayant perdu leurs emplois dans les secteurs traditionnels ou ceux parmi la classe moyenne et ouvrière qui craignaient de perdre les leurs et on leur a fait croire que la raison en est la délocalisation, les importations et les conventions internationales et non une transformation normale des conditions de travail dues à la mondialisation qui profite aux Etats Unis plus qu’aux autres pays.
Il est certain que toute tentative d’introduire des règles trop protectionnistes en matière de commerce et d’investissements internationaux se heurtera à la résistance, voire l’application des règles de réciprocité et autres sanctions commerciales, des partenaires des Etats Unis et des organismes de règlementation, tels que l’OMC. De même que toute velléité de dénoncer unilatéralement ou de se retirer des accords commerciaux internationaux ou régionaux existants tels que NAFTA, liant les Etats Unis et les autres pays d’Amérique du Nord ou le TPP liant les Etats Unis à des pays de la zone pacifique, ouvrira la « boîte de Pandore » et nuira sûrement aux intérêts à long terme des Etats Unis. Quant au projet d’accord de libre échange entre les Etats Unis et l’Union Européenne, qui piétine déjà, il risque, sous Donald Trump, de recevoir le coup de grâce ce qui pourrait mettre à mal l’alliance avec ceux parmi les pays européens qui y sont particulièrement attachés, comme l’Allemagne. Quant au retrait éventuel du nouveau traité sur le climat, les réactions véhémentes des organisations internationales et des ONG actives dans le domaine ainsi que des pays qui y attachent une importance particulière ne se sont pas fait attendre et risquent d’aller crescendo occasionnant une grande gêne pour la nouvelle administration américaine. En tout état de cause, les intentions exprimées par le candidat Trump sur tous ces sujets annoncent, si elles sont appliquées, une guerre commerciale et juridique sans merci, guerre dont nul ne sortira vainqueur. Il reste que l’application des mesures économiques et commerciales draconiennes prévues contre la Chine, devenue puissance économique de premier ordre et détenant des moyens de pression financière importants vis-à-vis des Etats Unis, ne se fera pas sans grands dommages économiques et politiques pour les Etats Unis et pour la stabilité mondiale.
4/ Restreindre les engagements financiers américains à l’étranger en limitant les dépenses militaires, y compris ceux à l’égard de l’OTAN, qui, du reste, ne jouit pas d’une grande considération aux yeux de M.Trump, et en évitant l’intervention dans les affaires du monde qui ne touchent pas directement les intérêts des Etats Unis.

Cette promesse électorale est faite par M.Trump l’homme d’affaires, pour qui tout doit être calculé en termes de« pertes et profits », et non par un homme politique conscient du poids de l’histoire et de la place des Etats Unis sur l’échiquier mondial. Et bien qu’une utilisation plus modérée par les Etats Unis et les autres puissances de la « hard power » au profit de la « soft power » est considérée par beaucoup comme bénéfique pour le monde, les voix commencent déjà à s’élever, notamment en Europe, pour se demander s’il n’y a pas là les prémisses d’une politique « isolationniste », doublée d’un changement des priorités stratégiques qui ne mettraient plus l’accent sur l’endiguement de la Russie (et d’autres puissances jugées dangereuses pour le « monde libre ») et en transformant le pays de Poutine en un allié potentiel, notamment dans la lutte contre le terrorisme. En tout état de cause, la Russie pourrait être l’un des quelques points d’appui que le prochain président américain semble vouloir se donner pour sa politique extérieure en guise d’alternative à un engagement global dans les affaires du monde, les autres pouvant être la Grande Bretagne de l’après BREXIT en Europe (en plus des autres pays qui sont ou qui seront dominés par la droite populiste), l’Egypte du Président SISSI et certainement Israël au Moyen Orient ,la Turquie du Président Erdogan et le Japon en Asie.
Il est certain que cette orientation sera combattue par les alliés traditionnels des Etats Unis d’Amérique, notamment ceux de l’OTAN dont la plupart sont certes conscients de la nécessité d’augmenter leur contribution financière à l’organisation atlantique mais qui ne voudront jamais prendre à leur charge les 70 pour cent des dépenses de cette organisation que les USA assument actuellement. De surcroît les alliés traditionnels des Etats Unis qu’il soient en Europe ou ailleurs peuvent redouter que cette orientation indique un changement de vision de Washington qui ne considérerait plus son engagement extérieur comme une contribution à la sécurité des américains mais plutôt comme un service rendu qui demande rétribution. Les pays européens membres de l’OTAN, tout particulièrement, peuvent craindre en outre le détachement de l’Amérique de leurs préoccupations de défense, réelles ou supposées, vis à vis de « l’expansionnisme » venant de l’est. Certains commencent déjà à rechercher des alternatives dans le renforcement des capacités européennes autonomes en matière de défense. Enfin, la communauté internationale en général et en particulier l’Organisation des Nations Unies, qui regardent toujours vers Washington pour l’appui financier et logistique à leurs opérations en faveur de la paix dans le monde, verront leurs moyens fortement diminués ce qui réduirait d’autant les capacités du « système de sécurité collective »qui est l’un des principes cardinaux des relations internationales modernes tels que consignés dans la Charte des Nations Unies. De tels développements conduiraient à de profondes mutations des équilibres mondiaux et peut être à la naissance de nouvelles alliances ce qui ne serait pas dans l’intérêt des Etats Unis d’Amérique.
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Oui, tout donne donc à penser que le monde a des raisons de s’inquiéter de l’élection de M. Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique. Certes, depuis le 8 novembre, les partisans du président élu, de nombreux observateurs et même le Président Obama, se voulant optimistes, ont tenté de nuancer les positions affirmées au cours de la campagne en avançant que de toutes les façons M.Trump a prouvé son « pragmatisme », que la politique étrangère américaine est « bipartisane », qu’elle obéit à des schémas établis par « l’establishment » et les « think tanks » etc. Certains pensent que les réalités mondiales obligeront le nouveau président à s’aligner sur les positions traditionnelles du Parti républicain en la matière. C’est évidemment sans compter avec la personnalité du nouveau Président (dit particulièrement « volatile ») et de ses principaux conseillers. C’est aussi faire abstraction des orientations « nationalistes et populistes » de son électorat qu’il voudrait sans doute garder pour gagner un nouveau mandat dans quatre ans.
Il n’est pas interdit cependant d’espérer que M.Trump finira par surprendre. Pour cela il faudrait non seulement qu’il corrige certains écarts de l’approche démocrate au niveau international mais aussi qu’il tente de réaliser ses objectifs de politique intérieure sans tenter d’en faire dépendre automatiquement la politique étrangère qui a sa spécificité, politique étrangère qui gagnerait à tenir compte de la tendance à s’inscrire dans une perspective plus globale obéissant à des équilibres mondiaux chèrement gagnés depuis la fin de la guerre froide et qu’il faudrait améliorer plutôt qu’oblitérer. Ainsi :
—Le rédacteur de ces lignes, dans un article précédent paru dans ce même espace en date du 1er novembre 2016, soit quelques jours avant l’élection présidentielle américaine, a eu à se demander « que doit attendre le monde de cette élection, que doivent en attendre les pays arabo-musulmans et la Tunisie ?». Il a relevé en particulier, en le regrettant, que l’approche démocrate, qui pouvait être aggravée si jamais Mme Hillary Clinton avait été élue, prônait l’interventionnisme à outrance, y compris par l’utilisation de la force « en appui à la diplomatie »,non seulement pour défendre les intérêts légitimes des Etats Unis et de leurs alliés mais aussi pour appuyer, voire forcer, les valeurs qui leur semblent justes dans le monde telles que la démocratie « style occidental », la protection des civils contre des atteintes réelles ou imaginées et le changement des régimes des pays qui ne répondent pas à ces mêmes « valeurs ». Le fait que M .Trump semble s’éloigner de cette approche hégémonique, qui a occasionné tant de malheurs, est certainement digne d’intérêt. Sur un autre plan et s’agissant des pays arabo-musulmans, il a été relevé dans le même article le double jeu de l’administration actuelle et celle qui l’a précédée consistant en la création « à tout bout de champs »de mouvements d’obédience islamiste (tels que le Frères Musulmans, El Qaeda puis Daech) afin de servir des intérêts inavoués, pour ensuite et quand ces mouvements sont devenus encombrants, essayer de façonner une distinction subtile entre «islamistes modérés » qu’il faut associer aux gouvernements en place et les autre qu’il faut combattre. La position claire de M.Trump de lutter contre les terroristes quels qu’ils soient et d’aider les pays musulmans qui contribuent à cette lutte, tout en évitant de leur imposer des alliances gouvernementales parfois « contre-nature », est une position qui pourrait stabiliser la situation dans notre partie du monde tout en mettant un terme à des crises qui se poursuivent depuis des années du fait de l’obstination des uns et des autres. Il serait bon que M.Trump pousse aussi l’argument jusqu’à la renonciation aux intentions prêtées à l’ancienne candidate démocrate de provoquer, à la faveur des troubles actuels au Moyen Orient et en Afrique du Nord, le démembrement de certains pays sur des bases ethniques, tribales ou idéologiques.
—Ceci étant, l’isolationnisme en politique étrangère n’a jamais servi ni les intérêts des Etats Unis ni ceux de la communauté internationale. Le monde a besoin des Etats Unis comme les Etats Unis ont besoin du monde. Entre intervenir maladroitement dans les affaires des autres, parfois sans même être sollicité, et rester dans une « tour d’ivoire » pensant qu’on ne peut être atteint par ce qui arrive aux autres, il y a une distance. Par ailleurs soumettre une politique étrangère aux seules considérations de politique intérieure et des intérêts nationaux, comme cela semble être l’intention de M.Trump, est annonciateur de désillusions pour une grande puissance assumant une responsabilité particulière de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies et dont la guerre d’indépendance et la constitution d’il y a presque deux siècles et demi ont façonné les valeurs des temps modernes. Eriger des clôtures contre les immigrés, contre le libre-échange commercial et contre la libre circulation des investissements est tout autant autodestructeur que dommageable pour le tissu économique mondial. Enfin, tourner le dos abruptement à des alliances historiques en risquant des bouleversements non contrôlables dans les relations internationales, pourrait présenter de grands risques pour le monde entier.
—Comme le rédacteur de ces lignes a eu l’occasion de le dire dans l’article précédent, le salut de tous viendrait de la reconnaissance par l’ensemble des pays et l’ensemble des responsables –y compris le nouveau locataire de la Maison Blanche- que le « multipolarisme » est là pour rester, que l’interdépendance des problèmes et des solutions est devenue une réalité et que par conséquent, faire assumer au système des relations multilatérales, y compris l’Organisation des Nations Unies, le rôle qui lui revient pour faciliter les rapports entre nations, procéderait d’un degré de sagesse élevé.
—S’agissant des pays arabo-musulmans, en tout cas de la plupart d’entre eux, s’ils doivent se sentir soulagés par l’intention du président américain élu de prendre enfin au sérieux la lutte contre le terrorisme dont ils sont la première victime, ils devraient se méfier que l’un des « va-t-en guerre » entourant M.Trump ne le pousse à une aventure militaire contre l’un de ces pays au nom de l’anti-terrorisme ou de l’anti-nucléaire. Pour le reste, les pays arabo-musulmans doivent enfin prendre en charge leur propre avenir politique, décider eux mêmes de la place de l’islam politique en leur sein et utiliser ce qui leur reste de moyens politiques et financiers pour provoquer, en commun, des avancées économiques et sociales qui leur ont à ce jour largement échappé et qui sont de nature à leur faire gagner le respect, préserver la dignité de leurs ressortissants là où ils vont sans tracasseries ni suspicions et aider à résoudre dignement le problème palestinien malgré l’engagement apparemment sans faille du prochain président américain en faveur d’Israël.
— La Tunisie qui, faut-il le répéter, a des relations historiques solides avec les Etats Unis d’Amérique, et même si le nouveau président n’en a pas une connaissance directe, devrait, moyennant un effort de « lobbying » particulier auprès de la nouvelle administration, continuer à bénéficier des mêmes relations avec ce pays dans les années à venir. Notre détermination à lutter contre le terrorisme devrait nous aider en cela. Pour le reste, la Tunisie devrait poursuivre son propre chemin indépendant donnant aujourd’hui la priorité au consensus national mais qui devrait revenir, quel que soit l’avis de l’extérieur, au jeu normal de la démocratie avec une identification claire du conservatisme et des tenants du libéralisme politique.
Ali HACHANI

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